Nourriture et confinement : émergence d’un nouveau profil de mangeur

Si on vous demandait quel profil de mangeur êtes-vous, le sauriez-vous? Êtes-vous du genre mangeur intuitif, prudent, inattentif ou encore expert de régimes alimentaires? Spécialiste des troubles du comportement alimentaire (TCA), le groupe de recherche transdisciplinaire des troubles du comportement alimentaire (GR2TCA-Loricorps) de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) vous invite à prendre davantage conscience de votre rapport à la nourriture dans le contexte de la COVID-19, alors que la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires s’amorce en ce 1er février.

Chaque année depuis bientôt 10 ans, l’équipe du GR2TCA-Loricorps profite de cette semaine de sensibilisation pour faire connaître les enjeux liés aux TCA, une problématique qui touche près de 300 000 personnes au Québec.

Comme la pandémie de la COVID-19 a bouleversé nos habitudes et nos modes de vie depuis mars 2020, les chercheurs ont mené une étude dans le but d’établir les profils de mangeurs ayant pu être influencés par les changements perceptuels, relationnels, occupationnels et sensoriels liés au confinement.

«Manger est un acte qui semble assez banal puisque nous mangeons quotidiennement presque sans y faire attention. Pourtant, l’acte de manger lui-même appelle une pléthore de différents profils dans la population, sous-tendus par des motivations différentes d’un individu à l’autre. Nous mangeons pour être avec les autres, pour être en bonne santé, ou simplement pour le plaisir. En contexte de confinement pandémique et de grands changements, ces motivations peuvent être transformées de différentes façons et entraîner des attitudes et comportements alimentaires dysfonctionnels», explique Johana Monthuy-Blanc, directrice du GR2TCA-Loricorps.

Le groupe québécois de recherche GR2TCA-Loricorps s’est mobilisé dès le début de la pandémie en menant une étude intitulée «Quel mangeur êtes-vous lors de cette COVID-19». Ce projet vise à explorer les profils de mangeurs en fonction de la perception, la relation, l’occupation et la sensation relatives aux attitudes et aux comportements alimentaires en contexte de pandémie COVID-19. Au final, les chercheurs pourront déterminer comment ces différents changements relatifs au contexte de pandémie influencent les profils de mangeurs.

Un nouveau profil de mangeur

En contexte de confinement, cette étude met en exergue un nouveau profil de mangeur, nommé par le Loricorps, «les mangeurs perceptuels».  En effet, 58% mangent sans être satisfaits de leurs perceptions physiques de soi (image du corps). Moins prédisposés à manger avec plaisir, ces mangeurs sont à risque de développer des attitudes et des comportements alimentaires dysfonctionnels.

L’émergence de ce profil de mangeur peut se traduire à deux niveaux. Premièrement, ce profil remet en perspective les approches scientifiques cliniques qui définissent les TCA comme un trouble perceptuel, tel que positionné par le Loricorps. Secondement, les trois profils de mangeurs peuvent être conceptualisés le long d’un continuum d’attitudes et des comportements en fonction des perceptions physiques de soi, du plus fonctionnel (le mangeur intuitif) au plus dysfonctionnel (le mangeur restrictif).

Les mangeurs intuitifs : 29 % mangent en satisfaisant leurs besoins biopsychologiques de faims et de satiété idéalement avec plaisir se protègent des attitudes et des comportements alimentaires dysfonctionnels;

Les mangeurs restrictifs : 14 % qui mangent en se restreignant pour contrôler leur poids et avec culpabilité sont à risque de développer des troubles du comportement alimentaire.

Par ailleurs, deux autres types de résultats relatifs aux occupations lors d’un confinement offrent des pistes sur la compréhension de l’acte de manger en contexte COVID-19 :

  • Les mangeurs intuitifs font plus d’activité physique (5 h /semaine en moyenne) que les mangeurs restrictifs (1,8 h /semaine en moyenne).
  • Les mangeurs intuitifs cuisinent plus que les mangeurs restrictifs, mais moins que les mangeurs perceptuels (respectivement 65 %, 42 %, 72 % cuisinent presque tout ce qu’ils mangent).

Cet investissement occupationnel plaide en faveur du continuum des attitudes et des comportements alimentaires présentés.

Au terme de l’exercice, les données pourront être utilisées par les différents partenaires de l’étude, soit dans le cadre de la compréhension de l’acte de manger (Centre de recherche de l’institut Paul Bocuse) soit dans le cadre d’interventions (ANEB, Maison L’Éclaircie, Fillactive). Les partenaires pourront ainsi intervenir à partir des meilleures pratiques et mieux prévoir les impacts sur l’alimentation d’une autre situation de confinement à domicile ou de personnes vivant une situation d’isolement dans un contexte hors pandémie.