Bienvenue chez Guylaine

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Par Marie-Ève Veillette
Bienvenue chez Guylaine
Guylaine Fréchette (Photo : Marie-Eve Veillette)

SAINT-ELPHÈGE. Chez Guylaine Fréchette, le respect côtoie le courage et la résilience. Pour cette mère de deux enfants (18 et 19 ans) et famille d’accueil de quatre autres d’âge primaire, les journées ne sont pas de tout repos. Malgré tout, elle garde le cap: «J’aime la vie que j’ai choisie».

Être famille d’accueil était un rêve de longue date. «Je voulais plusieurs enfants; j’en ai eu deux. J’ai trouvé une autre stratégie!», sourit cette mère de 42 ans, pleinement consciente des responsabilités qui viennent avec ce choix.

Ce n’est pas rose tous les jours. «Parfois, ils nous rentrent dedans solide. Il faut connaître nos limites et les respecter», prévient celle chez qui le respect et la discipline s’imposent malgré toute la compassion et l’empathie dont elle fait preuve. «Si je ne gère pas ça correctement, ce serait le free for all

Chaque enfant accueilli est une boîte à surprises, dit-elle: «À chaque fois, c’est un étranger qui arrive dans ta vie. Parfois, on fait le saut! On s’ajuste et on suit sa vitesse. Il y a beaucoup de choses à montrer et à apprendre».

Il faut être en mesure de lui accorder du temps et de l’attention. «Autrement, il n’y aura pas de résultat. Il ne se créera pas de lien», mentionne Guylaine Fréchette, dont l’objectif est de tirer «le meilleur d’eux». Elle admet que ce n’est pas toujours facile, car le passé, le parcours et le projet de vie de chaque jeune diffère.

«Ce sont des enfants courageux; des exemples de courage et de résilience», s’émerveille-t-elle. «Ils ont vécu des affaires qu’ils n’avaient pas à vivre ou joué, à 4-5 ans, des rôles d’adultes qu’ils n’auraient pas dû jouer. Oui, il y a encore des histoires d’horreur en 2021.»

Le soutien

Son premier réflexe, lorsqu’un enfant est placé chez elle, est de lui demander s’il a mal quelque part. «Je veux régler ça au plus vite, car souvent, ce sont des enfants qui sont capables d’en prendre et qui ne diront pas qu’ils ont mal.»

Puis, Guylaine s’attelle à les apaiser. Pas juste physiquement, mais aussi mentalement. Un des signes que le travail chemine, c’est lorsqu’ils parviennent… à jouer… «Souvent, ils en sont incapables quand ils arrivent en milieu d’accueil. Je tente de tout mettre en place pour qu’ils s’occupent parce que je pense qu’un enfant qui en arrive à jouer est un enfant qui va mieux et qui guérit.»

Le dialogue est aussi très important chez elle. Un des aspects grandement travaillé est la franchise. Car mentir est l’une des stratégies développées par plusieurs comme moyen de protection. «Je travaille beaucoup l’honnêteté, parce que je pense que ça va leur rapporter plus tard. Je veux que ça leur reste. On a des conversations sur ce sujet à tous les jours.»

Elle leur apprend aussi à gérer leurs émotions; autant les débordements que les refoulements. «Certains les mettent trop vite dans un tiroir, illustre-t-elle. Je leur explique qu’avant de le refermer, ils ont le droit d’avoir de la peine ou de la colère, par exemple. D’autres ne le ferment pas assez vite; ils sont dans le mélodrame ou l’euphorie».

Bref, son rôle consiste à accompagner l’enfant du mieux possible dans son développement: «On n’est pas là pour le sauver, insiste Guylaine. C’est sa vie à lui et il y a un gros respect à avoir».

Les affaires

En principe, les enfants placés chez Guylaine Fréchette le sont jusqu’à ce qu’ils atteignent la majorité. Mais elle refuse catégoriquement de se projeter dans le futur. «Je suis dans le présent avec eux, dit-elle. S’ils ont à quitter, je ne suis pas dans des adieux; la relation prend une autre forme.»

Elle compare son rôle à celui d’un gestionnaire d’entreprise: «Je veux donner un bon service, améliorer mon milieu pour qu’il soit le plus pratique possible et offrir de la qualité». Des éléments qui satisfont l’entrepreneure en elle, même si elle est en fonction 24h sur 24, sept jours sur sept.

«Ce sont des enfants qui ont toujours besoin d’une surveillance. Heureusement, je suis bien entourée. Mes parents m’épaulent en urgence, j’ai une gardienne formée comme éducatrice spécialisée qui vient en renfort une fin de semaine sur six, et un réseau d’amis qui me soutient quand j’ai besoin de décompresser.» Une autre gardienne est également disponible de façon ponctuelle.

L’histoire

Depuis son accréditation, il y a 13 ans, Guyguy, pour les intimes, a accueilli une dizaine d’enfants. La première année, elle n’offrait que du répit à d’autres familles d’accueil à Baie-du-Febvre en compagnie de son ex-mari.

«Quand je me suis séparée, je me suis dit que j’allais m’accorder du temps et avoir un projet bien à moi», raconte celle qui menait une vie de fou, combinant un travail à temps plein à beaucoup de bénévolat. Elle a donc quitté son emploi pour se consacrer à son projet d’accueil à temps plein, auquel elle greffe maintenant un emploi à temps partiel à la Maison et atelier Rodolphe-Duguay à Nicolet.

Elle a longtemps cherché la demeure idéale pour son projet et elle y a emménagé à l’automne 2019. C’est une maison spacieuse de Saint-Elphège, dotée d’un grand terrain qui lui permet d’offrir aux enfants qu’elle accueille le cadre de vie qu’elle espérait depuis longtemps.

Le roulement

«Le plus difficile présentement, c’est le roulement de personnel chez les intervenants. Ça change constamment. À chaque fois, il faut recommencer: dresser le vécu de l’enfant, ce que je travaille avec lui, les progrès réalisés… C’est dommage car la visite de l’intervenant n’a plus la même pertinence. Souvent, et parce qu’il ne nous connaît pas, il va proposer des programmes qui ne s’appliquent pas vraiment à notre réalité.»

Malgré cette ombre au tableau, Guylaine Fréchette adore ce qu’elle fait. «Je ne sais pas à quel niveau d’intensité je compte garder ça, ni pour combien de temps encore. Mais présentement, je n’ai pas le goût de changer de travail.»

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