Pont Laviolette: un chantier aux conditions extrêmes

Avril 1964. La construction du pont Laviolette se met en branle. C’est un imposant chantier qui métamorphosera à tout jamais, et de façon magistrale, le paysage de la région.

Un peu plus de trois ans sont nécessaires pour finaliser l’ouvrage. Le projet mobilise entre 200 et 300 travailleurs, selon les estimations du ministère des Transports (MTQ). «On ignore le nombre exact de travailleurs qui ont œuvré sur le chantier car on n’a pas en main de journal de bord», mentionne Jean Lamarche, porte-parole du MTQ.

Les travaux se déroulent en cinq phases. Dans un premier temps, on érige les piliers de la rive nord. Ensuite, on s’attaque à ceux de la rive sud, puis aux quatre piliers centraux. Ces derniers sont plus complexes à réaliser: étant situés dans le fleuve, on doit les ancrer solidement dans le fond marin.

Le pont Laviolette en construction (Photo gracieuseté de Gaëtan Lapierre)

Pour ce faire, on utilise de gros caissons d’acier qui, par le poids du béton qu’on y coule, sont graduellement enfoncés dans le lit du fleuve Saint-Laurent, jusque dans le socle rocheux. À l’intérieur de ces caissons se trouvent d’énormes tubes de 17 à 21 pieds de diamètre chacun. Les travailleurs descendent au fond de ces tubes pour ramollir le sol fluvial et le pomper hors du caisson afin de permettre à ce dernier de descendre jusqu’à son emplacement final. Les conditions sont extrêmes: ils travaillent à 80, voire 100 pieds sous le niveau du fleuve et s’y rendent par des sas pressurisés. «Il n’était pas rare qu’ils ressortent de leur journée de travail avec les oreilles, les yeux et le nez en sang», rapporte Martin Garceau, ingénieur au MTQ.

La tâche est ardue et périlleuse. Elle coûtera d’ailleurs la vie à 12 travailleurs le 7 septembre 1965. Ce jour-là, un caisson cède. La cause exacte n’est pas déterminée, mais on soupçonne une explosion, engendrée par le contact d’une étincelle avec une poche de méthane issue du sol, sous le caisson, ou encore une défaillance au niveau du béton, pas suffisamment durci. Une treizième victime s’ajoute au triste décompte: un plongeur qui tentait de récupérer les corps.

Le chantier est arrêté pendant six mois pour permettre la tenue d’une enquête. À la reprise des travaux, la méthode est revue. Les travailleurs ne se rendent plus dans le fond du caisson. Pour manipuler le sol fluvial, on utilise maintenant des godets et des grues.  Une méthode beaucoup plus longue, réalisée à tâtons.

Une fois les piliers terminés, les travailleurs s’affairent à mettre en place la charpente métallique du pont puis finalisent l’ouvrage. Le pont est inauguré le 20 décembre 1967 en présence du ministre de la Voirie, Fernand-Joseph Lafontaine. Sa construction aura coûté 50 millions de dollars.

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La conception

Le pont Laviolette a une longueur d’un peu plus de 2700 mètres. Il se compose de 37 travées de structures différentes:

Le pont Laviolette en construction (Photo gracieuseté de Gaëtan Lapierre)

-1 travée suspendue avec poutres triangulées en arc;

-8 travées avec poutres métalliques triangulées et tablier inférieur;

-2 travées en béton armé au-dessus des piles principales;

-15 travées avec trois poutres maîtresses d’acier à âme pleine;

-11 travées avec poutres préfabriquées de béton précontraint.

               (Source: Douville, Fay et Breault)

 

                                                La construction

Le pont Laviolette en construction. (Photo gracieuseté de Gaëtan Lapierre)

Phase 1: construction des piliers N-6 à N-15.

Phase 2: construction des piliers N-3 à N-5 et des piliers S-3 à S-10

Phase 3: construction des quatre principaux piliers dans le fleuve et leur caisson

Phase 4: installation de la superstructure métallique.

Phase 5: construction des piliers restants S-11 à S-21 de même que leurs poutres précontraintes de superstructures avec la dalle de béton, son revêtement, les garde-corps et l’installation de l’éclairage.

                                                        Source: Pont de Trois-Rivières, Conception et Construction, mai 1968, Demers, Lemieux et Roy Ingénieurs Conseils