Ombelle, artiste fleuriste: respecter le rythme des saisons

L’artiste fleuriste ­Annabelle ­Caron se démarque de la plupart des autres fleuristes. Du printemps à l’automne, elle cultive localement ses propres fleurs de façon écologique, et le reste de l’année, elle utilise des fleurs séchées pour composer ses arrangements floraux.

Diplômée du programme de ­Gestion et technologies d’entreprise agricole du ­Cégep de ­Victoriaville, la trifluvienne vient de lancer son entreprise. Elle a toujours su qu’elle ferait les choses différemment.

“ ­Le respect de la terre, les pratiques culturales plus respectueuses de l’environnement, c’était vraiment important pour moi. Par la suite, est venue la découverte des fleurs sauvages, la cueillette éthique. J’avais besoin qu’il y ait une approche un peu plus écologique. On dirait que dans mon idée, ça venait ensemble, ce n’était pas possible de faire tout ça séparé. ”

Avec son approche unique, elle peut tout de même rivaliser avec n’importe quel fleuriste traditionnel.

“ C’est une approche qui est dans l’observation de la nature qui nous entoure. C’est complètement différent mais ce sont les mêmes produits que les fleuristes, dans le sens que ce sont des bouquets pour des mariages, des arrangements pour les funérailles, mais avec une approche artistique et une signature visuelle singulière, avec des matériaux qui sont près de la terre et qui bouclent la boucle de la beauté de la nature. ”

Après avoir découvert l’art floral avec les fleurs séchées, elle cultive ses propres fleurs depuis 2001 grâce à des amis qui lui prêtent un coin de leur terre à ­Saint-Maurice.

“ C’est la ferme ­Maurice, la ferme de mes amis qui ont des cultures maraichères. J’essaie de favoriser, dans les vivaces, les variétés plus rustiques, des variétés indigènes, les variétés sauvages du ­Québec. Je ne fais pas juste cueillir les fleurs sauvages, j’essaie aussi d’en cultiver le plus possible. Pour les annuelles, je n’ai pas de culture trop fragile parce que je n’ai pas de serre et j’essaie de limiter l’utilisation du plastique dans les jardins. Je choisis les variétés en fonction de leur résilience et de leur capacité à produire beaucoup avec le moins de matériel possible. ”

Elle peut ainsi compter sur toute une variété de fleurs pour composer ses bouquets.

“ ­La liste est longue, mais j’ai mes petites favorites quand même. Dans les annuelles, mes favorites, qui sont aussi belles fraîches que séchées, il y a les fameuses immortelles, les gomphrenas, la statice, mais j’aime aussi faire sécher des variétés qui ne sont pas connues pour leur propriété sèche, comme les dahlias, les rudbeckias. Dans les fleurs sauvages, j’aime beaucoup aussi la carotte sauvage, la verge d’or, il y a des feuillages aussi, j’utilise beaucoup la fougère d’aigle et l’osmonde royale. Je fais sécher des peupliers aussi. ”

La planification de ce qui sera planté et récolté s’avère essentielle en début de saison.

“ C’est un gros enjeu parce que la ressource est limitée pendant les mois d’hiver. Quand je ne sais pas si je vais être capable de fournir un événement ou une commande, quand la ressource des fleurs séchées s’épuise et qu’il n’y a pas encore les fleurs fraîches qui fleurissent en abondance, ça pousse beaucoup la créativité. Je dois planifier ma production, mais j’essaie de m’inspirer de ce que la nature a à offrir à tout moment de l’année. ”

Pour les fêtes importantes du printemps, sa culture est évidemment tributaire de la température.

“ ­Des fois, on est capable d’avoir des bouquets pour ­Pâques, mais la fête des mères, c’est vraiment une bonne ligne de départ pour les fleurs fraîches : les narcisses, c’est fin avril, après ça, les tulipes. Il y a quelques fleurs qui peuvent résister au gel, mais le premier gel, c’est octobre, fin septembre, qui annonce la fermeture des jardins, puis là, on tombe dans les fleurs séchées, puis dans le sapinage pour le temps des fêtes. ”

Annabelle constate l’ouverture de la clientèle à consommer des fleurs de façon plus éthique.

“ ­Puis ça amène un style plus aérien, près de la terre, un style un peu plus fermier. Les gens recherchent ça et j’ai l’impression qu’il y a de la demande pour sortir du style un petit peu plus traditionnel du bouquet rond de roses rouges, par exemple. ”

Maintenant que son entreprise, ­Ombelle, est officiellement en opération, ­Annabelle peut planifier les prochaines étapes de développement.

“ ­Mon rêve, ultimement, c’est d’avoir ma propre terre, de pouvoir inviter les gens dans l’atelier, à la ferme et pouvoir faire des gros événements d’envergure avec uniquement des fleurs locales. C’est vers là que je m’en vais. Aussi, j’aimerais beaucoup développer le côté artistique, sortir du service de fleuristerie puis développer ma pratique artistique. J’essaie de planifier des expositions ­peut-être dans les prochaines années, uniquement dans l’objectif artistique visuel. ”