Une agricultrice inquiète pour sa terre

Propriétaire des Jardins de la Pointe, Valérie B. Gauthier voit le projet de train à grande vitesse d’Alto d’un mauvais œil. Installée dans le corridor envisagé pour le tracé, l’agricultrice dit craindre l’incertitude entourant le projet, mais aussi les effets concrets qu’il pourrait avoir sur l’exploitation agricole.

Au début du mois de mai, Valérie B. Gauthier s’est positionnée en défaveur du projet d’Alto, par l’entremise d’une publication sur Facebook. Elle partage le point de vue de l’Union des producteurs agricoles (UPA), qui s’oppose au projet et demande une analyse plus importante des tenants et des aboutissants.

« Depuis le début, moi je suis contre », lance-t-elle, « parce qu’il y a d’autres options. »

« -On n’est pas contre l’amélioration des transports en commun ou contre l’amélioration des transports tout court. C’est vraiment contre le train à grande vitesse, parce qu’il y a des solutions qui sont meilleures, moins chères, plus abordables et qui ont moins d’impact sur le territoire agricole et sur les municipalités aussi. »

Le principal problème d’un projet de cette envergure est, selon elle, l’empreinte permanente que laisserait l’infrastructure sur les terres agricoles. L’agricultrice évoque la fragmentation des parcelles de terrain, une conséquence qui forcerait les producteurs et les citoyens à revoir entièrement leurs déplacements.

L’UPA soutient également qu’il s’agit d’un enjeu du projet, citant un « morcellement et [une] fragmentation des exploitations agricoles et forestières nuisant à l’efficacité des opérations, augmentant les dépenses d’exploitation à perpétuité. »

« Si le train passe ici, et que ça passe directement où il y a le bâtiment, qu’est-ce que je fais après ? Est-ce que je reconstruis ? Comment je vais gérer ça, s’il y a un détour de 15 kilomètres à faire », se demande Valérie B. Gauthier.

« À ce point-là, je pense que ça pourrait complètement mettre fin à nos opérations. »

L’une des inquiétudes les plus fortes concerne justement les détours et la perte d’efficacité. Selon Valérie B. Gauthier, le passage d’une infrastructure fermée au cœur du territoire obligerait à revoir les accès, les trajets de machinerie et même certains investissements déjà en place.

L’UPA formule des préoccupations semblables dans son dossier public sur -Alto. L’organisation demande notamment d’éviter le passage du tracé dans les zones agricoles de grande qualité, de prévenir le morcellement des exploitations, de protéger les systèmes de drainage et d’assurer des passages agricoles adéquats pour la machinerie et le bétail. Dans ses prises de position, elle soutient aussi que le projet pourrait créer un « effet barrière » important, avec des impacts sur l’accès aux parcelles, les déplacements et la sécurité des opérations agricoles.

La propriétaire des Jardins de la Pointe s’inquiète également des conséquences financières d’une éventuelle expropriation.

« Le montant que je vais avoir si le projet a lieu, est-ce que ça va compenser le rachat d’une terre ailleurs, puis le fait de recommencer quelque chose ? Je ne suis pas certaine », note-t-elle, surtout dans un contexte où les petites terres comme la sienne se font rares.

Au-delà de son cas personnel, l’agricultrice estime que le projet pourrait fragiliser tout un milieu. Elle redoute des impacts sur les municipalités, les services d’urgence et l’attractivité du territoire rural, mais aussi sur la relève et les investissements agricoles.

Pour sa part, l’UPA affirme que le projet pourrait entraîner des pertes permanentes de terres agricoles et forestières, ainsi qu’une hausse des coûts liés aux clôtures, aux ouvrages de franchissement et à l’entretien à long terme des aménagements requis.

« Je pense que ça va avorter. C’est ce que je souhaite, c’est que le projet ne voit pas le jour puis qu’il s’en aille voir d’autres solutions. Donc, je ne suis pas nécessairement inquiète », conclut celle qui indique suivre le dossier de près.

Publié en juin dernier, le rapport d’Alto faisant état des données recueillies lors des consultation publiques mentionne qu’un « corridor plus précis sera défini et présenté dans les mois à venir », soit à l’automne 2026, « à mesure que les études avanceront. »

Le corridor actuellement à l’étude est d’une largeur moyenne d’environ 10 kilomètres, alors que le projet final nécessitera une emprise d’environ 60 mètres.