Les PME manufacturières d’ici s’en sortent mieux qu’ailleurs au Québec
La deuxième édition du Baromètre industriel de Trois-Rivières révèle que les PME manufacturières trifluviennes se positionnent bien, et parfois mieux, par rapport à la moyenne du secteur manufacturier québécois.
Cette étude stratégique menée auprès de 58 petites et moyennes entreprises de Trois-Rivières dresse un portrait détaillé du secteur manufacturier d’ici sur plusieurs thématiques, soit l’investissement, les ventes, les exportations, le protectionnisme américain, les ressources humaines, l’innovation, l’intelligence artificielle et l’environnement.
Il en ressort que les PME trifluviennes investissent davantage en achat d’équipement (40%) et en technologies numériques (28%), alors que la moyenne québécoise fait état de 25% des entreprises qui ont investi en achat d’équipement et de 19% qui ont fait de même dans les technologies numériques.
Ces investissements semblent avoir porté leurs fruits puisqu’en parallèle, les PME manufacturières de Trois-Rivières sont plus nombreuses à avoir connu une augmentation d’au moins 5% de leur chiffre d’affaires et moins nombreuses à avoir connu une diminution d’au moins 5% comparativement à la moyenne provinciale.
Elles comptent encore investir en 2025, notamment dans le développement de nouveaux marchés ou de nouveaux clients (86%), dans l’acquisition d’équipement ou d’immobilisations (72%), ainsi que, dans une moindre mesure, dans le développement de nouveaux produits ou services (53%) et dans l’acquisition d’entreprise (21%).
On innove, mais moins avec l’IA
Le Baromètre industriel de Trois-Rivières révèle que sur le plan de l’innovation, les PME d’ici sont plus nombreuses à avoir développé de nouvelles façons de commercialiser les produits, mais moins nombreuses à avoir fabriqué des produits nouveaux ou améliorés.
“On remarque une stagnation en matière d’innovation au Québec. Toutefois, quand on parle d’innovation dans la façon de commercialiser les produits, on constate une nette progression à Trois-Rivières, affirme Carmine Zanni, directeur des services professionnels chez STIQ, qui a produit le Baromètre industriel. Pour se commercialiser, la croissance est nettement supérieure à Trois-Rivières qu’ailleurs au Québec. Ça explique peut-être pourquoi on remarque davantage de ventes chez les PME manufacturières de Trois-Rivières en comparaison au reste du Québec.”
En revanche, les PME manufacturières trifluviennes semblent plus frileuses à utiliser l’intelligence artificielle (IA) dans leur quotidien. Seules 26% des PME manufacturières disent utiliser l’IA pour la production de texte, 16% pour la veille stratégique et 9% pour une assistance à la conception et l’ingénierie, alors que dans le reste du Québec, 39% des PME manufacturières font appel à l’intelligence artificielle pour produire des textes et 14% pour une veille stratégique.
“Les entreprises qui n’utilisent pas l’intelligence artificielle mentionnent que les principales raisons sont le manque de connaissance (67%), en ce sens qu’elles ne savent pas par où commencer et à quels processus pourrait s’appliquer l’intelligence artificielle. Elles ont aussi nommé le manque de personnel qualifié (66%), le manque de temps (66%) comme freins à l’utilisation de l’IA. Ce sera à surveiller dans les prochaines années”, précise M. Zanni.
Main-d’œuvre: la relève devient le principal enjeu
Les PME manufacturières d’ici semblent moins touchées par le problème de rétention des employés spécialisés. Cependant, à l’instar du reste du Québec, le principal enjeu des prochaines années se concentrera sur la relève.
“Dans les dernières années, on a beaucoup dit que la pénurie de main-d’œuvre était un frein majeur à la croissance des entreprises, rappelle M. Zanni. Mais maintenant, c’est l’enjeu de la relève qui est plus important que jamais. Beaucoup d’entrepreneurs voudront prendre leur retraite d’ici quelques années et céder leur entreprise, mais il faut qu’il y ait de la relève. C’est un enjeu prédominant à Trois-Rivières aussi. Les PME d’ici ont également noté un enjeu de développement de compétences des employés plus important que dans le reste du Québec.”
“Le défi est double parce qu’il faut aussi de la relève à l’interne. Souvent, il y a des personnes dans nos PME qui occupent un rôle clé qui s’avère indispensable à la PME. Par exemple, il arrive que des entreprises internationales se fassent dire par des PME québécoises qu’elles ne pourront pas recevoir leur produit à temps parce que la seule personne qui peut manœuvrer la machine est malade, ajoute-t-il. Il faut voir comment développer les compétences à l’interne, mais ce n’est pas toujours évident dans nos petites PME.”
Trois-Rivières “moins à la traîne”
Le directeur général d’Innovation et développement économique Trois-Rivières accueille ces résultats avec intérêt. “Les enjeux, on les connaît et c’est vrai que le Canada est à la traîne en ce qui concerne la productivité. Où je suis surpris, c’est de constater qu’on est moins à la traîne que bien d’autres régions. C’est très intéressant”, commente Mario De Tilly.
“Les manufacturiers ont eu des années remplies de défis dernièrement, renchérit Carmine Zanni. Il y a eu la Covid en 2020, la reprise post-Covid, la pénurie de main-d’œuvre, des défis logistiques, le prix de la matière première qui augmentait, les conteneurs qui coûtaient très cher, la hausse des prix, les taux d’inflation élevés, le protectionnisme américain et l’instauration de tarifs… Chaque fois, nos PME manufacturières ont été résilientes et ont trouvé des solutions. Je suis confiant que les PME vont réussir à rattraper le retard de productivité.”
