Persévérance scolaire : du rêve à la réalité
TROIS-RIVIÈRES. Dyslexie, dysorthographie et dysgraphie n’ont pas empêché Ludivine Dionnet de réaliser un rêve professionnel en suivant un cours à l’École des dirigeants au HEC. Responsable des communications chez Uni-Recycle, elle a dû faire preuve de persévérance, malgré les défis liés à ses difficultés d’apprentissage et la dissuasion de ses professeurs.
Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca
Quand elle était encore en France, Ludivine a vu le kiosque de HEC Montréal lors d’un salon international des études. D’aller étudier dans ce qu’elle qualifie d’institution prestigieuse est rapidement devenu un objectif personnel et professionnel pour elle.
« J’étais allée les voir. J’ai été gentiment refusée directement, parce que je n’avais pas la matière qu’il fallait ni les notes, tout simplement. J’étais comme : ”c’est parfait, il n’y a pas de problème !” »
Finalement, la suite l’a menée vers le programme de communication sociale de l’Université du Québec à Trois-Rivières, puis vers Uni-Recycle. « À la fin de mon bac, en cherchant un travail dans mon domaine, je suis atterrie chez Uni-Recycle et j’y suis depuis presque cinq ans. Quand je suis arrivée, il n’y avait personne en communication encore. On a construit ça ensemble », se remémore-t-elle.
Ludivine suit actuellement le cours de certification en marketing numérique à l’École des dirigeantes et dirigeants de HEC Montréal, qui se classe au premier rang au Canada pour les formations destinées aux professionnels.
Un parcours semé d’obstacles
Dans un domaine comme la communication, où la qualité du français est essentielle, plusieurs ont répété à Ludivine que ses difficultés la condamnaient à devoir oublier cette avenue professionnelle.
Ses premiers revers ne sont pas survenus seulement lors de ses études supérieures. Dès l’école primaire en France, une enseignante « vieille école » lui avait empêché le cours de piscine, l’accusant d’être « fainéante ».
« Sinon, il y a les professeurs qui font réécrire les mots à l’infini pour qu’on les retienne : ce qui ne fonctionne pas, c’est juste de la torture ! », se souvient-elle. « Et on va dire que ça vient quand même avec de l’intimidation. Quand tu es à part dans une classe normale, la moquerie est quand même facile. »
Heureusement, elle a pu compter sur l’appui de ses parents tout au long de son parcours scolaire. « À l’école, quand tu es jeune, c’est compliqué, surtout quand les professeurs comprennent plus ou moins ta situation. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui étaient très présents sur ce sujet-là. Mais sincèrement, sinon, j’étais en échec scolaire. Si je n’avais pas eu ce soutien-là, c’était fini. »

Ludivine Dionnet est responsable des communications chez Uni-Recycle. (Photo : Émile Héroux)
Sa réalité
Aujourd’hui, écrire est une tâche quotidienne au cœur du poste de Ludivine. Des programmes adaptés, notamment propulsés par l’intelligence artificielle, sont devenus des outils essentiels, là où un logiciel de correction d’orthographe n’était pas suffisant.
« Chaque message que j’envoie, chaque publication, je le fais corriger. Je demande à l’IA juste de corriger mes fautes d’orthographe et de syntaxe. Ça change ma vie, parce qu’avant, même avec Antidote, par exemple, ça ne suffisait pas, il restait des fautes. »
Ses collègues comprennent sa réalité et lui permettent d’en rire, plutôt que de s’attrister de sa situation. Ils ne jugent pas au premier abord les courriels de Ludivine, qu’elle qualifie de « carnage », lorsqu’elle ne prend pas le temps de se réviser.
« Juste de l’ouverture et de la compréhension, sincèrement, ça fait vraiment une très grosse différence », explique-t-elle.
Ludivine est la preuve vivante que « l’erreur est humaine » et que la résilience peut mener plus loin que l’on peut s’imaginer. La clé de la persévérance pour elle : accepter sa différence sans en faire un drame, être patiente et continuer avec ses convictions sans accorder trop d’importance aux regards des autres.
