Alice Moore : l’attente en vaut la peine

CULTURE. Établie aujourd’hui à Drummondville où elle a étudié la musique, la chanteuse et compositrice Alice Moore évolue dans un univers pop indie alternatif qui laisse une grande place à l’ambiance. Celle qui est née et qui a grandi à Trois-Rivières fait part de sa vision artistique, de ses ambitions et de son enthousiasme à jouer dans des lieux emblématiques de sa région.

Cet été, L’Hebdo Journal part à la découverte de talents d’ici dans le cadre d’une série de portraits d’artistes ou de groupes, présentés chaque semaine.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

L’auteure-compositrice-interprète revient cet été dans sa ville d’enfance pour quelques prestations, notamment au FestiVoix le 27 juin pour un plateau double avec Balcon sans princesse, et à l’Île Saint-Quentin le 1er août. 

Celle qui se rappelle être allée voir Patrick Watson ou Cœur de Pirate au FestiVoix il y a quelques années n’en est pas à sa première expérience dans ce festival. En 2017, elle avait gagné un concours pour jouer sur l’une des scènes.

« Là, on dirait que c’est différent d’être là parce qu’on me l’a demandé, et non parce que j’ai gagné quelque chose. C’est le fun, je suis vraiment contente. C’était un but cette année d’essayer d’avoir une place au FestiVoix », témoigne-t-elle.

Du plus loin qu’elle se souvienne, la musique a toujours fait partie de la vie d’Alice Moore, grâce à son grand-père qui grattait la guitare et qui avait joué au sein des « orchestres » quand il était jeune. Au secondaire, elle apprend le piano et participe plusieurs fois au concours Secondaire en spectacle.

C’est au cégep qu’elle décide de prendre sa passion avec plus de sérieux. À 19 ans, elle déménage à Drummondville pour poursuivre une formation en musique.

« Pour vrai, c’est la meilleure décision que j’ai prise », lance-t-elle. « J’ai vraiment aimé mon expérience. »

Si bien qu’elle décide d’étirer sa formation d’un an, en plus de faire partie du groupe Hallway Ghost. Elle réside encore aujourd’hui à Drummondville, et l’on peut entendre certains de ses anciens collègues de classe musiciens sur son microalbum et avec elle sur scène.

« À un moment, j’ai réalisé que c’était rendu difficile de se voir. Il y a des gens qui avaient déménagé, mais aussi j’avais une vision plus précise pour mes chansons. Donc, j’aimais mieux partir solo pour que mes chansons sonnent comme que je veux », raconte Alice Moore, à propos de la dissolution de son ancien groupe.

The Waiting – l’attente, en français – est le nom de son microalbum sorti en octobre dernier, mais aussi le titre de la chanson dont elle est la plus fière. Alice Moore voulait surtout que l’attente en vaille la peine.

« Cette chanson-là parle de quelqu’un qui se fait tromper, en d’autres mots. La personne attend [son partenaire] à la maison et elle a juste hâte d’entendre le bruit de ses clés pour qu’elle débarre la porte et finalement qu’elle arrive », explique-t-elle.

« Il y a aussi le fait que j’ai attendu longtemps avant de sortir de la musique. Mes proches m’ont souvent dit “Pourquoi tu ne sors pas quelque chose, juste une chanson ?” Je ne voulais pas garrocher ça, je voulais que ça soit de qualité. Honnêtement, je pense que j’ai bien fait d’attendre. »

La vieille maison transformée en studio que loue le bassiste d’Alice Moore est devenue le repaire pour les sessions d’enregistrement de son microalbum. Certes entourée de certains fidèles accompagnateurs, la chanteuse a également recruté un « craqué de synthés », le claviériste Léandre Bourgeois du groupe acadien Les Hôtesses d’Hilaire.

« Il a vraiment apporté une nouvelle dimension. C’est lui qui jouait les synthés dans mes chansons. Ça a vraiment apporté quelque chose de différent. Il aime ça avoir des sons particuliers, donc c’était parfait pour mon projet », explique Alice Moore.

L’auteure-compositrice-interprète décrit son univers comme ambiant, nourri de sonorités analogues et actuelles, avec des mélodies plus pop qui adoucissent l’ensemble. Comme la chanteuse américaine Lana Del Rey qu’elle apprécie pour l’usage d’effets sur sa voix, Alice Moore aime créer une atmosphère douce tout en abordant des sujets plus sombres, plus « rough » dans les paroles.

Elle cite aussi le groupe Radiohead et son chanteur Thom Yorke, qui ont influencé les structures moins conventionnelles de ses compositions. Les artistes québécois Louis-Jean Cormier et Gab Bouchard font partie des inspirations pour son écriture, bien qu’elle compose et chante en anglais.

« On dirait que le français me fait peur », lance-t-elle. « Je trouve que c’est dur d’écrire en français. Tu sens que ça peut sonner quétaine vite. »

« Ce serait quelque chose que j’aimerais faire, écrire en français. C’est dans mes plans aussi d’explorer cette avenue-là. J’ai décidé d’écrire en anglais, je suis partie dans cette direction-là, mais je ne suis vraiment pas fermée à changer. C’est juste que ça m’intimide un peu. »

Ses projets étant toujours autoproduits, Alice Moore vise à obtenir du financement pour la suite.

« C’est sûr que je veux continuer même si c’est difficile parfois de garder foi en son projet. »

« Mon objectif pour le restant de l’année, ça serait d’essayer de faire des premières parties ou des spectacles. Éventuellement, ça serait de rentrer en préproduction, d’écrire d’autres chansons et de sortir un single ou même un autre EP en 2027 », conclut-elle.

Le public trifluvien pourra retrouver Alice Moore à l’Île Saint-Quentin le 1er août, dans le cadre des Concerts de l’Île.