« L’économie circulaire, ça ne se fait pas tout seul! »
Le concept de La Serre+ est d’utiliser des eaux usées pour cultiver des microalgues qui sont transformées en emballages compostables. La première Serre+ s’est établie dans le parc industriel Fidèle-Édouard-Alain de Victoriaville. La deuxième pourrait bien s’installer au futur Pavillon Marmen-Pellerin de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) au centre-ville de Trois-Rivières.
Le chercheur Simon Barnabé de l’UQTR est titulaire de la Chaire de recherche municipale pour les villes durables. Il chapeaute les nombreux partenaires qui se sont ralliés derrière cette idée qui a pris racine en 2013 dans le contexte d’une mission internationale effectuée avec la Ville de Victoriaville et le réseau Vertech.
« C’est un réseau de villes de taille intermédiaire qui participent en duo avec leur université. On fait des missions pour s’échanger des bonnes pratiques. Durant la mission Vertech en 2013, on s’était entendu pour faire un gros projet rassemblant les villes et les universités du réseau. À l’époque, on se mettait au défi de créer de nouvelles symbioses industrielles. J’ai pris le pari qu’avec les microalgues, on pouvait faire ça. L’idée, c’est qu’en prenant les différentes eaux usées du parc industriel, on faisait de la biomasse de microalgues et des produits utilisables pour les entreprises du même parc. »
Au fil du temps, le projet a rassemblé des partenaires additionnels et de nouvelles idées ont germé.
« La Serre+, c’était pour faire des produits à usage local, mais maintenant, ça a permis de rassembler davantage de gens et d’organisations. Finalement, on ne fait pas juste des microalgues et des produits thermoformés. L’eau traitée, on l’utilise pour l’hydroponique, on s’est carrément connecté à la banque alimentaire de Victoriaville qui donne maintenant des salades fraîches très régulièrement à ceux qui en ont besoin. On a réussi à faire différentes connexions intéressantes. Ça donne quelque chose qui est devenu un bon exemple d’économie circulaire. »
Depuis 13 ans, l’idée de départ a évolué et s’est transformée après différents tests auprès des partenaires impliqués.
« L’économie circulaire, ça ne se fait pas tout seul! Plusieurs entreprises locales interagissent. Ça rassemble beaucoup les gens autour d’une cause commune. Au départ, on était une dizaine de partenaires et on est rendu plus d’une vingtaine. Et ce sont eux qui sont venus nous voir. »
Le Cégep de Trois-Rivières est aussi impliqué dans le projet.
« C’est Innofibre, le centre spécialisé en pâte et papier, qui a développé l’expertise du thermoformage de produits cellulosiques au Québec. On a fait appel à leur expertise pour pouvoir amener la biomasse de microalgues dans les produits. »
Le processus de recherche appliqués et d’innovation est souvent fastidieux.
« Ça prend toujours une bonne dizaine d’années avant de transférer les technologies. L’idée c’est toujours de trouver une façon de valoriser la biomasse produite. Le projet, initialement, c’était pour faire des biosurfactants, des genres de bio-savons pour Sani Marc qui était juste à côté. On allait chercher des huiles dans les microalgues, ça faisait beaucoup d’huiles qui pouvaient nous aider à faire des biosurfactants pour une compagnie locale. Mais ça coûtait cher extraire l’huile et la convertir en biosurfactant. Le concept était quand même intéressant. On s’est dit pourquoi ne pas utiliser la biomasse de microalgues au complet. »
C’est à ce moment qu’est venue l’idée de fabriquer des emballages.
« Il existe un concept très populaire, les emballages thermoformés. On leur donne la forme qu’on veut. Généralement, c’est 100 % fait de pâte cellulosique, mais, c’est difficilement compostable. Même les sites de compostage industriel ne les prennent pas. On avait comme hypothèse de recherche qu’en faisant un mélange de biomasse de microalgues et de pâte cellulosique, on pouvait réduire le temps de compostage de nos produits thermoformés à un temps normal. C’est comme ça qu’on a réussi à avancer et à faire plusieurs preuves de concept. On a réussi à transférer la technologie dans le parc industriel. »
On aspire maintenant à déployer le modèle un peu partout au Québec. Un partenaire de Kingsey Falls s’y intéresse et une implantation à Trois-Rivières est de plus en plus possible.
« C’est en plein ce qu’on veut. On veut déployer ce modèle-là pour opérationnaliser l’économie circulaire sur un territoire. On trouve que la production de microalgues dans des eaux usées, c’est un excellent outil pour y arriver. »
Cependant, la patience est de rigueur dans un partenariat durable à long terme.
« Ce n’est pas parce que tout le monde autour d’une table dit que l’idée est bonne que ça se concrétise tout d’un coup. Ça demande vraiment une participation de tout le monde. Il faut qu’on partage tous les risques ensemble. Dans le cas de Victoriaville, les partenaires se sont entendus, ont partagé les risques et on s’est retrouvé avec une Serre+ qu’on opère toute l’année. La recherche et le développement, ça ne se développe pas très vite. Ça prend des partenaires industriels ouverts à l’innovation, qui acceptent que ça peut prendre quelques années avant d’arriver à la solution. »
La recherche sur les emballages compostables thermoformés se poursuit avec l’objectif de fournir l’industrie alimentaire avec les standards élevés qu’on suppose.
« Il existe des emballages moulés qui sont utilisés. C’est un procédé plus conventionnel. Le thermoformage, c’est une nouvelle technologie en développement qui nous permet de faire différents formats de produits cellulosiques. On aimerait des emballages de grade alimentaire, mais il y a beaucoup d’homologations à faire. Notre stratégie, c’était de commencer par des emballages pour des produits secs. Une compagnie comme Sani Marc vend beaucoup de produits de nettoyage industriel sous forme de poudre, donc ce sont des emballages pour ça avec lesquels on commence. Éventuellement on aura des emballages pour des produits liquides, puis on espère se rendre aux emballages de grade alimentaire. »
« C’est juste une question de temps avant qu’on voie des Serre+ un peu partout au Québec. Un concept de Serre+ va peut-être se retrouver dans le nouveau pavillon de l’UQTR au centre-ville de Trois-Rivières. Et j’ai hâte qu’on réussisse à cohabiter avec nos grosses usines agroalimentaires, les Agropur ou Danone de ce monde. Si on réussit à faire ça, on va avoir concrétisé beaucoup d’économie circulaire sur les territoires. »
