L’artiste pâtissière Karine Turgeon se démarque à l’international

Comme plusieurs parents, Karine Turgeon s’est mise à la confection de gâteaux pour souligner l’anniversaire de ses enfants. Même si sa première expérience ne fut pas un succès visuel, elle a poussé la curiosité et ses talents au maximum pour qu’à peine une décennie plus tard, elle remporte l’impressionnante compétition télévisuelle américaine Halloween Wars.

“Quand ma fille a célébré son premier anniversaire, j’ai essayé de faire un gâteau décoré, car j’ai quand même la fibre artistique. Ce n’était pas une réussite, vraiment loin de là!, lance-t-elle en riant. J’ai réalisé à quel point c’était difficile et compliqué.” Elle a mis la confection de gâteau de côté jusqu’à l’arrivée de son deuxième enfant. Pendant qu’elle allaitait, elle se nourrissait de vidéos de toutes sortes sur la décoration de gâteau, dont beaucoup de didacticiels, en s’attardant davantage aux détails. Elle s’est par la suite réessayée au baptême de son neveu. Vu l’amélioration notable, elle a poursuivi à en confectionner pour la famille et les enfants.

“C’est grâce à mon conjoint, car moi je faisais ça dans ma cuisine et je ne montrais rien à personne. Lui, il prenait des photos et envoyait ça à tout le monde qu’il connaissait!” Après l’arrivée de son troisième enfant, elle a quitté son emploi et a lancé sa propre entreprise de confection de gâteaux, Idyllik Créations sucrées.

Toutefois, c’est lorsqu’elle a confectionné un gâteau à l’effigie du Roi Gobelin, un personnage de l’univers du Seigneur des anneaux, qu’elle a réalisé que son talent sortait du lot. L’œuvre a été confectionnée dans le cadre d’une collaboration internationale pour laquelle plusieurs artistes se sont réunis sur un thème afin de créer leur pièce et l’afficher dans une revue internet. “C’était la première fois que j’avais le temps de prendre le temps. Celui-là, ce n’était pas pour être mangé. C’était pour créer, pour m’amuser, alors j’ai pris un mois pour le faire. À la fin du mois, j’ai réalisé que quand je prends mon temps, je peux faire quelque chose de quand même impressionnant!”, lance la pâtissière.

Le défi d’Halloween Wars

Karine Turgeon a eu la chance de participer à la 15e saison d’Halloween Wars, diffusée cet automne sur les ondes de la chaîne américaine Food Network, en plus de remporter la grande finale avec son équipe composée de Jamie Louks, artiste du sucre, et de Paulina Goff Stovall, sculpteuse de citrouille professionnelle. “On avait une belle harmonie, c’est certain que ça a joué dans notre victoire, assure Mme Turgeon. J’ai été vraiment chanceuse!”

C’est l’agence de distribution d’Halloween Wars qui a approché Mme Turgeon via sa page Instagram afin de l’inviter à participer à l’entrevue de distribution. “Je me suis dit : pourquoi pas? Halloween Wars, je connais ça depuis des années. Je regardais ça avant même de faire des gâteaux, mais je me disais que jamais je ne pourrais faire ça!, révèle-t-elle. Finalement, contre toutes attentes, j’ai été retenue.”

La compétition a été tournée à l’été 2024 en Utah sur une période d’environ deux semaines. Le plus difficile? Garder le secret de sa victoire pendant plus d’un an! “Quand tu es dans le domaine et que tu essaies de faire tomber des barrières locales, de ne pas pouvoir parler d’une victoire comme ça, c’est difficile!”, avoue-t-elle.

Sur les cinq créations de l’équipe de Karine Turgeon, elle a remporté quatre victoires, dominant ainsi la compétition. Frankenstein qui affronte un zombie au pickleball, des momies qui lancent du papier de toilette dans le bureau du directeur d’école… c’est l’humour retrouvé dans leur troisième pièce qui est finalement devenu la distinction de l’équipe de la Trifluvienne, alors que celle-ci devait s’inspirer de trois mots : vampire, bravoure et pilosité. L’équipe a finalement créé une pièce dans laquelle Dracula prend son courage à deux mains en allant se faire épiler pour la femme qu’il aime. “Ça a été notre coup de cœur dans l’équipe, parce que là, on voyait vraiment l’humour qu’on avait!”

En finale, la pièce qui a valu la victoire à l’équipe de Karine Turgeon représentait un combat de sortilèges dans le monde moderne en intégrant habilement le concept d’intelligence artificielle. “On s’est demandé ce qui se passerait si l’intelligence artificielle rencontrait la magie. On a donc inventé une capsule qui recréait les demandes des gens en trois dimensions, comme lorsqu’on demande à l’IA de créer une image, mais de la même façon qu’elle crée aujourd’hui, comme avec des doigts en trop, par exemple. Ce que le monde demandait, c’était des desserts, mais ce qu’ils recevaient, c’était des monstruosités!”

Une expérience formatrice

Ce qu’elle retient le plus de cette aventure, c’est la communauté qu’elle a jointe. “C’est ce qu’il me fallait pour m’épanouir dans le domaine. Je me suis fait des contacts, des personnes avec qui je demeure amie, avec qui j’ai envie de compétitionner encore et partir des projets. Ça m’a vraiment ouvert les portes du domaine au niveau international, dit-elle. Aussi, je me suis un peu redécouverte moi-même. Avec quatre enfants, on se perd un peu dans le rôle de maman. Je suis redevenue Karine à travers ça, je me suis retrouvée.”

La compétition lui a aussi permis de se trouver comme artiste, car les défis l’ont amenée à repousser ses limites et à faire ressortir ses couleurs. “J’ai un peu plus trouvé mon style et en même temps, j’ai appris énormément de choses. Là-bas, les formats étaient gigantesques avec des structures différentes. Je me suis retrouvée avec une perceuse pour le travail du bois!” Heureusement, habituée d’être autodidacte, elle a appris rapidement et a su s’adapter.

L’autre défi, ce sont les limites de temps. Elle a découvert que pour un défi où les équipes se voyaient accorder huit heures, elles devaient penser à retrancher deux heures sur le temps total pour toutes les interruptions de la production ainsi que les déplacements, car les ustensiles de cuisine sont derrière les décors. “C’est vraiment venu me chercher dans mon perfectionnisme, je devais apprendre à diminuer mes attentes par rapport à ce que je voulais faire et trouver un plan B pour ce que je n’avais pas le temps de faire.”

Et comment c’est de se regarder à la télévision? “J’ai ri tout le long du premier épisode, parce que j’ai beau être bilingue, parler en anglais, ça me gêne énormément! Je n’étais pas à l’aise, mais plus les épisodes passaient, plus je m’habituais, raconte-t-elle. La prochaine fois, je ne me stresserai pas autant!”, conclut-elle.