Un robot au service des élevages porcins
Jonathan Boissonneault est ingénieur mécanique de formation. Bien attaché à Trois-Rivières, il est aujourd’hui établi à Sherbrooke, où il se consacre à la conception d’un robot de surveillance d’élevage porcin, Agrigard. Son objectif : améliorer le bien-être animal tout en facilitant la tâche de travail des éleveurs.
Par Émile Héroux / eheroux@icimedias.ca
« Normalement, c’est une personne qui va aller surveiller tous les matins, qui va faire sa ronde pour vérifier si les cochons sont morts, si la mécanique ou la ventilation fonctionnent bien, si la température est bonne, si la nourriture est suffisante », explique l’ingénieur. Toutes ces tâches, il pense pouvoir les faciliter grâce à Agrigard.
En compagnie de son cousin Hubert Pilote, il a fondé Boissoneault Surveillance Robotique (B.S.R Inc.) en 2024. Depuis, les deux amis et ingénieurs travaillent sur le robot de surveillance d’élevage porcin.
Actuellement, les éleveurs animaliers utilisent des caméras pour la surveillance. Il en faut toutefois en grande quantité pour des élevages de centaines, voire de milliers d’animaux. « Pour un de nos robots, c’est une vingtaine de caméras qu’il faudrait installer. »
Le secret : Agrigard circule sur des rails au plafond des bâtiments d’élevage. La collecte de vidéos et de données sur l’état des animaux se fait ainsi beaucoup plus simplement. Le suivi permet d’intervenir rapidement en cas de problème, sans que les employés aient à parcourir chaque matin de vastes installations.
Grâce à cette technologie, Jonathan et son équipe espèrent non seulement rendre meilleure la qualité de vie des animaux, mais aussi alléger le quotidien des éleveurs dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. « On a de plus en plus de difficulté à trouver du monde au Québec pour pouvoir faire ce travail-là, donc automatiser cette tâche pourrait vraiment aider les producteurs. »

Le robot Agrigard, lors des journées de tests. (Photo : Jonathan Boissonneault)
Des origines familiales
L’idée derrière Agrigard ne sort pas de nulle part. Elle a pris racine dans la famille de Jonathan et de son cousin Hubert, où plusieurs membres font de l’élevage porcin. « Au début, on voulait faire un drone autonome intérieur pour notre plaisir. Puis, d’autres membres de notre famille nous ont parlé comme quoi ils aimeraient avoir de la surveillance automatique dans leurs porcheries pour améliorer leurs opérations », se souvient Jonathan.
De fil en aiguille, leur initiative s’est précisée et a rapidement attiré l’attention dans le milieu entrepreneurial. En 2025, B.S.R. inc. a obtenu la deuxième place au Défi OSEntreprendre Mauricie, dans la catégorie Innovations technique et technologique. La même année, l’entreprise s’est démarquée comme second finaliste du prix Relève d’avenir au Grand Colloque Agtech du Québec.
Du prototype à la porcherie
Après plusieurs tests et prototypes, Agrigard est désormais prêt à faire son entrée sur le terrain. Le robot sera installé de façon permanente dans une ferme de Lotbinière au mois de mars 2026, suivi d’une période de monitoring en avril.
Ce premier développement servira à valider la performance du robot en conditions réelles, avant d’élargir la production. En plus d’être en discussion avec un centre de recherche pour installer le système dans un second établissement, l’entreprise prévoit fabriquer une vingtaine d’exemplaires au cours de l’année, destinés exclusivement au marché québécois. Selon Jonathan Boissonneault, des centaines de fermes pourraient bénéficier de leur innovation.
« On est en contact avec un distributeur de technologies qui est dans le domaine agricole depuis plusieurs années. On veut s’associer avec lui pour éventuellement pouvoir distribuer le robot à travers les porcheries au Québec. »
À plus long terme, B.S.R. inc. souhaite introduire des outils d’intelligence artificielle capables d’analyser automatiquement les images captées par Agrigard. « Bien qu’un premier outil d’IA soit déjà opérationnel, son intégration à la plateforme de visionnement est en cours. Le développement de nouveaux outils IA débutera en avril dès que nous aurons collecté les données nécessaires. », indique Jonathan Boissonneault.
Si la technologie d’Agrigard a d’abord été pensée pour le secteur porcin, son potentiel pourrait dépasser ce cadre. L’équipe de B.S.R. inc. entrevoit l’exploitation du robot dans d’autres types d’élevages, notamment laitiers et avicoles, où la surveillance automatisée pourrait également améliorer les conditions des animaux et simplifier les opérations quotidiennes. Pour l’instant, ces pistes demeurent au stade d’exploration, mais elles témoignent d’une ambition claire de la part de Jonathan et d’Hubert.
