La Quarence, un remède pour les artistes de la région
CULTURE. L’indie-folk-trad de Paruline, le collectif électro Music Me Luv et le hip-hop de Stallum seront à l’honneur lors de la troisième édition du festival de musique locale et diversifiée La Quarence. Membre du comité de direction, Ismaël Zouiten est cofondateur de l’événement, dont le dévoilement des artistes avait lieu en mode virtuel mercredi soir, dû aux mauvaises conditions climatiques.
Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca
Se voulant un remède au manque d’opportunité de prestations, le festival présente une programmation variée d’artistes de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
Pour rappel, le nom du festival est une contraction dénonçant la carence d’opportunités de prestation le long de l’autoroute 40, entre Montréal et Québec.
« Cette année, le comité Programmation et sonorisation s’est positionné en découvrabilité. Ce sont des artistes qui vont faire des tournées ailleurs, mais qui ici n’ont pas vraiment de couverture ou de notoriété », explique Ismaël Zouiten.
Six têtes d’affiche composent la programmation de La Quarence, pour une trentaine de projets musicaux au total sur quatre jours, du jeudi 21 mai au dimanche 24 mai. Paruline (indie-folk-trad), le collectif Musik Me Luv (électro), Georgette (indie pop), Stallum (hip-hop), Flytz (house) et Absolight (hard rock) sont les six artistes principaux du festival.
Comme en 2025, les spectacles seront répartis dans plusieurs lieux de diffusion, majoritairement au centre-ville de Trois-Rivières. L’Île Saint-Quentin, le Nord-Ouest Café, le Temps d’une Pinte, le café-bar Zénob reviennent pour la troisième édition. L’Atelier Silex sera le théâtre d’un « show flyé » et on pourra entendre du classique au Centre de pianos et orgues mauriciens. La Coop Cent-Arts s’ajoute également au circuit cette année.
Conformément aux valeurs du festival, 100 % des profits seront remis aux artistes.
« On sépare tout l’argent de la billetterie, non pas par projet, mais par tête individuelle. Ça garantit un cachet fixe pour les artistes, même s’ils n’ont pas de subventions. Le fait est que, le montant de ce cachet-là n’est pas connu avant la fin du festival », explique le cofondateur.
Une évolution depuis 2024
Ce mode de financement est toutefois appelé à changer, puisque le festival vient tout juste d’obtenir le statut d’OBNL.
« On a perdu le statut d’initiative citoyenne, mais on reste bénévole et, bien sûr, à but non lucratif. On a reçu notre enregistrement trop tard pour demander des subventions pour cette année. »
Malgré l’absence d’aide publique, 12 bénévoles s’attardent à l’organisation du festival, une tâche bien plus facile que lorsqu’ils étaient trois lors de la première édition. Programmation, sonorisation, location de scènes, partenariats et finances sont autant de tâches que se partage la douzaine de passionnés.
« On est capable de se mettre autant ou même plus de job sur plus d’épaules, donc c’est moins brûlant », résume-t-il.

L’équipe de bénévoles derrière l’organisation du festival. Ismaël Zouiten est en bas à droite. (Photo tirée de Facebook)
Au niveau de la situation culturelle à Trois-Rivières, Ismaël relève des avancées sous le maire Aubin, plus axé sur la culture et le communautaire que ses prédécesseurs.
Encore du travail à faire
« Je pense que les gens trouvent que la ville a gagné une coche dans tout ce qui est culturel. Bien sûr, il y a encore énormément de travail à faire, la culture reste énormément corporative », explique celui qui siège nouvellement sur le CA de Culture Mauricie où il souhaite représenter la relève artistique.
Il dénonce un milieu corporatif dominé par le tourisme, promu par certains organismes paramunicipaux au détriment de l’émancipation artistique.
Les membres du comité responsable de la programmation se sont ainsi assurés de présenter des artistes qui échappent aux radars des organismes culturels régionaux.
« Je pense que tout le monde gagnerait si des organismes comme DICI, Culture Mauricie ou Culture Trois-Rivières s’associaient avec d’autres organisations qui sont plus proches des jeunes et de l’émergence. »
« L’artiste moderne est rendu un artiste entrepreneur », ajoute-t-il. « Il ne fait pas juste de son art, il est obligé de faire tout ce qui est autour. »
Les démarches administratives comme les demandes de subventions sont selon lui un frein majeur, car les artistes se battent pour la même enveloppe limitée que leurs compatriotes. Une course qui se fait au détriment de la création, à laquelle s’ajoutent la gestion des communications et toutes autres tâches qui les éloignent de l’essentiel artistique.
Il compare cela à d’autres secteurs, comme le privé, où des entreprises reçoivent des aides gouvernementales sans stigma. En culture, les subventions portent souvent une connotation négative, presque infantilisante selon Ismaël.
Cette lourdeur bureaucratique, en plus du manque de soutien adapté pour les artistes en région, pousse les talents vers les grands centres et aggrave la « carence » locale en opportunités.
Artistes phares
Paruline est le projet musical du Drummondvillois Charles Labrèche. Influencé par la musique traditionnelle québécoise, il est notamment derrière la chanson thème du spectacle Chiendent, de l’humoriste Mégan Brouillard.
Le collectif Musik Me Luv, composé de trois DJs de la région, est présentement établi à Montréal. Leur musique électronique se déploie dans plusieurs déclinaisons du genre.
Habitant le Centre-du-Québec, Georgette est une artiste « extrêmement engagée et féministe », selon Ismaël Zouiten. Récemment, sa chanson Whip It était de la trame sonore du film Les Furies.
Stallum, rappeur originaire de la Mauricie et maintenant établi à Québec, sera à l’affiche du festival, tout comme le DJ trifluvien de musique house Flytz.
Finalement, le groupe nicolétain de hard rock Absolight, qui se démarque aux États-Unis, complète les gros noms du festival.
La programmation complète inclut aussi Yerly, Langue de Bois, Trashy la Drag, Cintho, Slumm, Loonies, The Slow Travellers Duo, Basile Seni, Lisa Riendeau, Faon, Ogre’s Revenge, Calling Johnny, Føraine, Orelle, Ivanohé, Miss Viking’s, Baril, Onze Mots, Cidoine, Ariane Gagnon + Caroline Chouinard, Sam Leloup et Back5pin.
Les passeports sont en prévente dès le 11 mars jusqu’au 11 avril, avec plusieurs gammes de prix (abordable, régulier et options généreuses) pour maximiser l’accessibilité et permettre à tous d’être imprégnés de la culture locale.
