Réinventer l’agriculture en environnement contrôlé

Une jeune pousse innovante en agriculture urbaine, Pépinière Cultivar s’est installée au District Lupel en mai 2025. Sa mission: aider des producteurs maraîchers à développer les meilleurs plants possibles en environnement contrôlé afin de leur assurer un approvisionnement régulier et de qualité.

La technologie aéroponique unique qu’utilise Pépinière Cultivar a été développée en France et visait d’abord la recherche, explique le président fondateur de Pépinière Cultivar, Vincent Hall.

“On a voulu importer et industrialiser une technologie européenne créée par Farm3, une entreprise de Besançon en France, qui a développé cette technologie à la base pour faire du phénotypage, de la recherche appliquée pour le besoin des entreprises. Le but est de prendre une plante et de comprendre c’est quoi la recette nutritive, climatique, spectrale, qui va faire qu’elle va se développer et aller chercher son maximum de capacités, que ce soit en agrégats naturels, en production fruitière, en résistance hydrique au stress, climatique, pour trouver la bonne recette de culture. Les plants sont dans des étagères aéroponiques, les racines dans les airs, et on vient brumiser la nutrition dessus. Après, on essaie de capter à quel moment il y a un pic de tel ingrédient naturel dans la croissance du plant. Basé sur ça, on s’est dit, on va amener cette technologie ici et on va vendre les services aux producteurs maraîchers qui ont aussi besoin de cette compréhension du plant, sauf qu’on s’est très vite rendu compte qu’avant de rentrer dans l’amélioration continue, ils ont beaucoup d’autres problèmes majeurs.”

Le constat: il est difficile pour les producteurs d’obtenir une matière première saine et productive.

“L’aéroponie permet d’amener directement au niveau des racines tout ce dont la plante a besoin. Si on maîtrise tout l’environnement de culture, on est capable d’amener la recette idéale aux plants pour qu’ils se développent dans la meilleure condition et ensuite qu’ils puissent performer chez les producteurs maraîchers. On a industrialisé cette technologie et on a multiplié la densité de production dans un environnement déterminé pour arriver à quelque chose de rentable qui nous permet de mettre une matière première sur le marché au prix du marché.”

L’entreprise dit vouloir moderniser l’activité de pépiniériste en collaboration avec le marché.

“Le but est de trouver des variétés résistantes aux pathogènes, maladies, au stress que les changements climatiques amènent, mais aussi de trouver une nouvelle variété qui va convenir aux consommateurs. Étant donné qu’on est capable de prendre n’importe quel type de matière première et de la mettre dans notre système pour le faire croître à n’importe quel moment de l’année, il y a cette flexibilité-là. Mais on ne vient pas supprimer l’activité conventionnelle du pépiniériste. On vient s’inscrire dans le marché comme un nouvel outil. On vient amener la technologie pour sécuriser une production.”

Cette façon de faire pourrait contribuer à produire des produits locaux à l’année.

“Il y en a des producteurs à l’année. Le plus gros problème, c’est d’atteindre les volumes et de multiplier les installations avec des modèles financiers qui fonctionnent. À partir du moment où on sécurise la matière première, on sécurise aussi les activités et la rentabilité, ça ouvre beaucoup de possibilités de croissance et d’augmenter la production locale.”

Au District Lupel

Plusieurs raisons ont guidé Pépinière Cultivar à élire domicile au District Lupel. Le choix de Trois-Rivières était stratégique pour M. Hall qui habite pourtant la région des Laurentides.

“On est venu s’installer ici parce qu’on a un écosystème à Trois-Rivières qui est, à mon sens, un des meilleurs écosystèmes pour porter l’intégration d’une nouvelle technologie. Le District Lupel en fait partie, et regroupe un peu toutes les qualités: on a des chambres froides déjà installées, des quais logistiques, on a des partenaires qui peuvent collaborer avec nous. Les entrepreneurs dans la région sont exceptionnels. C’est pour ça qu’on veut se développer à Trois-Rivières.”

L’aménagement des installations est déjà bien avancé.

“On construit un plancher sur lequel on va installer des modules dans lesquels on va produire nos transplants pour les amener à l’extérieur. On a trois salles d’à peu près 1000 pieds carrés chacune. Dans les deux premières, on va produire 40 000 plants dans chacune et dans l’autre, on va produire notre propre matière première. La raison pour laquelle on s’installe à l’intérieur du bâtiment qui est très haut de plafond avec une alimentation électrique conséquente et un système d’eau performant et de qualité, c’est qu’on n’a pas tout à fait fini la modularisation de nos équipements pour être capable de s’installer à l’extérieur. On va se développer en modulaire. La compagnie Modulable utilise ces bâtiments pour étendre des écoles ou des hôpitaux de façon temporaire. Ils récupèrent ces bâtiments et les transforment en pépinières et on vient installer nos équipements à l’intérieur. Ça nous amène une grande flexibilité. On aura un centre de production important à Trois-Rivières qui va nous permettre d’avoir une base sécurisée, qui ensuite va nous permettre de développer des installations satellites chez nos producteurs.”

Les installations utilisant la technologie aéroponique de Cultivar au District Lupel. (Photo: courtoisie)

Croissance

Pépinière Cultivar compte deux importants producteurs de fraises au Québec parmi ses clients, Savoura et Demers, et le plan de croissance semble prometteur pour les prochaines années.

“J’ai mentionné ces deux gros, mais il y a plein d’acteurs qui demandent des plants de fraises. Au Québec, le marché commande à peu près 80 millions de plants de fraises par année. L’année prochaine, on va produire 400 000 plans. C’est très faible par rapport à la quantité, mais déjà un bon volume. L’année suivante, on essaie de multiplier par cinq cette installation-là pour arriver à 2,5 millions. Notre objectif est d’arriver en 2028 à 6,5 millions de plants produits, un peu moins de 10 % du requis des producteurs québécois. On a encore beaucoup de marge de volume et on parle que de la fraise.”

Les producteurs de tomates, concombres et poivrons pourraient également bénéficier de la technologie de Pépinière Cultivar.

“Notre but, c’est de faire grossir des plants dans nos installations pour que les producteurs maraîchers aient une matière première fiable. Ils en ont besoin pour avoir une production prédictive et stable pour avoir une force de négociation avec la distribution pour augmenter leur rentabilité.”

Pépinière Cultivar ne s’intéresse pas seulement aux grosses entreprises qui génèrent des volumes importants de plants.

“Au contraire. Par exemple, on a un partenaire, le Ricaneux, qui fait un vin de fraises et de framboises. Il a besoin de 3000 plants de fraises par année. Ce n’est pas grand-chose, mais il achète ses plants à un prix important parce qu’il a des petites quantités. Notre but, quand on fait 80 000 plants, on en réserve 10 % pour des petits producteurs, ce qui va nous permettre de mettre à disposition des petites quantités au prix des gros producteurs. Notre but est aussi de sécuriser tous les petits producteurs.”

L’entreprise utilise une technologie tellement unique qu’elle rencontre peu de compétition jusqu’à maintenant.

“On est la seule pépinière aéroponique en vertical aujourd’hui. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas en train de se développer. Beaucoup de gros joueurs essayent de trouver des solutions et n’ont pas encore trouvé la clé. Deux autres partenaires sur le marché au Québec le font de façon différente, avec moins de précision technologique. On peut dire qu’on est unique aujourd’hui, mais dans un marché dynamique.”