Surmonter ce qui paraît impossible

Depuis près de trente ans, la Fondation Sur la pointe des pieds inspire des jeunes de 14 à 39 ans atteints de cancer à surmonter ce qui paraît impossible en leur faisant vivre des expéditions d’aventure. La médecin d’urgence Lysianne Hamel de Trois-Rivières a récemment pris part à sa troisième expédition avec la fondation.

Passionnée de plein air, Dre Hamel a souhaité s’impliquer pour cet organisme car elle y voyait une façon d’utiliser ses compétences à bon escient.

“Je trouvais que c’était beau de voir l’autre côté de la médaille, voir la réalité des gens en dehors de l’hôpital, dans un autre contexte, ce que mes patients ou ces gens-là peuvent vivre. Cette fondation-là a une mission très noble.”

En octobre 2023, elle avait d’abord participé à une expédition de quatre jours en rabaska au réservoir du Poisson blanc avec des participants en traitement de cancer.

“J’ai trouvé ça extraordinaire. On ne peut pas comprendre ce que c’est tant qu’on ne l’a pas vécu. Ça permet d’être une équipe pour avancer. Si certains ont plus de difficulté, on se soutient et le rabaska avance quand même. Les liens qui sont créés entre ces jeunes-là, c’est beau. Les jeunes réussissent en très peu de temps à connecter entre eux de par leur vécu. Ils n’ont pas besoin d’expliquer. Enfin, ils peuvent côtoyer des gens de leur âge qui sont à des étapes de vie similaires. J’ai trouvé ça incroyable. C’est ça qui m’a encouragée à poursuivre mon implication.”

(Photo: courtoisie Valérian Mazataud, Fondation Sur la pointe des pieds)

Pour les jeunes en rémission, la fondation organise de grandes expéditions un peu plus longues, de huit à douze jours, comme celle à laquelle Dre Hamel a pris part en mars dans le Nord du Québec.

“Cet hiver, on était en ski hok (ski-raquette) sur le réservoir Manicouagan dans les Monts Groulx. J’ai aussi fait l’expédition en canot-camping l’été dernier dans la réserve La Vérendrye. Les activités peuvent être diverses mais toujours avec le même but: ramener l’estime de soi des jeunes, leur permettre de s’identifier à leurs pairs, briser le sentiment d’isolement, développer des liens, mais aussi leur permettre de reprendre confiance en eux. La perception de soi est chamboulée quand on traverse une épreuve comme le cancer. On leur amène ça grâce à des défis et à du dépassement de soi.”

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les jeunes ne sont pas des habitués de sports d’aventure ou d’expéditions du genre.

“Plusieurs participants n’avaient jamais fait de camping de leur vie, ni de canot, de raquette ou de ski. J’ai entendu souvent de la part des participants que j’ai côtoyés: une fois que tu as passé à travers une épreuve, tu sautes sur les opportunités de la vie. Évidemment, les gens de la fondation s’assurent que ça va leur convenir. Même si tu n’as jamais pratiqué de plein air, si tu as les capacités physiques et morales de le faire, tu es le bienvenu. Le but de la fondation, c’est d’acquérir cette autonomie-là. Ce qui est beau c’est qu’on les fait évoluer là-dedans très rapidement.”

Pour chaque expédition, les jeunes sont entourés d’une équipe de professionnels composée d’un intervenant psychosocial, d’une infirmière et d’un médecin. Ces bénévoles d’expédition proviennent de toutes les régions et sont appuyés par les facilitatrices d’aventure thérapeutique de la fondation.

“Des plans d’intervention sont faits pour chacun des participants. On ne prend pas ça à la légère et on respecte leurs limites tout en visant à les repousser un petit peu, mais dans un cadre qui a été évalué, réfléchi. On adapte tout au cours de l’expédition en fonction de l’évolution de chaque jeune.”

Dre Hamel est très reconnaissante de pouvoir vivre des aventures uniques même si elles se déroulent dans un cadre où ses responsabilités sont omniprésentes.

“Ça me permet d’être là et de vivre ces expéditions-là avec eux. Chacun a un rôle bien défini. Je suis là pour m’assurer de la sécurité et de la santé, de prévention aussi énormément, de répondre aux petits bobos quotidiens, aux petites interrogations pour les rassurer. La job d’un médecin, finalement. Mais au-delà de ça, je suis aussi un humain dans un environnement exceptionnel à faire des activités qui me passionnent. C’est un double avantage parce que je vis l’expérience humaine avec eux. Quand on a une discussion le soir autour du feu, il y a des témoignages tellement poignants qu’on sort de là avec une belle vision de l’expérience des jeunes.” 

En rouge au centre, Dre Lysianne Hamel à sa première expédition au réservoir du Poisson blanc. (Photo: courtoisie Fabienne Macé, Fondation Sur la pointe des pieds)

Les liens qui se créent autant entre les participants qu’avec les accompagnateurs se révèlent aussi durables qu’instantanés.

“Ça me jette à terre à chaque fois de voir à quel point, des fois en quelques heures, ils se mettent à partager des choses très intimes. On développe quelque chose ensemble. À l’ère des réseaux sociaux, on finit par avoir des nouvelles. Ça me fait toujours plaisir, surtout des gens en traitement ou en rémission. On aime les voir s’épanouir dans la vie après leur cancer, leur épreuve. On a des échos de gens à travers le Canada qui se sont rencontrés grâce à la fondation et qui ont continué à se visiter. Il y a même quelques couples à travers tout ça.”

Le dernier soir, une tradition veut que chacun résume son expérience en un seul mot. Lequel choisirait Dre Hamel pour parler de son implication à la fondation? “Gratitude et résilience.”