François Fréchette fait dialoguer lumière et verre au Musée POP

ARTS. L’artiste verrier trifluvien François Fréchette présente cet été son exposition Prélude à la lumière au Musée POP, une occasion de découvrir une démarche artistique où le verre devient matière à réflexion, entre lumière, musique, espace et expérience humaine.

Par Fatoumata Dapa / fdapa@lechodelatuque.com

Depuis maintenant près de 30 ans, François Fréchette explore les possibilités du verre pour créer des œuvres à la frontière du vitrail, de la sculpture et de l’installation contemporaine. Installé à Trois-Rivières, l’artiste a pourtant commencé sa carrière dans un tout autre univers : l’enseignement de la musique.

“Ça fait depuis 1995 à peu près que je travaille le verre. J’étais professeur de musique avant”, raconte-t-il. Son parcours l’a mené en France, notamment à Castillon près de Menton, où il a réalisé des stages afin d’approfondir sa pratique du vitrail.

Aujourd’hui, son travail s’inscrit principalement dans des projets d’intégration à l’architecture. Ses œuvres se retrouvent notamment au Québec, mais aussi au Guatemala, où il entretient depuis plus de quinze ans une présence artistique active.

“J’ai un atelier là-bas. J’y vais depuis une quinzaine d’années. Ça me permet de faire des contrats pour des cliniques médicales, une bibliothèque, une salle de spectacle et un lycée”, explique-t-il.

Au-delà de la technique, François Fréchette dit chercher avant tout le sens de l’œuvre.

“Pour moi, l’important, c’est chercher le sens de l’œuvre. Le sens de l’œuvre par rapport à la forme, au sujet traité, aux couleurs puis à la lumière surtout.”

Son langage artistique repose notamment sur le verre fusionné et thermoformé, un procédé qui consiste à modeler la matière à haute température à partir de moules temporaires.

La lumière demeure toutefois au cœur de sa démarche.

“Le verre permet, avec les espaces vides, de traiter en même temps la forme et la non-forme. Si on regarde un petit peu les sculptures qui sont là, ils sont thermoformés, ils sont mis avec un moule en plâtre avant. Et, sont cuits, puis on détruit le moule. C’est un peu comme une sculpture de bronze, mais avec du verre”, explique-t-il, comparant cette présence du vide au silence en musique. “Les silences permettent de mieux faire ressortir les rythmes et les notes.”

Cette influence musicale reste d’ailleurs bien présente dans sa pratique, même s’il affirme ne pas écouter de musique lorsqu’il travaille.

“Le côté d’être minutieux, de vouloir quelque chose de beau, de recommencer si ce n’est pas correct, ça, c’est un héritage de mon côté musicien”, affirme M. Fréchette.

“J’aimerais que les gens retiennent que les disciplines artistiques sont interreliées. On peut faire de la musique en regardant des tableaux, on peut faire du vitrail en écoutant des œuvres”, souligne-t-il.

Pour lui, les arts ne se limitent pas au divertissement. “C’est très curatif pour l’esprit, pour l’âme, pour le cœur.”

Le verre comme langage

Pour M. Fréchette, le vitrail dépasse largement sa dimension décorative. À travers ses œuvres, il cherche avant tout à créer un dialogue entre la matière, la lumière et l’expérience humaine.

Parmi les créations qui le représentent le plus, une, revient spontanément.

“Ce serait plus le papillon, parce que le papillon voyage”, explique-t-il. L’artiste y voit aussi une métaphore de l’influence que chacun peut exercer. “Le petit peu que l’on fait va probablement arriver à faire d’autres petites choses, peut-être des grandes choses, on ne sait pas.”

Une œuvre jamais achevée

Selon l’artiste verrier, la création demeure un processus vivant.

“Jamais. Elle n’est jamais terminée”, répond-il lorsqu’on lui demande à quel moment une œuvre est achevée.

Il raconte avoir continué à observer pendant longtemps une installation réalisée pour un centre hospitalier, jusqu’à ce qu’on lui fasse remarquer: “Quand vas-tu les laisser voler?”

Son approche repose davantage sur l’équilibre que sur la symétrie. “C’est une question d’équilibre, et non une question de symétrie. Ça, c’est plus contemporain, mais c’est mon style”, déclare-t-il.

Son séjour répété au Guatemala a également transformé sa vision artistique. Il évoque les marchés colorés, les combinaisons de textures et l’énergie visuelle qui ont nourri son rapport à la couleur.

“Je me souviens, la première année que j’y suis allé, je visitais des marchés de textures pour les textiles et de voir toutes ces couleurs, ces agencements de couleurs que nous, ici, on n’a peut-être même pas pensé de mettre, mais qui se retrouvent dans leurs vêtements, dans les choses qu’ils ont, cela m’a inspiré. Puis, je dirai aussi, la fascination des gens pour ce médium”, mentionne-t-il.

Sur place, il a aussi mis sur pied un atelier destiné aux jeunes, où une vingtaine d’élèves apprennent chaque année les techniques du verre.

Interrogé sur ce qu’il souhaite transmettre au public, l’artiste insiste sur les liens entre les disciplines.

“J’aimerais qu’ils retiennent que les arts, dans le fond, les disciplines artistiques sont interreliées. On peut faire de la musique en regardant des tableaux, on peut faire du vitrail en écoutant des œuvres.”

Présenter Prélude à la lumière au Musée POP représente aussi une reconnaissance particulière pour l’artiste.

“Mon atelier est ici, à Trois-Rivières. Le musée, pour moi, c’est un grand musée et c’est un prestige pour moi d’exposer ici. Ça me donne aussi l’occasion de venir de temps en temps pour apporter des explications aux gens qui visitent l’exposition et qui en veulent, y compris les touristes. De pouvoir communiquer avec eux, ça, c’est bien”, conclut-il.