Trois-Rivières face à l’opportunité de la défense
Alors que le Canada s’apprête à dépasser les 2 % du PIB en dépenses militaires, Grégory Gihoul voit dans cette tendance une opportunité pour les entreprises de la région. Le directeur général d’Innovation et Développement économique Trois-Rivières (IDÉ) soutient toutefois qu’une importante structuration et une collaboration étroite entre les différents paliers de gouvernement sont nécessaires.
Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca
En fonction depuis novembre dernier, Grégory Gihoul a pris les rênes d’IDÉ dans un contexte économique marqué par des tensions géopolitiques croissantes. Bien que source d’inquiétudes et d’incertitude, cette situation représente pour lui une occasion de diversifier les marchés et les secteurs d’activités des entreprises d’ici.
« Ce qui se passe à l’international, les messages de tout l’Occident, les engagements qui sont pris par l’OTAN, les mouvements des grandes puissances, ça implique une prise de conscience collective », insiste Grégory Gihoul.
« Je suis convaincu que c’est une opportunité, mais il faut que ce soit bien structuré », continue-t-il.
Le directeur général d’IDÉ soulève que l’effort doit être coordonné, au risque de perdre de son impact.
La participation de tous les paliers de gouvernement est requise selon lui, en plus des agences de développement économique qui ont leur rôle à jouer. Les entreprises, quant à elles, doivent avoir le réflexe de la diversification.
« Si on veut que ça soit générationnel, il faut que tout le monde soit impliqué, que tout le monde soit engagé, puis qu’on marche tous en ordre pour atteindre ce même objectif-là, parce que c’est ambitieux. »
Le potentiel dans la région
Trois-Rivières peut miser sur un apport industriel dans la chaîne d’approvisionnement, plutôt que sur des contrats militaires de «premier niveau». La force de la région se situe dans son tissu de PME manufacturières et de sous-traitants, selon Grégory Gihoul. Il a confiance que ces compagnies seront capables d’ajuster leurs produits ou leurs procédés pour répondre aux besoins d’un effort de défense élargi, sans forcément fabriquer de l’équipement lourd.

« L’effort de défense implique aussi des sous-traitants sur les premiers niveau, et je pense qu’on a un beau positionnement à développer avec nos entreprises, peut-être sur le premier niveau, mais surtout sur le deuxième et troisième niveau. C’est là, à mon avis, où on a un rôle très important à jouer, puis aussi là où je pense qu’on a beaucoup à gagner. »
À Trois-Rivières, Marmen est l’exemple qui vient en tête lorsqu’est abordé le sujet de la défense. En décembre dernier, l’entreprise trifluvienne a signé un accord de partenariat stratégique avec la compagnie maritime allemande TKMS.
« Il n’y a rien qu’on souhaite plus que Marmen puisse avoir ce contrat-là dans la région. Ça enverrait un beau signal […] que cet effort-là ne se fait pas juste à Montréal ou à Québec, mais que ça se fait aussi dans les régions, parce que les régions ont beaucoup à apporter. »
Que les entreprises d’ici ne soient pas directement liées à la défense, mais interviennent plutôt comme sous-traitants, contribue à améliorer l’acceptabilité sociale selon Grégory Gihoul. Une approche qui permet les avantages économiques – générer des emplois et des investissements concrets – en évitant les connotations controversées associées à la fabrication d’armement.
« Une nouvelle guerre froide »
En 2025, les Alliés de l’OTAN se sont engagés pour porter à 5 % la part du produit intérieur brut consacrée au financement des besoins ayant trait à la défense d’ici 2035. Cette ouverture ne va pas sans incertitude, pour Grégory Gihoul. Selon lui, il faut bien lire les signaux géopolitiques : cette dynamique doit mener à une réflexion stratégique sur la place de la région dans ce nouvel environnement.
« Ce qu’on va revivre par rapport à peut-être une nouvelle guerre froide, ou ce qu’on vit déjà même par rapport à ça, ça impose qu’on ne soit pas naïf par rapport à la situation », soutient le directeur général d’IDÉ Trois-Rivières.
« Maintenant qu’on a compris, après plusieurs mois, que ça ne sera pas tout à fait simple dans les mois à venir, même dans les années à venir, on déduit qu’il faut qu’on se structure. Il faut qu’on soit prêt à mieux se positionner en tant que région, en tant que ville, pour aider nos entreprises dans ce contexte économique là, qui ne va pas aller en se stabilisant. »
Au final, le message de Grégory Gihoul se veut nuancé : l’industrie de la défense représente une véritable occasion pour Trois-Rivières, mais certainement pas une solution miracle. Il appelle les entreprises à saisir cette fenêtre pour la diversification sans toutefois « mettre tous les œufs dans le même panier » et plaide pour une collaboration structurée entre les différentes instances gouvernementales.
