Le pari du livre usagé : Librissime s’installe à Trois-Rivières

La librairie Librissime poursuit son expansion avec l’ouverture d’une deuxième succursale, cette fois-ci à Trois-Rivières, avec la volonté de redonner ses lettres de noblesse au livre d’occasion. Derrière le projet, le propriétaire Yannick Canse mise sur un modèle qui combine ouvrages usagés et neufs, tout en cherchant à transformer les habitudes de consommation dans le milieu du livre.

Ouverte depuis quelques semaines à peine, la nouvelle adresse trifluvienne compte déjà près de 6500 titres en magasin, un nombre appelé à grimper rapidement pour atteindre jusqu’à 15 000 ouvrages sur les tablettes. ” On a décidé d’ouvrir même si l’installation n’est pas terminée. De toute façon, ça allait prendre des mois avant d’atteindre notre pleine capacité “, explique l’entrepreneur, qui évoque une montée progressive de l’inventaire au fil des prochaines semaines.

Le concept de Librissime repose d’abord sur le livre d’occasion, qui représente environ 70 % de l’offre, auquel s’ajoute une portion de livres neufs. L’objectif est de replacer l’usagé au cœur du cycle de vie du livre. ” On veut que le livre neuf devienne un support au livre d’occasion, et non l’inverse “, résume M. Canse, qui souhaite ainsi encourager une consommation plus durable et accessible.

Pour remplir ses rayons, l’entreprise s’appuie à la fois sur les livres apportés par la clientèle et sur des achats en grande quantité auprès de distributeurs, principalement situés à Montréal. Une partie importante de ces volumes provient de surplus qui, autrement, seraient destinés au recyclage, ce qui permet à Librissime de prolonger la durée de vie de milliers d’ouvrages. Ce modèle permet également de renouveler constamment l’inventaire et d’éviter que les livres stagnent en magasin. ” Quelqu’un qui vient d’une semaine à l’autre va voir une partie différente de l’offre “, souligne-t-il.

Un modèle circulaire assumé

Au cœur de cette approche, Librissime mise sur un système d’échange qui favorise la circulation des livres. Les clients peuvent revendre leurs ouvrages contre de l’argent ou obtenir un crédit en magasin, notamment par le biais de la ” monnaie Librissime “, utilisable dans les différentes succursales. Cette formule encourage un véritable ” cercle vertueux ” : les lecteurs achètent des livres, les lisent, puis les rapportent pour en découvrir de nouveaux à moindre coût.

Au-delà de la vente en magasin, Librissime mise également sur le commerce en ligne, qui représente déjà une part importante de ses revenus. Un site transactionnel sera d’ailleurs lancé prochainement, une étape jugée essentielle pour soutenir la croissance de l’entreprise qui gère des volumes impressionnants de livres, avec jusqu’à 50 000 titres traités chaque mois.

Selon Yannick Canse, le marché du livre d’occasion se porte bien, notamment en raison de la hausse du prix des livres neufs. ” Les nouveautés peuvent se vendre 40 ou 45 dollars. Ça pousse de plus en plus de gens vers l’usagé “, observe-t-il. Il note aussi que le livre numérique, après avoir gagné en popularité, a atteint un certain plafond, laissant place à un regain d’intérêt pour le format papier.

Librissime cherche toutefois à se distinguer de l’image traditionnelle des librairies d’occasion. L’aménagement se veut aéré, organisé en sections comparables à celles d’une librairie classique, afin d’offrir une expérience agréable plutôt qu’une ” chasse au trésor ” dans des piles de livres. On y retrouve autant de la littérature que des essais, des ouvrages jeunesse, de la science-fiction ou encore des livres rares et anciens.

L’ouverture à Trois-Rivières s’inscrit dans une stratégie d’expansion plus large. Une troisième succursale est déjà envisagée, bien que son emplacement reste à déterminer. L’entreprise, née à Shawinigan il y a cinq ans, continue de croître principalement grâce au bouche-à-oreille.

Pour M. Canse, l’implantation de Librissime à Trois-Rivières répond à un manque. ” C’est une ville de 150 000 habitants, avec une université et un cégep. La demande est là “, estime-t-il. Convaincu du potentiel du secteur, il souhaite contribuer à faire évoluer une industrie qu’il juge encore trop rigide, en misant sur l’innovation et l’entrepreneuriat.

Quelle place pour les auteurs?

L’entreprise accorde également une place aux auteurs, notamment par le biais d’activités mensuelles et d’une section dédiée à l’autoédition. ” On veut devenir un passage pour les auteurs “, affirme le propriétaire, qui souhaite dynamiser le milieu littéraire local.

La montée du livre d’occasion soulève toutefois des enjeux pour les créateurs, puisque ces ventes ne génèrent pas de revenus directs pour eux. Yannick Canse en est conscient et réfléchit à des solutions pour éviter que les auteurs ne soient désavantagés par ce modèle en croissance. Sans dévoiler de détails, il évoque des projets en développement visant à mieux intégrer les auteurs dans cet écosystème et à leur offrir de nouvelles formes de visibilité et de retombées.