Pour les assoiffés de vérité sur le concept du mieux boire et du mieux manger
Satisfaire le “boire” et le “manger” pour vivre en santé, voilà qui résume la mission de Johana Monthuy-Blanc (chercheuse), Emie Therrien (nutritionniste) et Jessica Harnois (sommelière), toutes trois membres du groupe de recherche Loricorps de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Ces dernières ont uni leurs expertises et leurs expériences scientifiques, pratiques et gastronomiques afin de produire un ouvrage qui propose des outils pour comprendre et expérimenter la dégustation des mets et des breuvages : Santé, boire & manger.
“Je lis beaucoup sur le boire moins et mieux, parce qu’il y a beaucoup de recherches sur le solide, sur l’alimentation intuitive, mais très peu sur le fait de boire, explique Mme Harnois. C’est en effet très rare qu’on parle du boire de la même façon que la nourriture.”
“On s’est fait défier par une personne qui suivait bien le protocole dans le cadre du manger, mais qui avait complètement décompensé dans le boire, explique Johana Monthuy-Blanc sur les balbutiements de ses réflexions sur le sujet. J’ai donc posé la question un peu naïve: pourquoi n’adresse-t-on pas le boire en même temps que le manger? Pourquoi part-on du principe que les gens se débrouillent avec le boire?“
L’ouvrage explore les concepts du “boire” et du “manger” de manière ludique et créative par du textuel et des conceptualisations, notamment, tout en restant ancré dans des pratiques fondées sur le cumul de données scientifiques. Les autrices ont fait appel à des experts dans une vingtaine de disciplines, que ce soit la psychoéducation, le design, la technoscience, la santé durable, la chiropractie, etc.
Émie Therrien a apporté sa touche avec ses connaissances de la nutrition et des troubles alimentaires. “L’avenue qu’on voulait prendre est celle de la pleine conscience lorsque l’on mange, et de prendre conscience de comment tu peux boire, pourquoi tu bois et ce que tu vis comme émotions”, indique la sommelière. “C’est très complexe pour arriver à avoir ces sensations de rassasiement; quand est-ce qu’on s’arrête de manger, quand est-ce qu’on pense qu’on est suffisamment rempli, pas assez rempli. On a un peu perdu nos signaux corporels avec notre société actuelle”, révèle Mme Monthuy-Blanc.
“C’est tellement le fun!, lance Mme Harnois. Ce sont trois générations, donc ma mère, ma fille et moi, qui avons regardé avec Émie ce qu’on mange durant les différentes saisons, et ce qu’on fait comme activités physiques. Chaque bloc contient donc un code QR qui amène à une capsule où on nous voit cueillir des fleurs au printemps, concocter de belles salades estivales, boire des tisanes, aller au spa à l’automne”, explique-t-elle.
“On s’est donc amusées! C’est ma mère et moi qui avons cuisiné la nourriture, et ma fille a pris presque toutes les photos, ajoute Mme Harnois. Ce qu’on voulait montrer, c’est ce qu’on peut faire facilement à la maison, sans trop transformer les aliments. C’est extrêmement créatif et il n’y a pas de recette fixe.” On ajoute à ça plein d’idées d’accords avec ou sans alcool.

Mme Harnois explique également que la façon de boire et de manger change au gré des saisons, et que l’ouvrage explore ces changements ainsi que le boire en harmonie avec notre environnement et notre corps, avec intuition. “J’ai un continuum du boire. On peut boire de l’eau ou de la tisane, ensuite il y a les jus et la compréhension du fructose, les laits et le lactose, ensuite il y a les smoothies et les boissons protéinées, les boissons gazeuses, le thé, le café et, finalement, l’alcool, énumère Mme Harnois. Ce n’est pas pour démoniser l’alcool, assure-t-elle. Au contraire! Je pense qu’il faut éduquer les gens. Mon mandat est de démocratiser le vin et boire.”
Cet ouvrage prône le concept que Johana Monthuy-Blanc appelle “les quatre pattes d’une chaise en santé alimentaire : une alimentation équilibrée, modérée, diversifiée, selon des choix éclairés, dit-elle. Ce n’est pas militant, ce n’est pas culpabilisateur. On est plutôt là avec beaucoup d’humilité et de créativité pour redonner le pouvoir d’agir à la population québécoise sur un besoin primaire.”
Le début d’une grande collaboration
En 2021, alors que Jessica Harnois était conférencière pour l’Institut de leadership et qu’elle animait sa conférence “Tête, cœur, corps” sur comment maximiser son succès en affaires, elle a rencontré Johana Monthuy-Blanc, alors très intéressée par sa position par rapport au boire. La première maitrise le liquide, la seconde, le solide. “On a le même âge et on a cliqué!, révèle Mme Harnois. Elle m’a alors demandé si je voulais faire un passage direct au doctorat en sciences biomédicales. À ce moment-là, j’avais le vent dans les voiles avec les vins Bù, mais vu que c’était la pandémie, je me suis dit : pourquoi pas! Je me suis donc enrôlée à l’UQTR. Après avoir fait tous mes cours, on a décidé de faire un livre ensemble.”
Ce livre, il s’adresse autant à Monsieur et Madame Tout-le-Monde qu’aux étudiants et professionnels de la santé. “La première partie est très académique, et la deuxième portion est le fun, ludique et facile à comprendre”, croit Mme Harnois. Et il est possible de commencer l’ouvrage par le côté qui nous interpelle le plus, soit l’apprentissage par l’expérimentation, soit par la compréhension des concepts.
Santé, boire & manger est donc ainsi devenu un projet d’études pour Jessica Harnois. Au total, ce sont cinq années qui ont été investies à son élaboration, dont environ deux et demi de rédaction. Tous les fonds amassés avec la vente de l’ouvrage iront au financement des activités du groupe de recherche Loricorps, qui œuvre du côté de l’intervention interdisciplinaire des troubles de conduites alimentaires (TCA).
