La poésie belle et crue d’Alexandre Dostie

Par marie_eve_alarie
La poésie belle et crue d’Alexandre Dostie
Alexandre Dostie (Photo : (Photo Benoit Le Rouzès))

Après son premier recueil de poésie Shenley paru en 2014, Alexandre Dostie a continué d’écrire de la poésie. « J’avais encore des choses à dire », indique-t-il. Il en est ressorti le recueil Que ceux qui m’aiment me sauvent, publié récemment aux Éditions De ta mère.

On y fait la connaissance du narrateur, au comportement souvent discutable, qui exprime ce qu’il ressent de façon crue, n’hésitant pas à raconter ses moments les moins glorieux. C’est une poésie éraflée par l’asphalte qui chamboule jusque dans les tripes. Anxiogène, par moments. Car au final, c’est surtout l’histoire de quelqu’un qui descend au fond du baril et qui finit par remonter à la surface. Retrouver une lueur à laquelle se raccrocher. Retrouver son souffle.

« Je voulais que le début du recueil soit mordant, anxiogène et qu’il sente le fond du baril. Je souhaitais partager cette partie de mon parcours. J’étais rendu à cet endroit où j’ai retrouvé mon souffle, où je suis remonté à la surface. Ça a été bénéfique d’aller aussi creux et de revenir », raconte Alexandre Dostie.

Je chute en moi / je tombe / j’effondre, écrit-il.

Lorsqu’il a commencé à réunir les poèmes écrits depuis la parution de son premier recueil Shenley, il a constaté comme c’était « absolument lui », mais il manquait encore une partie de lui pour que ce soit complet.

« C’était un recueil de gars en maudit! Et puis, il manquait un fin, une lumière pour terminer le recueil. Ces poèmes ont été difficiles à écrire. J’ai découvert que c’était une plongée vers moi. J’étais à apprivoiser cette plongée à ce moment, de sorte que c’était confrontant d’écrire ça. C’était une zone de vulnérabilité. Le dernier tiers du recueil a aussi été demandant », confie-t-il.

« Au final, je n’ai pas essayé de me garder de pudeur. Je crois que même les poèmes qui présentent plus de vulnérabilité et de fragilité sont livrés de façon sincère. Je me suis mis à nu. C’est parfois moins cru, mais c’est aussi vrai. C’est une énergie qui est nouvelle pour moi, cette vulnérabilité. J’ai longtemps été habité par des énergies plus rentre dedans. C’est un langage nouveau que j’essaie de parler cette fois-ci », ajoute Alexandre Dostie.

« La poésie est toujours là pour m’accueillir »

Entre la publication de ses deux recueils, Alexandre Dostie a plongé dans le monde du cinéma. Ses courts-métrages Mutants (2016) et Je finirai en prison (2019) ont gagné la faveur des critiques et des jurys. Il développe présentement un premier long-métrage intitulé SHAPE.

« Je me suis découvert comme artiste entre ces deux recueils. Je pense que je me suis aussi plus avoué artiste. J’ai découvert que je voulais consacrer le plus clair de mon temps à la création, au cinéma et tout. Ça vient avec de grands hauts et des bas, mais aussi de grands accomplissements et beaucoup de sacrifices », souligne-t-il.

Cette adversité est venue nourrir sa poésie. « En filigrane de cette plongée en moi-même, il y a ces montagnes russes de la vie concentrée sur le travail, faire des films, sur le fait d’essayer de vivre à la hauteur des attentes que je me suis fixé. Je pense que ça a beaucoup nourri Que ceux qui m’aiment me sauvent. La poésie m’offre un miroir. »

« Je vois mes poèmes comme des polaroids. C’est un miroir de moi-même à un moment précis. Les gens imaginent qu’on se gratte la tête pendant des heures pour écrire un poème. Oui, on le révise et on le retravaille, mais le poème s’écrit surtout dans le flash de l’instant d’inspiration. Il faut être disponible pour accueillir cette inspiration. De là, on est en proie à vivre toutes sortes de choses, être témoin de toutes sortes de pensées qui nous habitent. »

« Il y a une communion avec soi-même dans la poésie que j’aime vraiment. La poésie n’attend rien de moi. Je n’ai pas de compte à lui rendre, mais elle m’attend tout le temps. La poésie est toujours là pour m’accueillir. Ce rapport d’intimité est vraiment différent du cinéma. Je ne réfléchis pas quand j’écris un poème. Ça vient de mon fond. Des fois c’est beau, excessif, dur, trash. Le cinéma, c’est tellement de calculs! La poésie me permet une spontanéité. »

Le recueil Que ceux qui m’aiment me sauvent est en vente dans les librairies.

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