La truffe se taille une place au Québec

Les truffes de culture et sauvages pourraient d’ici quelques années devenir une spécialité mauricienne. Des chercheuses, spécialistes, organismes, investisseurs et propriétaires forestiers et terriens flairent aujourd’hui la bonne et belle affaire.

La filière s’organise. Un véritable réseau truffier est en train de se structurer en Mauricie, grâce aux efforts concertés de nombreux intervenants qui travaillent en synergie. Parmi eux, Truffes Québec, ArborInnov, la Filière mycologique de la Mauricie (bras de développement des comestibles forestiers du Syndicat des producteurs de bois de la Mauricie), des chercheurs et des propriétaires privés.

Truffes Québec espère, dès à présent, implanter chaque année un peu moins d’une dizaine de truffières sur le territoire de la Mauricie. L’organisation veut que la région serve de modèle dans la culture de ce champignon convoité, goûteux, rarissime et coûteux.

Le saviez-vous?

Il faut attendre près de sept ans, parfois moins, avant de profiter des premières récoltes d’importance.

Pour y parvenir, Truffes Québec travaille de très près avec la Filière mycologique de la Mauricie qui sert de point d’entrée aux exploitants intéressés par la culture des truffes. Ces derniers sont ensuite référés à Truffes Québec qui analyse les projets et leur faisabilité.

« On veut avoir des producteurs qui ont une vision et qui ne cherchent pas une rentabilité à court terme. Il y a tout un accompagnement pour faire en sorte que chaque installation soit un succès. En particulier pour la truffe des Appalaches. C’est l’aspect global qu’on travaille avec eux », explique Jean-Pierre Proulx, directeur de Truffes Québec. Intervient alors ArborInnov qui travaille depuis 2009 à valoriser la culture des truffes, à produire des arbres truffiers et à conseiller les producteurs.

Des producteurs qui n’ont aucune intention de crier sur tous les toits leur affection pour la truffe et les projets qui se réalisent dans le plus grand secret et sous le couvert de l’anonymat. « On a eu des rencontres, fait des analyses de sols, de faisabilité » précise M. Proulx.

Une productrice se lance en Mauricie

Julia (nom d’emprunt) est l’une de celle qui veut avec son conjoint, planter 1 600 arbres truffiers sur sa terre de douze hectares. La truffière en occupera le dixième de sa superficie.

« C’est un projet de préretraite. On cherchait une culture à faire sur une petite surface et je voulais avoir une forêt derrière la maison. On va planter des chênes rouges, du pin blanc et des épinettes de Norvège qui tiennent compte de notre type de sol. Les cultures émergentes nous intéressent. Je suis dans l’industrie alimentaire depuis toujours, je vois beaucoup de potentiel de développement. On essaie de limiter nos rêves de grandeurs. Si on compare à ce qui sort en nature, on devrait avoir un rendement qui nous permette d’en vivre comme retraités. Et il n’est pas impossible, si le résultat est bon, qu’on ajoute un autre champ. Il faut être capable de supporter l’investissement », souligne Julia qui se garde bien de nous dire combien elle a investi, et où!

« On est en Mauricie », se limite-t-elle à préciser. Julia lance sa truffière en toute discrétion dès le printemps prochain, avant les possibles sécheresses de l’été. « Il va falloir arroser, on n’a pas le choix ».

Truffes Québec et la Filière mycologique de la Mauricie planchent sur des projets porteurs qui pourraient être dévoilés au courant de l’hiver. « Ça fait déjà travailler plein de monde. Quand ça se met à décoller, dans dix ans, c’est une autre affaire », conclut M. Quirion.

Combien vaut un kilo de truffes du Québec? On vient de vendre un kilo de truffes des Appalaches pour 3 000 $.

Des centaines de milliers de dollars investis dans la truffe en Mauricie

Les investissements se multiplient en Mauricie. « On regroupe la cueillette, la transformation, la restauration, le mycotourisme, la recherche et le développement. On bâtit ensemble un plan quinquennal », explique Patrick Lupien, coordonnateur de la Filière mycologique de la Mauricie.

La Filière travaille main dans la main avec Truffes Québec et ArborInnov. « Mon rôle est de mobiliser les propriétaires en vue de développer des champs truffiers en Mauricie, de venir ajouter au positionnement de la Mauricie dans le secteur », affirme M. Lupien de la Filière.

Ce dernier travaille aussi au développement d’une filière de mycotourisme de la truffe sauvage avec la chercheuse Véronique Cloutier.

Truffes Québec et la Filière mycologique de la Mauricie vont travailler de concert avec le club-conseil en agroenvironnement Lavi-Eau-Champ à l’implantation de champs truffiers. Cet automne, près de 200 000 $ ont été investis par des producteurs truffiers truffiers indépendants qui vont lancer leur truffière au printemps 2021.

« L’investissement va varier selon les producteurs. Les arbres sont déjà réservés », ajoute Jean-Pierre Proulx. « C’est une excellente nouvelle, qui vient une fois de plus confirmer le rôle central que peut jouer la Mauricie  dans la croissance de la mycologique et de la gastronomie au Québec , ajoute Patrick Lupien. Pour des projets qui sont porteurs comme ça, je ne pense pas qu’on ait besoin des gouvernements.»

Une foule d’autres variétés pourraient, à terme, être produites en régie agronomique, estime Patrick Lupien de la Filière mycologique, d’autant que les pays européens enregistrent actuellement des baisses de production. Le Québec pourrait se faufiler.

« On parle de la truffe sauvage au Québec, comme quand je parlais de champignons il y a douze ans. La truffe suit cette même dynamique. Et elle est réfléchie. Il y a une clientèle nationale et internationale prête à la découvrir », estime M. Lupien.