Rénoviction : InfoLogis sonne l’alarme
TROIS-RIVIÈRES. À l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme, InfoLogis met en lumière la réalité des femmes locataires, notamment des personnes ainées seules, plus susceptibles de vivre de l’intimidation par les propriétaires. Dans le contexte actuel de crise du logement, l’organisme de défense des droits des locataires tient à rappeler que ce genre de situation est bien réel et que tous, non seulement les femmes, peuvent en subir les conséquences.
Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca
Selon Charles Alexandre Bilodeau, responsable du soutien aux locataires chez InfoLogis, plus de 60 % des demandes de soutien reçues depuis fin janvier proviennent de femmes, souvent seules en logements.
« Pour la moitié des femmes qui nous contactent et pour presque tous les ainés qui nous contactent, ce sont des situations où est-ce que leur locateur leur fait de l’intimidation et vise vraiment à leur faire accepter des conditions de logement qui briment leur droit en tant que locataire », explique-t-il.

Charles Alexandre Bilodeau, responsable du soutien aux locataires chez InfoLogis. (Photo : Émile Héroux)
L’envoi de courriels ou de messages textes répétitifs, créant un sentiment d’urgence, ou encore la surveillance intrusive des habitudes des locataires font partie des méthodes utilisées par certains propriétaires, selon InfoLogis.
« C’est sûr qu’il y a également, en bon nombre, des menaces en rapport à des travaux de réparation qui ne sont pas effectués si le locataire n’accepte pas les conditions d’augmentation du bail. »
« Ça fait qu’il y a une perte de jouissance de l’appartement immédiate, parce qu’il y a une anxiété qui est créée directement au quotidien », ajoute le responsable du soutien aux locataires.
« Contre les injustices »
Diane Vermette est victime de ce genre de tactiques. Directrice d’InfoLogis pendant 20 ans (lorsque l’organisme portait le nom de Comité logement Trois-Rivières), elle est bien informée de ses droits en tant que locataire.
Après 25 ans dans son 5 ½ du centre-ville, son immeuble est en voie d’être vendu à une compagnie de Montréal, qui souhaite faire partir les locataires en offrant des primes de quelques milliers de dollars en échange d’une résiliation de bail, pour ensuite rénover et louer à plus fort prix.
« À chaque fois que je rentre chez moi, j’ai l’impression d’avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête », confie Diane Vermette. Malgré sa connaissance des recours et son aisance à s’exprimer, elle dit traverser un moment difficile.
« C’est extrêmement stressant, c’est extrêmement épeurant. Quand du monde débarque chez nous, j’ai l’impression de ne plus être chez moi. »
Son témoignage illustre la pression vécue par bien d’autres locataires. Une voisine de Mme Vermette, qui a signé « en pleurant » pour un départ au 1er juin, tente aujourd’hui de faire annuler l’entente. Un autre locataire a finalement accepté une prime de 5 000 dollars après plusieurs pressions pour quitter au 1er mars.
« C’est pour ça que j’ai pris la parole, contre les injustices. C’est vraiment inhumain, dans le sens qu’ils ne tiennent pas compte du tout du vécu des personnes qui sont là. Ils veulent juste, eux autres, les mettre dehors pour monter les loyers, pour aller chercher de l’argent. C’est pour ça, ce n’est pas pour sauver le patrimoine, ce n’est pas aider le monde à se loger. »
Vulnérables malgré les protections
InfoLogis constate sur le terrain que plusieurs ainées demeurent vulnérables, malgré les protections introduites dans le Code civil et par le projet de loi 65, censées mieux les protéger. Craignant les procédures, les audiences au tribunal administratif du logement et les déménagements à répétition liés aux travaux majeurs, elles n’ont souvent ni la santé ni les moyens d’assumer ces bouleversements.
L’organisme juge essentiel de mieux financer les ressources d’aide aux locataires, qui disent devoir composer avec une « trop petite équipe » pour répondre à l’afflux de demandes dans le contexte de crise. Des pistes comme la création de groupes de soutien entre locataires sont mises de l’avant pour redonner du pouvoir aux personnes qui résistent à ces manœuvres.
