Le communautaire ressort déçu de sa rencontre avec Christine Fréchette

Après plus d’un an de mobilisation et à deux jours du déclenchement des élections, le mouvement Le communautaire à boutte espérait obtenir des engagements concrets du gouvernement. La rencontre de 45 minutes avec la première ministre Christine Fréchette, mardi, n’a toutefois pas répondu aux attentes du milieu.

Le mouvement Le communautaire à boutte et le Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) attendaient cette rencontre depuis plus de 100 jours. Mardi, ils ont finalement pu s’asseoir avec la première ministre Christine Fréchette afin de lui exposer une nouvelle fois les difficultés auxquelles font face les organismes communautaires partout au Québec.

Pour Mathieu Gélinas, porte-parole du mouvement Le communautaire à boutte, la rencontre s’est soldée par une importante déception.

 » On avait besoin d’une oreille attentive, mais quelqu’un qui était vraiment à l’écoute de notre réalité, de notre quotidien, des défis qu’on avait relevés « , explique-t-il.

Selon lui, la rencontre s’est déroulée dans le respect, mais n’a pas permis de faire avancer concrètement les revendications du milieu.

 » C’est toujours des rencontres très polies et courtoises, mais malheureusement, c’est un dialogue de sourds. On n’a pas senti qu’elle arrivait avec un engagement clair et concret. « 

 » On a besoin d’engagements financiers « 

Le mouvement réclame notamment un fonds d’urgence de 360 M$, une indexation annuelle du financement en fonction des coûts de fonctionnement du milieu communautaire ainsi qu’un plan de rattrapage salarial visant à atteindre la moyenne québécoise.

Des demandes que le mouvement juge réalistes dans le contexte actuel.

 » Il y a des besoins de 2,7 milliards $ dans le milieu communautaire, mais on n’est pas arrivés finalement à 2,7 milliards $. Ça nous permet d’avoir une demande quand même raisonnable dans le contexte et de démontrer notre bonne foi « , affirme M. Gélinas.

Le porte-parole déplore que les organismes doivent déjà composer avec des fermetures, des réductions de services et un important épuisement professionnel.

 » Les groupes actuellement, ils ferment, ferment des services. Il y a de l’épuisement professionnel. « 

À cela s’ajoutent, selon lui, les conséquences de la guerre tarifaire et de la crise économique, qui pourraient accentuer la pression sur les organismes appelés à répondre aux besoins de la population.

 » On va être encore pris à gérer, nous autres, les impacts de ça. On n’a pas les équipes et la réalité pour qu’on puisse affronter ça. « 

Une  » occasion manquée « 

Dans un communiqué publié mercredi, le RQ-ACA et Le communautaire à boutte qualifient la rencontre d' » occasion manquée « .

Le regroupement rappelle que près de 1900 organismes communautaires autonomes avaient participé à une grève au printemps, une mobilisation qui avait culminé avec quelque 10 000 personnes devant l’Assemblée nationale. Une motion reconnaissant l’urgence d’agir avait alors été adoptée à l’unanimité par les députés.

Le milieu espérait donc une réponse à la hauteur de cette mobilisation.

 » La première ministre s’est engagée à s’engager, sans y associer le moindre montant « , déplore le regroupement.

Mathieu Gélinas estime pour sa part que le gouvernement de la Coalition avenir Québec a choisi de ne pas répondre aux demandes du milieu.

 » On peut conclure que la CAQ nous a complètement abandonnés « , lance-t-il.

Le porte-parole croit également que le gouvernement a fait un choix politique en évaluant les conséquences électorales d’un financement accru du milieu communautaire.

 » Ils ont fait le pari que de ne pas financer comme nous autres, il n’y aurait pas un impact au niveau des votes. Ça fait qu’on sent ça. « 

Le mouvement se tourne vers les élections

La campagne électorale devient maintenant le prochain terrain de mobilisation pour Le communautaire à boutte.

Le mouvement entend interpeller l’ensemble des partis politiques afin qu’ils prennent des engagements précis envers les organismes communautaires.

 » Pour nous, les élections commencent demain. On s’attend à ce que les autres chefs arrivent avec des propositions concrètes, puis qu’ils viennent justement supporter un milieu qui en a grandement besoin « , affirme Mathieu Gélinas.

Le mouvement annonce également une importante mobilisation nationale le 15 septembre à Trois-Rivières. Des autobus provenant de différentes régions du Québec sont notamment en préparation.

Les participants doivent se rassembler à la bâtisse industrielle avant de marcher jusqu’au parc Portuaire.

 » On invite tout le monde à venir appuyer le mouvement « , souligne M. Gélinas.

Une autre mobilisation est prévue le 23 septembre à Montréal, devant Radio-Canada, à l’occasion du débat des chefs.

Une mobilisation née en Mauricie

Le porte-parole se dit malgré tout fier du chemin parcouru par le mouvement depuis sa création en Mauricie.

Né à Shawinigan, Le communautaire à boutte s’est transformé en mobilisation nationale regroupant maintenant près de 2000 organismes à travers le Québec.

 » On a démontré qu’on était capables, même dans un milieu rural, de mobiliser autant de groupes partout à travers le Québec « , souligne Mathieu Gélinas.

Le mouvement ne compte donc pas ralentir ses activités au cours des prochaines semaines.

 » On en a eu des embûches et on n’arrêtera pas. Le mouvement ne mourra pas là. On est déterminés à se faire entendre, à se faire écouter. On est prêts. On veut aller décrocher nos gains. « 

Pour le communautaire, le message adressé aux partis politiques est maintenant clair : la prochaine campagne électorale devra répondre à une crise que les organismes affirment ne plus être capables de porter seuls.