Un plan de 44 M$ pour le lac Saint-Pierre
Le gouvernement du Québec investira près de 44 millions de dollars au cours des cinq prochaines années afin de restaurer l’écosystème du lac Saint-Pierre, tout en maintenant une agriculture durable dans son littoral. Le plan d’action 2026-2030 de la Stratégie d’intervention pour l’avenir du lac Saint-Pierre, dévoilé vendredi à Nicolet, repose sur des solutions volontaires adaptées aux réalités des producteurs agricoles et des autres acteurs du milieu.
Considéré comme l’un des plus importants projets de restauration écologique jamais entrepris au Québec, le plan vise notamment à améliorer la qualité de l’eau, restaurer les habitats fauniques et favoriser le rétablissement d’espèces fragilisées comme la perchaude.
” Après plusieurs années de recherche et des projets pilotes concluants, on passe maintenant à une nouvelle étape. Le lac Saint-Pierre devient l’un des plus importants projets de restauration écologique au Québec “, a affirmé la ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Pascale Déry.
La ministre a insisté sur le caractère collaboratif de la démarche, qui réunira producteurs agricoles, municipalités, communautés autochtones, organismes environnementaux et chercheurs. Selon elle, les résultats obtenus sur environ 450 hectares déjà restaurés permettent désormais d’envisager une restauration pouvant atteindre 5 000 hectares.
” On est capables de concilier la protection de l’environnement et le développement des communautés avec les activités agricoles lorsqu’on travaille tous ensemble dans un esprit de collaboration “, a-t-elle ajouté.
Huit volets d’intervention
Le plan prévoit notamment :
la poursuite du soutien aux pratiques agroenvironnementales;l’acquisition volontaire de terres agricoles compatibles avec les objectifs environnementaux;un nouveau programme favorisant l’implantation de prairies permanentes;l’aménagement de bandes riveraines et la lutte contre l’érosion;le soutien à des projets de restauration d’habitats fauniques;le développement de cultures pérennes, d’agroforesterie et de cultures ancestrales autochtones;un accompagnement personnalisé des producteurs grâce à des agents de liaison et des comités régionaux;un suivi scientifique afin d’évaluer les résultats des mesures mises en œuvre.
Le gouvernement souhaite ainsi offrir aux producteurs un véritable ” panier de solutions ” leur permettant de choisir les mesures les mieux adaptées à leur entreprise, qu’ils souhaitent poursuivre leurs activités, louer ou vendre certaines terres.
Les producteurs au cœur de la démarche
Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Donald Martel, a insisté sur le fait que le succès du plan repose sur l’adhésion volontaire des producteurs agricoles.
” On ne veut pas imposer des décisions uniformes prises à Québec sans tenir compte du terrain. Chaque entreprise est différente et chaque producteur pourra choisir les options qui correspondent à sa réalité “, a-t-il déclaré.
Selon lui, l’intérêt est déjà bien présent. Près de 90 demandes ont été acceptées dans le cadre de la première initiative ministérielle lancée cette année, représentant plus de 3 000 hectares et environ 40 % des entreprises admissibles.
” Les producteurs veulent faire partie de la solution. Ils souhaitent être accompagnés et avoir accès à une expertise adaptée à leur situation “, a soutenu le ministre.
Il a également annoncé une aide pouvant atteindre 2 millions de dollars à Jour de la Terre Canada afin de végétaliser des bandes riveraines en amont du littoral, une mesure qui contribuera à améliorer la qualité de l’eau avant qu’elle n’atteigne le lac.
Un héritage pour les générations futures
Présent à l’annonce à titre de ministre responsable de la Stratégie maritime et ancien ministre de l’Environnement, Bernard Drainville a livré un témoignage personnel sur son attachement au lac Saint-Pierre, où il a grandi.
” Le plan ne vise pas à sortir l’agriculture du lac Saint-Pierre, mais à faire évoluer les pratiques pour concilier l’environnement et l’agriculture. C’est une très belle journée pour toutes les personnes qui ont à cœur le lac Saint-Pierre “, a-t-il affirmé.
Il a également lancé un appel à la population. ” Les gouvernements peuvent annoncer des mesures, mais ultimement, ça dépend aussi des citoyens. Il faut aimer ce joyau naturel et prendre la peine de s’en occuper pour le léguer à nos enfants et à nos petits-enfants. “
Un écosystème unique
Reconnu comme réserve mondiale de la biosphère par l’UNESCO et zone humide d’importance internationale en vertu de la Convention de Ramsar, le lac Saint-Pierre couvre près de 500 km², soit une superficie comparable à celle de l’île de Montréal. Il constitue le dernier grand bassin d’eau douce du fleuve Saint-Laurent et abrite 288 espèces d’oiseaux ainsi que 79 espèces de poissons.
Les travaux du Pôle d’expertise multidisciplinaire en gestion durable du littoral du lac Saint-Pierre, publiés en 2024, avaient conclu à la nécessité de revoir les pratiques agricoles afin de restaurer durablement cet écosystème.

Les organismes saluent une étape importante
Le Comité ZIP du lac Saint-Pierre et la Région de biosphère du Lac-Saint-Pierre accueillent favorablement le plan gouvernemental, qu’ils considèrent comme une avancée majeure après près de 30 ans de concertation.
Les deux organismes rappellent toutefois que cette stratégie devra s’inscrire dans un engagement à long terme pour assurer le rétablissement durable du lac.
La Région de biosphère du Lac-Saint-Pierre sera d’ailleurs responsable de coordonner le ” panier de solutions ” prévu par le plan d’action. Elle mettra sur pied quatre comités régionaux, appuyés par des agents de liaison, afin d’assurer le déploiement des mesures sur le terrain et la concertation entre les différents partenaires.
Selon leur directrice générale, Geneviève Tardy, cette annonce constitue ” le point de départ d’un engagement durable “, les défis auxquels fait face le lac nécessitant des investissements soutenus afin de préserver ce patrimoine naturel pour les générations futures.

