Meurtre survenu en 2000: 25 ans plus tard, que peuvent trouver les policiers?
À Trois-Rivières, la découverte d’ossements 25 ans après la disparition d’un homme soulève la question de ce que les policiers peuvent retrouver aprèsa tout ce temps. Vendredi, Aline Girardin a été accusée du meurtre au deuxième degré de Louis Valentine à la fin de l’été 2000 et d’outrage à un cadavre qui pourrait avoir été commis jusqu’au début de 2003. Après avoir été découpés, les restes humains retrouvés auraient été congelés pendant un certain temps avant d’être enterrés.
Le professeur au département de biochimie, chimie physique et science forensique à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), Frank Crispino, est aussi directeur de comité de programme de cycles supérieurs en science forensique et chimie et directeur d’un groupe de recherche en science forensique. Il ne se prononce pas sur la qualité de la preuve que les policiers tenteront d’établir et sur laquelle les avocats auront à débattre en Cour. Il explique le travail d’analyse réalisé objectivement par les experts en laboratoire.
“Si véritablement la personne a été poignardée et découpée, ça laisse des stigmates, donc des traces sur les os. Les os ont une capacité d’être conservés dans le temps. Ces traces devront être expliquées par la personne mise en cause ou son avocat, parce qu’à partir du moment où on trouve des traces sur les os qui ne sont pas des traces naturelles, des formations dues à la maladie, des fractures du vivant de la victime, d’autant plus que ce sont des traces agressives, des traces de couteau ou autre, il faudra des explications, puisque c’est ce qu’on appelle des traces perimortem, c’est-à-dire aux alentours du décès lui-même, ou post-mortem lors de la découpe du corps.”
Il serait extrêmement surprenant qu’on relève d’autre ADN que celui de la victime, note-t-il.
“L’ADN sera naturellement celui de la victime. Il y aura sûrement une corroboration, même s’il faudra des techniques de pointe, surtout sur les os. Ça dépendra aussi si on trouve, par exemple, les maxillaires, où on a une plus grande capacité à aller chercher de l’ADN, mais sur les os longs, on peut aller en chercher. En revanche, je ne vois pas comment on peut avoir l’ADN d’une personne mise en cause sur les os. Ça ressort pratiquement du miracle.”
Qu’on retrouve ces éléments 25 ans plus tard ne change pas grand-chose par rapport aux traces que les experts pourront identifier.
“Il n’y a pas une grande différence, en fait. Sur le court terme ou sur le long terme, les traces existent. Les traces en elles-mêmes, elles ne font que corroborer ou infirmer des hypothèses au niveau de la source, est-ce bien le corps de M. X qu’on a retrouvé, soit au niveau de l’activité, de poignarder, découper, congeler, etc. L’intérêt de la Cour, c’est pour une inférence, c’est-à-dire un raisonnement supplémentaire sur la culpabilité, sur la responsabilité, et là, il y a plein de choses qui entrent en ligne de compte: l’élément moral, l’intention, etc. Ça sort complètement de la compétence de l’expert. L’expert n’est qu’un auxiliaire de justice. “

Frank Crispino, directeur du Groupe de recherche en science forensique à l’UQTR. (Photo archives – Marie-Eve Alarie)
D’autre part, les policiers tentent de retracer de vieilles éclaboussures de sang dans un appartement où le meurtre pourrait avoir été commis.
“On entre dans la spéculation. Je ne sais pas du tout quelles sont leurs hypothèses de travail. En fonction de ça, le temps qui passe, c’est la vérité qui s’enfuit. Est-ce que sur cette longue période, on n’aurait pas des parties cachées de l’appartement qui auraient pu garder des traces de ce type? Il y a des cas historiques qui existent où des gens ont pris énormément de précautions pour cacher leurs crimes, et finalement, des traces ont été cherchées à des endroits auxquels ils n’avaient pas pensé et ont pu être retrouvées. N’ayant pas la configuration des lieux suspectés, j’aurais plutôt tendance à reconstruire ce qu’on appelle l’analyse situationnelle, ce qui a bien pu se passer, avec ou sans la participation de la mise en cause qui peut expliquer ce qu’elle a fait, mais elle peut dire la vérité ou mentir, et aller corroborer éventuellement par des traces qui pourraient être laissées. Aujourd’hui, les méthodes de détection et d’extraction d’informations, on travaille tellement dans l’infiniment petit que la prouesse technologique elle-même est possible.”
L’analyse du travail en laboratoire fera foi de tout.
“Le travail en laboratoire est un travail technologique, y compris une projection sur les scènes d’investigation. Ça va être le premier travail de l’expert. Ce qui différencie un expert d’un technicien, c’est le pouvoir d’exprimer son opinion, se prononcer sur les causes, pouvoir confronter les hypothèses et, à partir des traces observées, soutenir ou pas si les hypothèses sont recevables et si elles sont crédibles.”
