Le pop-folk anticonformiste de Marie Rebelle

Finaliste à U en spectacle, le groupe Marie Rebelle, dont quatre des six membres sont Trifluviens, participera à la finale nationale en représentant… l’Université de Sherbrooke. Le pop-folk engagé de Marie-Michèle Banville, auteure-compositrice-interprète accompagnée de ses musiciens, mélange plusieurs influences et aborde des thèmes comme l’itinérance ou les conséquences de l’industrialisation.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

Marie-Michèle Banville mène la bande avec sa guitare et sa voix, composant des textes inspirés par les enjeux sociaux qui la touchent. Elle est entourée de Zack Messier à la trompette, Mia Sasseville au trombone, Dominic Baril à la basse, Léa Bouchard à la batterie et Olivier Tellier au piano.

Tous les six étudient en musique et interprétation à l’Université de Sherbrooke. Parmi eux, quatre viennent de Trois-Rivières : Olivier, Léa, Dominic et Marie-Michèle, ravis de revenir jouer à la maison, devant les leurs.

« À Sherbrooke, il n’y a pas vraiment beaucoup de personnes de ma famille et de mes amis qui peuvent venir me voir quand j’ai des concerts », confie Marie-Michèle Banville.

« On a vraiment hâte, on va amener du monde, de la famille et des amis. C’est rassurant aussi, de jouer local », affirme Dominic Baril, bassiste du groupe.

Musicalement, Marie Rebelle ne se limite pas aux conventions de la pop ni de la folk. Les membres du groupe s’inspirent de leur formation en musique pop-jazz, mais explorent également d’autres sonorités.

« Au piano, j’ai un style plus jazz, donc dans certaines compositions de Marie-Michèle, je rajoute sans le vouloir un côté harmonique peut-être un peu plus poussé », indique Olivier Tellier.

À la batterie, Léa Bouchard amène au groupe des accents country, inspirés de la musique que ses parents écoutaient quand elle était jeune, mais aussi des rythmes « backbeat », issus du funk ou du pop-rock.

« C’est sûr que ça ne fait pas très longtemps qu’on est là, donc on n’a pas encore vu l’éventail de tout ce que Marie Rebelle a à offrir au public », confie Mia Sasseville, tromboniste. « De ce que j’ai entendu, personnellement, ça me fait penser un peu à du Louis-Jean Cormier dans la musique. Il y a tout le temps des cuivres en arrière qui viennent épaissir la texture des accords. »

Anticonformisme

Le nom du projet, Marie Rebelle, renvoie autant au surnom que lui donnait sa mère qu’à l’attitude anticonformiste du groupe, qui refuse d’endosser une étiquette précise.

« Ma mère écoutait un peu n’importe quoi chez nous. Autant des symphonies de Mahler que du Francis Cabrel. C’était vraiment varié, donc mon oreille musicale s’est développée vraiment en termes de mélodies », explique Marie-Michèle Banville.

« On a une chanson qui a des influences plus country. Sinon, je suis en train d’écrire une chanson qui est plus trad, donc ça dépend vraiment de mon inspiration. »

Au niveau des textes, l’auteure-compositrice-interprète puise dans la poésie pour traiter d’enjeux de société. Cette sensibilité, elle la retrouve dans la musique d’artistes engagés comme Fred Pellerin ou Les Cowboys Fringuants. 

Dans « Affront Commun », Marie Rebelle dénonce les conséquences de l’industrialisation sur la nature et sur les communautés. Pour « Soir d’hiver », les paroles sont écrites du point de vue d’une personne en situation d’itinérance.

Zack Messier, Dominic Baril, Mia Sasseville, Marie-Michèle Banville, Léa Bouchard et Olivier Tellier forment le groupe Marie Rebelle. (Photo : Emile Phaneuf)

La culture comme moteur de changement

Pour Marie Rebelle, la chanson n’est pas qu’un divertissement, mais un levier pour faire réfléchir le public. À travers des textes engagés, le groupe espère susciter l’empathie et même ouvrir la discussion. 

Les mots de la compositrice s’inspirent du quotidien, de documentaires ou de lectures qui la marquent, toujours avec l’idée de rendre les enjeux accessibles et concrets.

« Depuis la nuit des temps, la musique, les arts, c’est un moyen d’influencer les gens », indique Marie-Michèle Banville. ” C’est une partie de moi que je donne au public. C’est sûr que si j’ai une conviction particulière qui sort dans ma chanson, ça va être quelque chose d’engagé. En général, je crée avec les émotions du moment. “

Afin de joindre la parole aux actes, le groupe a récemment organisé une levée de fond au profit du centre Le Havre, en aide aux personnes en situation d’itinérance. Grâce à une collecte de fonds qui accompagnait une version acoustique enregistrée en direct de leur chanson « Soir d’hiver », les membres ont pu récolter un peu plus de 1000 $.

« Je trouve qu’au Québec, en tout cas, pas tout le temps, mais je trouve que l’art est sous-estimé et sous-utilisé. J’espère voir un vent de changement dans les prochaines années. »

Marie-Michèle s’inquiète notamment de la fin de certains programmes de musique au secondaire, qui privent de nombreux jeunes d’un premier contact avec la pratique artistique. Pour bien des familles, les cours privés et l’achat d’instruments restent un luxe difficilement accessible, ce qui limite l’entrée dans le monde musical à ceux qui en ont les moyens.

Dans ce contexte, des plateformes comme U en spectacle deviennent cruciales pour offrir des occasions de jouer, de se faire voir et d’expérimenter devant public.

Après leur victoire à la finale locale fin janvier au Théâtre Granada à Sherbrooke, Marie Rebelle affrontera sept autres artistes d’universités québécoises lors de la grande finale d’U en spectacle, qui aura lieu le 28 mars prochain à la salle 1012 Nérée-Beauchemin, à l’UQTR.