Les fugues diminuent dans les centres de réadaptation du Centre jeunesse

Ils sont jeunes, débrouillards et à la recherche de liberté. Pas une journée ne passe sans qu’une dizaine d’adolescents ne quittent leur résidence familiale sans en avertir leurs parents, révèlent des données obtenues par TC Media.

En ce mois de novembre, mois de la prévention des fugues, Enfant-Retour Québec sonne l’alarme.

Le plus récent rapport sur les enfants disparus au Canada indique qu’il y a eu 3570 fugues dans la province en 2012. Il s’agit d’une moyenne de dix disparitions quotidiennement.

Les statistiques montrent toutefois une baisse constante du nombre de signalements depuis cinq ans. En 2008, on en dénombrait 5 707, soit 60% de plus comparativement à 2012.

La fugue est un phénomène social qui fait fi des classes sociales. Les enfants issus de familles riches comme de toute autre famille peuvent être portés à fuguer. Les centres de réadaptation sociale gérés par les Centres jeunesse n’échappent pas à cette règle, quoique les statistiques s’améliorent d’année en année.

Les statistiques recensées par le Centre jeunesse de la Mauricie/Centre-du-Québec font état de 123 cas de fugue en 2011-2012, tandis que 68 cas de fugue étaient relevés en 2012-2013.

«On parle d’une diminution de près de 50%. Par contre, il faut faire attention avec ces statistiques parce que sur les 123 fugues en 2011-2012, il est possible qu’un jeune ait fugué plus d’une fois. Je dirais que c’est un phénomène presque mensuel dans notre milieu», explique Mathieu Bédard, chef de service de l’unité de santé mentale au Centre jeunesse de la Mauricie/Centre-du-Québec.

Une approche adaptée

Les intervenants des centres de réadaptation gérés par le Centre jeunesse de la région ont adapté leur façon d’aborder la fugue, au fil des années. Les intervenants tentent de cerner le sens que prend la fugue pour le jeune.

«Par exemple, après avoir fait une fugue, un jeune pouvait faire face à des mesures coercitives qu’il percevait comme une punition. Pour nous, c’était simplement un meilleur contrôle. Avant, lorsque quelqu’un fuguait, il était mis à l’écart du groupe. Aujourd’hui, on accompagne davantage le jeune dans ses réflexions pour bien comprendre quelles ont été ses motivations à fuguer», précise M. Bédard.

Il arrive même parfois qu’un jeune confie à un intervenant qu’il se sent près de fuguer.

«De plus en plus de jeunes vont nous le dire à l’avance. Une fugue est généralement un acte impulsif en réaction à quelque chose. Notre clientèle a souvent vécu beaucoup de traumatismes et elle manque d’outils pour se réguler sur le plan affectif. La tension devient alors très forte et cela peut devenir un moteur pour fuguer. C’est le cas typique de fugue», mentionne-t-il.

Dans de tels cas, les intervenants peuvent utiliser divers moyens dissuasifs pour prévenir une fugue. Cela peut consister, par exemple, à remplacer les souliers du jeune en question par des pantoufles. Il sera probablement moins porté à fuguer s’il porte des pantoufles plutôt que des souliers.

«Dans le cas d’un jeune fumeur, on l’amène fumer dans une cour où il y a une clôture. Ça lui ôte le goût de fuir s’il est entouré par une clôture de 12 pieds de haut, par exemple», note Mathieu Bédard.

Fuguer, c’est dangereux

«La fugue, ce n’est pas juste de se sauver d’un endroit. Beaucoup de choses viennent avec. Comme le jeune fugueur court en temps normal, il y a un risque qu’il se fasse frapper par une voiture. Il risque aussi de retomber dans des réseaux qui peuvent le mener dans la prostitution ou la drogue. Fuguer les met dans des conditions très à risque», souligne M. Bédard.

Il rappelle cependant que la clientèle fréquentant les centres de réadaptation du Centre jeunesse a plus de chance d’avoir des contacts avec des réseaux du genre s’ils se dirigent vers des grands centres.

«On le disait plus tôt, la fugue est un phénomène de société. Quand ils ne sont pas en centre jeunesse, la plupart des jeunes fuguent vers des lieux connus ou chez des amis. Par exemple, lorsque ses parents sont séparés, un adolescent peut fuguer de la maison de son père pour se réfugier chez sa mère qu’il sait absente pour la fin de semaine. Dans la majorité des cas, les fugues se terminent bien», soutient Mathieu Bédard.

M. Bédard recense également deux comportements plus atypiques de fugue au sein de la clientèle des centres de réadaptation.

«Il y a ce que j’appelle la fugue St-Jean-Baptiste qui se produit lorsqu’un jeune a un projet festif et qu’il sait qu’il n’obtiendra pas la permission d’aller festoyer avec ses amis. Il y a aussi lorsqu’un jeune a bénéficié d’une sortie et qu’il n’est pas revenu à l’heure prévue. En général, on se laisse un petit délai d’une heure et on fait quelques appels. Si on n’est pas rassuré pour la situation du jeune, on ne lésine pas longtemps et on contacte nos partenaires ainsi que les services policiers pour déclarer une fugue. Il arrive que le jeune arrive 45 minutes plus tard, retardé par un pépin sur la route et on met fin à l’alerte», explique-t-il.

Ce qui met souvent fin à une fugue? «Quand l’adolescent se rend compte que ça ne va pas comme il le voulait, qu’il a froid, qu’il a faim», avance M. Bédard.

Les intervenants sensibilisent leur jeune clientèle sur la question de la fugue à travers différents angles, comme la gestion de la colère et des émotions, puisque cela peut représenter un facteur de fugue.

(En collaboration avec Marie-Josée Parent)