“Le boisé des Estacades est sauvé à perpétuité”
La Fondation Trois-Rivières durable et la société Kruger ont conclu une entente majeure visant l’acquisition et la protection permanente du boisé des Estacades. Les deux organisations deviennent donc copropriétaires du site pour en assurer l’accès public et la conservation à long terme.
“Le boisé des Estacades est sauvé à perpétuité et à l’abri de toute spéculation future”, lance Nicolas Pasian, directeur général de la Fondation Trois-Rivières durable.
Cette initiative permettra de préserver ce vaste espace vert de 3,2 millions de pieds carrés et d’en assurer une mise en valeur responsable au bénéfice de la collectivité.
Le boisé portera désormais le nom de Grand boisé Kruger. La conservation du milieu naturel sera assurée par la Fondation Trois-Rivières durable.
“Il est important pour Kruger de contribuer concrètement à la qualité de vie des citoyens de Trois-Rivières, où nous sommes présents depuis plus de 50 ans. Protéger ce boisé, c’est préserver un lieu qui rassemble la communauté et assurer l’accès à ce patrimoine naturel pour les générations futures”, commente Gene Kruger, coprésident de Kruger.
Dans le montage financier, Kruger accorde 1 050 000$, la Ville de Trois-Rivières 1,3 M$, tandis que Desjardins a contribué à la hauteur de 200 000$ par le biais du Fonds de préservation des boisés d’intérêt sociaux. Le reste de 2 625 000$ de l’acquisition est financé par la Fondation Trois-Rivières durable.
Cette acquisition représente plusieurs années de travail de la part de la Fondation Trois-Rivières durable, mais c’est dans la dernière année que le dossier a commencé à débloquer, notamment grâce à la mobilisation citoyenne qui a permis de dégager une nouvelle stratégie. Une campagne de sociofinancement a d’ailleurs été mise en place pour collecter des dons de la population.
“Il y a eu beaucoup de rencontres d’entreprises. Kruger a mentionné son intérêt dans la préservation du boisé. L’arrivée de Jean-François Aubin à la mairie et du nouveau conseil municipal a tout changé et on a pu monter un montage financier cohérent. C’est un long travail qui a été effectué grâce à des partenaires et de la créativité”, raconte M. Pasian.
“On a un fonds sur l’environnement et on a vraiment choisi de prendre l’argent complet qui s’y trouvait pour l’instant et le dédier à ce projet. Tout ça part de la mobilisation citoyenne. Ça prenait quand même une volonté politique, ajoute Jean-François Aubin, maire de Trois-Rivières. L’ensemble des élus a dit oui. (…) On s’entend qu’un terrain construit avec des condos ici, ça rapporte beaucoup plus de taxes, mais à un moment donné, il faut trouver un équilibre. On ne peut pas juste construire. On doit préserver nos espaces de nature. Une qualité de vie, c’est aussi de vivre proche de la nature.”
L’acquisition du boisé était la première étape. Maintenant, la Fondation œuvrera à mettre en place une vision à long terme pour le Grand boisé Kruger.
“Dans un premier temps, rien ne change. Le site reste accessible à la population comme il l’est aujourd’hui. On demande aussi à tout le monde de rester responsable du site. Ça reste un milieu naturel qui est préservé, donc il faut en prendre soin, précise-t-il. Ensuite, quand on aura retrouvé des moyens financiers pour le faire, on pourrait faire de l’aménagement qui sera assez simple, comme des panneaux d’interprétation, des bancs et sécuriser les quelques passerelles existantes. L’objectif reste la conservation. Ces 30 hectares viennent s’ajouter aux quelque 300 hectares que nous protégeons déjà sur le territoire de Trois-Rivières.”
“C’est un petit joyau”
Cette annonce est un moment particulièrement significatif pour le conseiller municipal du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin, qui avait fait de la préservation du boisé des Estacades un engagement électoral dès sa première campagne électorale.
“C’est probablement la nouvelle qui génère le plus d’émotions dans tout mon engagement, témoigne-t-il. Avant d’être élu, c’était un engagement citoyen. Puis, je suis devenu élu et j’ai dit qu’il fallait mener le combat et préserver le boisé. C’est extraordinaire ce qui se passe! Il y avait déjà eu des pétitions, puis une plus récente, mais quand les citoyens commencent à mettre de l’argent dans un projet, ça montre un grand sérieux.”
L’idée d’approcher Kruger est d’ailleurs venue de Pierre Marceau, porte-parole du comité de citoyens pour la préservation du boisé des Estacades. “On a travaillé avec des entreprises pour essayer de trouver de l’argent. La donation publique allait bien et on était content que les gens aient donné des sous, mais à un moment, ça n’allait pas très vite et j’étais un peu découragé. C’est pour ça qu’on a eu l’idée d’approcher Kruger. (…) Pour les citoyens de Trois-Rivières, ce boisé est en plein coeur de la ville. C’est un poumon très important. D’avoir une faune et une flore assez importantes en plein milieu d’une ville, c’est loin d’être un désavantage. C’est un petit joyau qu’on a ici et que des citoyens ont entretenu de manière bénévole.”
Un modèle de financement à répéter
Cette acquisition en partenariat public-privé-communauté pourrait ouvrir la voie à la réalisation d’autres projets grâce à cette formule de financement, laisse entendre le maire Aubin.
“Ça montre qu’on peut encore faire plusieurs projets. L’acquisition du boisé des Estacades est loin d’être le dernier projet qu’on va faire sur un modèle un peu plus à contribution partagée, que ce soit une piscine ou tout autre équipement important. On est rendu à ça aussi. C’est de plus en plus compliqué d’obtenir des subventions et il y a d’autres modèles qu’on commence à pré-explorer. Par exemple, il y a des villes qui vont choisir de plus ne plus d’opter pour un mode de location de longue durée. Il y a des façons d’être innovant là-dessus. On veut avancer comme ville, mais on sait qu’on a une limite financière. On veut donc trouver des façons un peu différentes de faire les choses”, conclut le maire.
