«Je vais revoler» -Jean Fournier

«J’ai l’impression ce matin de commencer une deuxième vie. Si vous avez vu les restants de la carlingue, c’est à peu près inimaginable que je sois sorti de là sur mes deux jambes.»

M. Fournier, propriétaire du Métro Plus Fournier, est le seul survivant de l’écrasement d’avion de Pickle Lake, en Ontario, lors duquel ont péri Michel Nadeau, de Nadeau Air Service, le mécanicien Bernard Mailloux et Yannick Fournier, propriétaire des restaurants Maman Fournier et neveu de Jean Fournier.

«À l’âge que j’ai, on caresse des rêves. Je suivais mon cours de pilote privé chez Nadeau Air Service depuis le mois de mars. Les deux tiers de mon cours étaient complétés. Je magasinais les avions et j’en ai trouvé un qui aurait pu être le mien, au nord d’Edmonton, en Alberta», raconte-t-il.

«J’ai emmené Yannick»

Le plan de match était d’aller chercher l’avion.

«Comme j’étais un élève de Nadeau Air Service, j’ai demandé à Michel, le propriétaire, une sommité qui était entraîneur depuis 1973, de m’accompagner, souligne M. Fournier. Bernard Mailloux nous accompagnait pour évaluer l’avion. Il restait une transaction à finaliser.»

«J’ai emmené Yannick. Il était tellement heureux de venir avec moi faire ce trip. C’est triste que le rêve d’un individu, mon rêve, ait entraîné la mort de trois personnes. Je vais tout faire pour ne pas me culpabiliser de ce qui s’est passé…mais c’est difficile.»

Les quatre hommes avaient volé toute la journée. Ils étaient en approche finale pour se poser en vue de la nuit lorsque tout s’est arrêté.

«J’ai vécu le drame au complet. Je n’ai jamais perdu connaissance. J’étais accroché à ma ceinture. J’étais dans la carlingue, la tête en bas. J’étais attaché par ma ceinture. J’ai détaché le baudrier qui me retenait latéralement, mais je n’étais pas capable de détacher la ceinture qui me tenait par la taille. Normalement, ce n’est pas sorcier, mais je ne peux pas vous expliquer pourquoi, je n’ai jamais réussi à la détacher. Le destin a voulu que je ne vienne en aide à personne durant cette tragédie.»

Il est parvenu à se libérer lorsqu’il a trouvé une ceinture qui pendait à ses côtés. Il a pu l’examiner en la tâtant et a finalement réussi à se détacher quelques heures plus tard.

«C’est un accident tellement invraisemblable que le Bureau de la sécurité des transports (BST) effectue une enquête de catégorie 3. Ils examinent chaque détail de la carlingue», précise M. Fournier.

«Je vais revoler»

Pas question pour Jean Fournier de renoncer à découvrir le monde à vol d’oiseau.

«Je vais revoler. C’est sûr. Mais ce matin, je n’ai pas le goût de magasiner un avion…» confie-t-il.

M. Fournier essaie encore de comprendre ce qui a bien pu se produire.

«Tout se déroulait bien. Jusqu’à la dernière minute, il n’y avait rien d’anormal. Si ça avait été le cas, le pilote nous en aurait fait part. Si on a touché les arbres, c’est pourquoi parce qu’il y a eu quelque chose d’anormal. Je ne peux pas dire ce qui s’est passé», conclut-il.

Hommage aux disparus

Un hommage sera rendu à Michel Nadeau et Bernard Mailloux, respectivement président et directeur de la maintenance chez Nadeau Air Service, ce dimanche à 13h dans le hangar de la compagnie.

Les funérailles de Yannick Fournier auront quant à elles lieu à l’église Ste-Bernadette, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, samedi à 13h30.