Démocratiser le soccer sur table

Du 26 au 29 mars se tenait la deuxième édition du Championnat canadien de babyfoot multitable, à la Bâtisse industrielle de Trois-Rivières. Près de 100 joueurs étaient présents à l’événement, où l’équipe de Mathieu Bigeault, président de l’association québécoise de la discipline et organisateur, défendait son titre. En plus de l’aspect compétitif, des élèves d’écoles secondaires ont pu tester différents types de tables, dans le but de rendre la discipline plus accessible.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

« Le babyfoot, ce n’est pas juste spinner, c’est de la technique, c’est un sport », lance Mathieu Bigeault.

En plus d’être à la tête de l’Association québécoise de babyfoot multitable (AQBM), le Trifluvien est un joueur de l’équipe TR Foos City, championne de la compétition par équipe de 2025.

L’organisateur du tournoi a également terminé quatrième lors des parties en double, ce qui le positionne comme le mieux classé en double au Québec. C’est Jacob Barnett, astrophysicien américain classé 13e au monde en soccer sur table, qui sort gagnant du championnat. Il a remporté les honneurs dans trois des dix catégories.

Une centaine de joueurs provenant des États-Unis, du Canada et de la France s’affrontaient lors de match en simple, en double et par équipe. Une délégation de deux joueurs du Cameroun était présente, après un vol de 15 heures. Trente tables de trois différents modèles étaient à la disposition des joueurs et des visiteurs.

Le championnat canadien de babyfoot multitable avait lieu à la Bâtisse industrielle de Trois-Rivières. (Photo : Émile Héroux)

En novembre 2027, Trois-Rivières accueillera la Coupe des Amériques, où 300 participants de plusieurs pays des Amériques sont attendus. Pour l’occasion, les organisateurs souhaitent également mettre sur pied une compétition destinée aux jeunes joueurs locaux issus des écoles primaires et secondaires. Ils invitent d’ailleurs les établissements intéressés à recevoir des ateliers à entrer en contact avec eux via l’organisme Association québécoise de babyfoot multitable, AQBM.ca.

Démocratiser la discipline

Au-delà de la compétition, c’est l’accessibilité du sport qui est au cœur de la démarche de l’AQBM. Des élèves de l’école Chavigny sont par exemple passés au tournoi, afin d’observer les particularités de la discipline à haut niveau. Des jeunes du Cégep de Trois-Rivières ont aussi assisté aux finales et ont pu échanger avec les joueurs.

« On a amené ça ici pour parler aux écoles. On veut ouvrir un club parce qu’on veut rendre ça accessible. On utilise un peu ce tournoi-là comme la plateforme pour s’installer », explique Mathieu Bigeault.

(Photo : Émile Héroux)

« C’est une discipline qui est vraiment intéressante pour socialiser ensemble, en groupe, pour les enlever des écrans, s’assurer que les jeunes puissent vivre de quoi. En plus, ça ne prend pas grand place, une table de babyfoot, dans un local. »

L’association québécoise de babyfoot multitable souhaite procurer une structure qui permettra un encadrement plus concret et sérieux du soccer de table.

« Comme au hockey, on apprend à nos jeunes à patiner, ils sont encadrés. On leur montre, comment tenir un bâton ou comment tirer une rondelle. C’est le même principe. »

« On veut amener ici à Trois-Rivières un bon encadrement pour apprendre les bonnes techniques, le respect du sport, le respect des autres, s’assurer aussi qu’ils comprennent c’est quoi le babyfoot de haut niveau », ajoute-t-il.

Trois types de tables, trois façons de jouer

Pendant la fin de semaine, les joueurs se sont affrontés sur trois types de tables, chacune avec ses particularités. 

La Bonzini, table française, utilise une surface caoutchouteuse et des coins en pente, qui favorise un jeu contrôlé : la balle colle davantage, obligeant les joueurs à la frapper plus précisément.

La Tornado, d’origine américaine, mise sur la vitesse avec des personnages en plastique mobiles et une surface plane. Cela permet des passes rapides, un contrôle constant de la balle et des tirs puissants, la balle restant presque toujours en jeu grâce aux trois gardiens de but.

La table allemande, la Leonhart, permet un jeu mixte à mi-chemin entre les deux autres. 

Trois types de balles, pour les trois types de tables différentes. (Photo : Émile Héroux)

« Le but du multitable, c’est ça. C’est de réunir les meilleurs joueurs Bonzini, les meilleurs joueurs Tornado puis les meilleurs joueurs Leonhart, tous dans un tournoi pour qu’ils compétitionnent un contre l’autre », explique Mathieu Bigeault.

« Normalement, les meilleurs joueurs vont être bons sur plusieurs tables. Il y a 20 ans, ce n’était pas comme ça. Aujourd’hui, les pays commencent à connaître les tables des autres. La compétition est rendue plus fun à regarder à cause de ça. »

Mathieu Bigeault, en action sur la Tornado. (Photo : Émile Héroux)

Entre loisir et sport

« Le babyfoot est une des disciplines les plus pratiquées dans le monde », explique Farid Lounas, président de la Fédération internationale de babyfoot. « Il n’y a pas un pays dans le monde qui ne connaît pas. »

Malgré cette popularité, le volet compétitif est sous-représenté dans la sphère publique.

« Depuis une vingtaine d’années, on essaie de développer ça partout dans le monde, à la fois pour des questions d’échanges culturels internationaux, autant que pour de rencontres sportives. »

Le calendrier mondial compte une centaine de tournois classés par niveau chaque année, de la Pologne à l’Inde, en passant par la Slovaquie et le Portugal.

Pour Farid Lounas, la différence entre la pratique récréative et le haut niveau repose sur l’établissement d’un règlement unique au niveau mondial.

« Le babyfoot, c’est une tradition : dans chaque quartier, il y a une règle différente. C’est ce qui fait sa richesse. »

« Attention, il ne faut pas l’enlever. Mais quand on se rencontre, nous, il faut fixer une règle pour que ça soit fair-play et qu’on puisse jouer parfaitement ensemble. C’est quand même un moment d’échange, donc il ne faut pas que ça soit un moment de conflit », ajoute-t-il.

Farid Lounas, président de la Fédération internationale de babyfoot. (Photo : Émile Héroux)

Au-delà de la compétition, le babyfoot est un outil social puissant, plaide le président. Il le voit comme idéal pour les institutions scolaires et même entreprises, favorisant la mixité et les bonnes habitudes.

« C’est extrêmement accessible. Quel que soit l’âge, le genre, la taille, le niveau musculaire ou physique d’une personne, ça marche pour tout le monde. »

Pour l’avenir, la fédération travaille à une reconnaissance officielle comme sport au Canada et à l’international. Pour son président, la prochaine étape de la fédération internationale est de devenir membre du Comité international olympique. Sans viser directement les Jeux olympiques, Farid Lounas souhaite que le babyfoot soit présent aux World Games.

« Être au programme des Jeux olympiques, c’est beaucoup d’intérêt des pays hôtes, beaucoup d’échanges avec les autres fédérations internationales, avec le comité olympique. Ça peut être une ambition sur les 20, 30 prochaines années, mais soyons réalistes et développons l’activité dans chaque pays, ça sera déjà très bien. »

À Trois-Rivières, une troisième édition du Championnat canadien est déjà prévue en mars 2027, en plus de la Coupe des Amériques en novembre 2027. Pour Mathieu Bigeault et Farid Lounas, ces événements sont autant d’occasions de faire grandir un sport qui mérite d’être connu au-delà des clichés des bars ou des écoles où il est souvent associé.