Développement Chavigny: « On ne nous a pas pris au sérieux »
Les résidents du district Chavigny ont encore des inquiétudes en lien avec le projet de densification Développement Chavigny qui prévoit la construction de plus de 600 logements sur le terrain de l’ancienne Villa du Jardin fleuri. Une cinquantaine d’entre eux se sont présentés à l’assemblée de consultation publique portant sur le projet, lundi soir.
Ce sont les craintes en lien avec la circulation, la gestion des eaux et la hauteur des bâtiments sont encore au cœur des préoccupations des citoyens qui étaient présents.
L’inquiétude en lien avec la circulation automobile est partagée par Frédéric Lemire qui appréhende que les automobilistes fassent un détour par les rues plus près du fleuve pour éviter la circulation sur Notre-Dame Ouest. « Je crains que ça devienne une piste de course. »
Présent à l’assemblée, le représentant de la firme qui a réalisé l’étude de circulation, Félix-Antoine Tremblay, insistait sur le fait que l’étude a été réalisée conformément aux normes pour obtenir un portrait de la situation actuelle. L’étude de circulation conclut que le Développement Chavigny n’aurait pas d’impact majeur sur la circulation actuelle.
« On voit qu’il y a des problématiques existantes, notamment avec l’école Chavigny à côté. On comprend que l’impact du projet puisse être perçu différemment, mais ce ne sont pas les mouvements tout droit sur Notre-Dame Ouest qui génèrent le problème: ce sont les virages. On remarque aussi que les conditions de circulation ne stimulent pas l’envie de faire un détour parce que le détour en question est quand même plus long. Ça reste plus rapide de prendre l’accès par la rue Notre-Dame », affirme-t-il.
En ce qui concerne la gestion des eaux, l’étude hydrologique conclut que l’écoulement naturel de l’eau se fera vers le fleuve et que les travaux de compaction pour la construction abaisseront la nappe phréatique d’environ 1,7 mètre par après. Les possibilités d’écoulement vers les voisins sont connus et devront être prises en charge, est-il précisé.

(Photo Développement Chavigny)
Pour gérer les eaux sur le site, le promoteur construira deux bassins de rétention d’eau. Près de 50% du terrain sera conservé en espace vert. Le promoteur prévoit aussi y aménager un parc pour enfants et un parc à chiens accessibles à tous. Par ailleurs, les deux milieux humides qui se trouvent au fond du terrain seront conservés.
« Ce projet est inséré, enfoncé dans un quartier »
Des citoyens ont également soulevé un enjeu d’harmonisation du projet avec le quartier environnant. « Au District 55, il s’est construit beaucoup de logements, mais c’était des logements du même type qui étaient construits autour. C’est la même chose pour les tours de logements à Trois-Rivières sur Saint-Laurent. Là, ça va pousser tout seul dans un champ. Ce projet est inséré, enfoncé dans un quartier », plaide Amélie, une résidente du secteur.
À l’époque, le projet prévoyait 612 logements sur le terrain, soit 205 logements sur 3 à 7 étages, 234 logements sur 5 à 8 étages, 135 logements sur 4 à 7 étages, 32 logements sur 3 étages et six logements de 3 étages. La présence d’un bâtiment de huit étages avait alors suscité des préoccupations.
Les immeubles les plus hauts sur le terrain auraient maintenant sept étages. Toutefois, ces bâtiments seraient plus éloignés des rues déjà existantes. Le promoteur vise la construction de logements 3½ et 4½, dont environ 100 unités de logements abordables.
« Trois ou quatre étages, ça aurait été convenable, mais sept étages, c’est non », lance Isabelle Dumais.
« J’ai l’impression qu’on nous répète la même chose qu’à la première consultation. Je trouve qu’on ne nous a pas pris au sérieux, renchérit Christian Brousseau. On voulait que ce soit harmonieux avec le quartier; là, ce n’est pas ça. On a dit qu’il y avait trop de logements; il y en a encore 600. On disait que c’était trop haut; c’est encore le cas. On a dit qu’il y avait des problèmes de circulation; je n’ai pas été convaincu ce soir. »

(Photo Marie-Eve Alarie)
D’autres citoyens mentionnaient aussi craindre que la présence de ce développement immobilier ne fasse diminuer la valeur de leur propriété.
« Quand on a fait construire à l’époque, il y avait seulement la résidence pour aînés à l’arrière. Je comprends le contexte actuel, mais après ça, ma maison vaut quoi pour la revente? À mes yeux, elle vient de changer vraiment beaucoup, déplore Steve Leclerc. On parle de 5 à 9 ans de construction derrière chez nous. Les roulottes de chantier risquent d’y être. Près de ma cour arrière, je vais avoir de la machinerie, de l’entreposage et des roulottes de chantier et ensuite, je verrai pousser des bâtiments et un parc. »
Vers un report ou un registre?
Les élus du conseil municipal de Trois-Rivières devraient normalement se prononcer sur les modifications réglementaires nécessaires à la réalisation du projet mardi soir, le dossier figurant à l’ordre du jour de la séance publique. Toutefois, il n’est pas impossible que la prise de décision soit reportée.
La conseillère du district de Chavigny, Maryse Bellemare, a laissé planer cette éventualité durant la plénière des conseillers, tenue quelques heures avant l’assemblée de consultation. Questionnée à la fin de la consultation, elle précisait qu’une discussion avec le conseil s’impose pour la suite.

La conseillère Maryse Bellemare. (Photo Marie-Eve Alarie)
« C’est sûr que c’est émotif pour les gens, c’est normal. On a pris le temps d’écouter les opinions de tout le monde, les pour comme les contre. On a eu presque deux heures de rencontre. Maintenant, on va en discuter en conseil et on verra pour la suite demain soir. C’est possible qu’on retire du point de l’ordre du jour tout comme ça se peut qu’on poursuive les démarches jusqu’à l’ouverture de registre », précise Mme Bellemare.
À différentes étapes du processus, M. Aubin mentionnait également qu’il n’irait pas de l’avant avec ce projet s’il n’y avait pas suffisamment d’acceptabilité sociale.
« Ce soir, il y avait majoritairement des gens qui apportaient des éléments contre le projet. Il y a des choses qui restent et qui sont difficiles à accepter pour eux: la hauteur des bâtiments, le nombre de logements, la question de la circulation dans le secteur. La balle est maintenant dans le camp des élus parce qu’il faut qu’on décide ce qu’on fait avec ça à partir de ce qu’on a entendu et vu », note le maire.
Deux options s’offrent au conseil de ville: retirer le projet de l’ordre du jour en se disant que ça ne semble pas possible ou on pourrait décider d’aller en processus référendaire pour que les gens qui sont contre le projet puissent l’exprimer par une signature de registre.
« On ne fera pas comme si tout le monde était ravi par rapport au projet, ajoute M. Aubin. Soit il y a des ajustements à faire, soit on va jusqu’au bout du processus référendaire et les gens pourront indiquer leur désaccord. Il faut y réfléchir. (…) Globalement, on sent qu’il reste encore beaucoup d’inquiétudes et de préoccupations des citoyens. Par contre, ce n’est pas tout le monde qui vient à une assemblée de consultation. »
Plusieurs conseillers municipaux étaient présents à l’assemblée de consultation, soit Maryse Bellemare, Annie Provencher, Pierre Piché, Jean-François Lasnier, Nancy Sabourin, Vincent Héroux, Jean-Denis Girard, René Martin, Pierre-Luc Fortin, ainsi que le maire Jean-François Aubin.
