«Ça fait mal, c’est fou comme ça fait mal! »

Par superadmin
«Ça fait mal, c’est fou comme ça fait mal! »

Ma copine avait le visage vert. « Je ne me sens pas très bien, dit-elle, je vais aller à la salle de bain.»

J’attends les plats que nous avons commandés à la Pizzéria 67, le long de la 55 à la hauteur de Shawinigan. Il fait beau. Ma copine et moi voulons nous taper un sentier au Parc de la Mauricie.

«On ne va pas au parc, dit-elle à son retour de la salle de bain, on retourne chez nous. »

Elle est au bord des larmes. Elle tremble de partout. Je vais au comptoir réclamer les plats pendant qu’elle m’attend à l’auto. Cinq minutes plus tard, je la surprends assise sur la banquette arrière, les jambes écartées et tournées vers l’extérieur, vomissant et pleurant. Elle a le visage tordu.

« Jocelyn…je……je……c’est fou comme ça fait mal! »

Sa respiration est tellement saccadée qu’elle prononce à peine. Fuck Trois-Rivières, me dis-je, on s’en va à l’hôpital. « C’est pas loin d’ici, me dit la serveuse, vous passez le rond-point et vous suivez l’indication. » Je lui garroche le pourboire et je cours vers ma copine.

« Rentre tes jambes, lui dis-je, on file à l’hôpital.»

Elle ne m’écoute plus. Elle se tord de douleur tout en vomissant.

« Mais c’est quoi ça! » répète-elle, effrayée.

«Tu as mal où? Dis-moi au moins où tu as mal! »

« Ché pas….partout… »

« On file à l’hôpital. Mais fais un effort, rentre dans l’auto.»

Elle ne m’écoute pas. Je prends mon courage à deux mains et je lui rentre les deux jambes dans l’auto. Elle a failli s’évanouir, je pense.

Je passe le rond-point et je roule vers Shawinigan-Sud.

« Joce, ça fait mal….c’est fou comme ça fait mal! » me lance-t-elle de la banquette arrière.

Ca m’inquiète. Ma copine n’est pas plaignarde de nature.

« Ça ressemble à quoi? »

« C’est comme des contractions… quand….quand t’accouches…. sauf que ça n’arrête… jamais. »

Ostie que l’hôpital est loin! Je vois un premier gros H sur un panneau indicateur.

«Ça y est, on approche. Tiens l’coup! »

« Jocelyn…plus vite…plus vite! »

Pas question que je fasse de la vitesse! Des plans qu’un char nous rentre dedans. Connais pas Shawinigan, moi!

Silence radio. Pas de lamentation depuis deux minutes. Inquiétant. Coup d’oeil dans le rétroviseur. Ma copine ne bouge plus. Ça m’effraie un brin.

-« Lyne… »

-« Quoi? » souffle-t-elle.

Ouf!

À l’urgence

Nous arrivons à l’hôpital après un long parcours tortueux. Gens de Shawinigan, si jamais un automobiliste vous demande le chemin de l’hôpital, au lieu de dire : « Tournez à gauche, roulez, tournez à droite, continuez…. », juste dire: « Pas compliqué, c’est l’édifice que vous voyez là-bas, le plus haut de la ville. » Comme ça, on ne peut pas le manquer. C’est comme un poteau au milieu du désert. Faudrait être niochon pour le manquer.

Je gare l’auto devant la porte de la salle d’urgence. Je fais signe à deux ambulanciers.

«C’est ma blonde! Aucune idée de ce qu’elle a! Mais c’est fou comme ça l’air douloureux. »

-Qu’y a-t-il p’tite madame? dit l’un des deux.

«Ché pas….mais… ça fait…..mal! »

« Où avez-vous mal madame? »

« Ça part….du bas du dos….. »

Le deuxième ambulancier se pointe avec un fauteuil roulant. Faut la sortir de l’auto. Oh my god! « J’pensais mourir là », me dira-t-elle plus tard.

Rentrée non discrète dans la salle d’attente de l’urgence. En fait, on s’apprête à donner tout un show aux gens qui, en général, trouvent le temps long dans ce type de salle.

Plantée le long d’un mur, ma copine se trémousse de douleur dans son fauteuil. Elle n’arrive pas à trouver la bonne position. Elle se raidit le corps, change de fesse, se crispe le visage. Les gens la dévisagent.

« Je vais vous aider » dit la fille à la réception en me voyant sortir toutes les cartes du portefeuille de ma copine pour trouver la carte soleil. Elle a eu pitié de moi.

Je retourne vers ma blonde. Une infirmière est censée venir.

« Jocelyn…fais…quelque chose! »

Je lance un regard à la fille de la réception.

« C’est beau, dit-elle sans détacher les yeux de ma copine, frappez à la porte de l’infirmière. Et vite!»

Je cogne. Pas de réponse. Patient, je laisse une seconde s’écouler. Rien.

« Cognez plus fort! » me dit la fille à la réception.

Je cogne à nouveau. Bang, bang!

« Rentrez! » m’ordonne-t-elle.

Personne dans le bureau. Le cri m’échappe: « Ya quelqu’un? »

L’infirmière surgit. Elle voit ma copine.

« Où avez-vous mal madame? »

On l’emmène dans un corridor et on la couche sur une civière. On tente de la déshabiller. Pénible, vous dites? Ça m’a paru une éternité.

Vive la morphine!

Nous voilà sur un lit à l’urgence. Nouvel interrogatoire.

« Où avez-vous mal madame?

Pu capab d’entendre la question. Pu capab d’entendre ma blonde gémir. Les yeux plein d’eau, je me tourne vers le mur.

On lui administre des calmants. Aucun effet. Ma copine gigote comme un poisson au bout d’une canne à pêche.

« Donnez-moi…..quelque chose… chu pas capable!»

À un moment donné, je m’éloigne du lit et je pousse un « Tabarnak! » bien sonore.

Un infirmier s’approche lentement et pose sa main sur mon avant-bras.

« Ne paniquez pas. Dans l’intérêt de votre femme. »

Et il s’éloigne calmement.

Arrive la dope.

-V’là la morphine, dis-je à ma copine. Je la vois, elle arrive. Dans deux minutes, c’est fini. L’infirmière va te piquer. Elle te pique. La morphine rentre dans ton corps. Je la vois entrer. C’est fini!»

Je vois le visage de ma copine se détendre pour la première fois après deux heures de douleur. Les lamentations ont cessé. Elle s’endort, bienheureuse. On dirait un gros bébé qui fait un rêve.

Le show

Quand je retourne à la salle d’attente, la moitié des regards se tournent vers moi. Des regards inquiets.

La fille de la réception m’attend, le portefeuille et le manteau de ma copine au bout du bras.

Un homme m’accroche: « Pis, votre femme? » Puis un deuxième, puis un troisième.

Une femme couchée sur une civière me fait signe d’approcher. « Je sais ce qu’elle a votre femme. Elle a une pierre au rein. Je sais, j’en ai déjà eu une. C’est la pire douleur qui soit.»

Elle avait deviné juste.

Un malheur n’arrive jamais seul

Il fait noir. Il est près de minuit. On roule direction Trois-Rivières sur la 157. Presque sans dire un mot. Vannés tous les deux. On s’en va chez nous.

On croise une auto.

Toc!

« C’est quoi ce bruit-là? » demande ma copine dans le noir.

Elle se penche.

« Une roche dans le pare-brise. »

La fissure s’étend sur presque toute la longueur.

 

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