Choisir de vivre sa passion de la courtepointe
Du 1er au 4 octobre, la propriétaire des Doudous d’Isa, Isabelle Girard, participe au salon Courtepointe Québec, une exposition d’envergure provinciale qui se tient tous les deux ans. Celle qui a ouvert son atelier-boutique à Trois-Rivières en avril 2025 voit croître sa notoriété grâce à la publication spécialisée pancanadienne Canadian Quilter qui lui a consacré un article dans son édition d’été.
Lorsqu’elle a visité le dernier salon Courtepointe Québec, en 2024, Isabelle Girard a eu une révélation.
« Je suis sortie de là et, dans l’auto, je me suis dit que j’allais m’ouvrir une boutique de courtepointe. Mais si tu m’avais dit: »dans deux ans, tu vas être au salon comme exposante », je n’y aurais pas cru! C’est le plus gros happening au Québec pour la courtepointe. »
Avant de lancer son entreprise, la courtepointe représentait davantage un loisir et une passion pour Isabelle.
« Ça fait plus de dix ans que je fais de la courtepointe. Mes amies voulaient voir ce que je faisais, alors je mettais ça sur ma page Facebook. À un moment donné, j’ai lancé carrément une page à part. J’ai réalisé que ça répondait à un besoin. Des gens d’Europe me disent que c’est le fun d’entendre parler de courtepointe en français. »
La vie d’Isabelle est bouleversée en 2021 lorsqu’elle reçoit un diagnostic de cancer du sein.
« Ça change ta vision de la vie. Ç’a été une prise de conscience pour ne plus hésiter à me lancer dans ma passion. J’étais à Gatineau et j’ai eu l’opportunité d’un contrat ici. Mes parents sont natifs de Trois-Rivières, c’était comme un retour aux sources. Au bout de six mois, je me suis retrouvée devant rien. »
Ayant notamment été consultante en démarrage d’entreprise, Isabelle avait tous les outils pour se lancer en affaires, mais son projet de retraite se présentait trop tôt. Son fils l’a convaincu d’aller de l’avant.
« C’est un plongeon, mais il y avait l’aspect: si je ne le fais pas, je vais le regretter. La vie m’a amenée exactement là où je voulais, mais plus tôt que prévu. Ç’a été comme un cadeau mal emballé de perdre ce contrat-là et de me retrouver ici, dans un environnement magnifique, une maison que j’adore. Je suis centrale en Mauricie. »
Après avoir transformé sa maison, Isabelle prend sa place dans un marché peu desservi, entre Montréal et Québec. En plus de maintenir un inventaire impressionnant de tissus, les Doudous d’Isa offre des cours de groupe et privés.
« Dans les cours d’introduction, on commence en faisant un napperon. Il y a toutes les étapes pour faire une courtepointe. On apprend toutes les techniques sur un petit projet. Il y a aussi des cours privés où on va faire du coaching. »
L’art ancestral de la courtepointe se modernise et évolue.
« Nos grands-mères le faisaient tout à la main. Aujourd’hui, on a des petits outils magnifiques qui nous permettent de le faire à la machine, mais ça reste une évolution dans un art textile qui a un côté visuel. Il y a plein de techniques mais il y a du travail à la main qui se fait. Ce n’est pas rare qu’une courtepointe peut demander 75, 100 heures de travail. Il y a beaucoup de talent en Mauricie, je suis épatée. Il y a énormément de fermières habiles avec la couture, le tricot, le tissage, mais il y a aussi un rajeunissement. On voit les jeunes embarquer au niveau du tricot, mais de la courtepointe aussi. »
Isabelle privilégie l’achat local. Elle crée des contacts avec des fournisseurs canadiens pour avoir le moins souvent recours aux plateformes étrangères.
« Je réalise que mon compétiteur, ou presque, c’est Amazon. Ce que les gens trouvent ici, par contre, c’est le contact humain. Le vendredi matin, je fais le Cousette et jasette. Les filles viennent travailler, on s’installe autour de la table, on parle de ce qu’on vit. Ce contact humain me nourrit d’une façon hallucinante. Plusieurs clientes deviennent des amies. Je suis heureuse. Je suis sur mon X. Je donne des cours et j’ai aussi des contrats pour faire des courtepointes à la demande. »
Certains de ces projets touchent une fibre émotive.
« Je pense à une cliente. Sa maman est décédée du cancer. Elle m’a apporté des vêtements et on a fait une courtepointe commémorative. Pour elle, ça a une valeur incroyable. Une autre cliente voulait que je fasse une courtepointe à partir des pyjamas de ses fils. C’est un format doudou pour s’installer devant la télé. Je mets une flanelle en dessous, quelque chose de doux, et ça devient vraiment un câlin avec l’aspect émotionnel, réconfortant. »
