De l’ingénierie au succès gourmand!

Partie du Cameroun avec un rêve d’ingénierie et arrivée à Trois-Rivières pour ses études, Aicha Nana Nguebong a tracé un chemin entrepreneurial ambitieux. Aujourd’hui propriétaire du P’tit Sarrasin et nouvellement ambassadrice du Regroupement des Amazones d’Afrique et du Monde (RAAM), elle incarne la persévérance et l’audace qui ont transformé sa passion en un modèle de réussite locale.

PAR FATOUMATA DAPA / fdapa@lechodelatuque.com

Arrivée au Canada en 2014 pour y entreprendre un baccalauréat en génie industriel à l’UQTR, Aicha Nana Nguebong a d’abord évolué dans le milieu professionnel comme ingénieure industrielle, en amélioration continue et en sécurité routière. Parallèlement à ces emplois, elle multipliait déjà les initiatives d’affaires. “J’ai toujours eu le plaisir d’entreprendre. Même étudiante, je vendais des colliers et des petites choses pour compléter mes revenus”, explique-t-elle.

En 2022, elle lance une agence de marketing qu’elle pilote en parallèle avec son emploi. Elle y développe des sites Web, des stratégies numériques et la gestion des réseaux sociaux, soutenue par une équipe d’ingénieurs et d’informaticiens basée au Cameroun. Malgré trois années d’activités, l’agence ne lui permettait pas d’assurer une stabilité financière.

“Ça marchait, mais pas assez pour en vivre pleinement. J’ai dû retourner en emploi, mais dans ma tête, l’entrepreneuriat restait toujours la destination finale.”

Un projet né d’un marché à combler

L’idée de se lancer en restauration s’impose à elle à l’automne 2023, inspirée à la fois par ses voyages en France et par son expérience étudiante dans une crêperie. Elle s’intéresse à un créneau encore peu exploité au Québec: les crêpes bretonnes au sarrasin et les biscuits new-yorkais. “Je me suis rendu compte que ce marché-là n’était pas vraiment exploité ici. Même pour les biscuits, on est pratiquement les seuls à en faire de ce type à Trois-Rivières”, dit-elle.

Pour tester la demande, elle participe à un marché de Noël. Les ventes ne sont pas telles qu’espérées, mais les réactions du public la convainquent. “J’ai compris qu’il y avait un intérêt réel. Ça m’a poussée à me lancer pour de vrai, pas juste à faire quelque chose à la maison. Je voulais un projet professionnel et structuré.”

En l’espace de quatre mois, elle trouve un local, établit ses fournisseurs et réalise la majorité des travaux elle-même afin de réduire les coûts. “Les banques ont refusé de financer mon projet. Mais je me suis dit: ce n’est pas ça qui va m’arrêter. J’ai ma propre banque, ma famille”, ajoute t-elle avec fierté.  L’investissement total atteint environ 125 000$, provenant de ses économies et d’apports familiaux. Le P’tit Sarrasin ouvre ses portes en mai 2024.

Alvanie Fride Yongwa Nguebong, soeur de Mme Nguebong qui tient la caisse, Joséphine Ngapa, sa tante qui aide en cuisine et Aicha Nana Nguebong, propriétaire du restaurant. (Photo Fatoumata Dapa)

Rejoindre une clientèle plus vaste

Depuis son ouverture au centre-ville de Trois-Rivières, le restaurant Le P’tit Sarrasin poursuit sa croissance. L’entrepreneure, mise sur l’innovation et l’accessibilité pour développer son modèle d’affaires. Elle prévoit rafraîchir sa carte dès janvier en ajoutant un menu pizza et, au printemps, un concept brunch inspiré de la tradition française afin d’élargir sa clientèle.

La propriétaire constate également un engouement marqué pour sa gamme de biscuits, constamment renouvelée. “On a vraiment la base qui reste là, mais chaque mois on essaie d’apporter au moins une ou deux nouveautés”, explique-t-elle, évoquant des créations allant du chocolat Dubaï au Red Velvet.

L’emplacement central du restaurant contribue à attirer autant les résidents que les visiteurs. L’entrepreneure, qui souhaite un jour implanter un établissement similaire au Cameroun, reste consciente des défis liés au secteur. “Il ne faut pas négliger le facteur lieu”, souligne-t-elle, rappelant qu’un mauvais choix peut “vraiment casser un projet”. 

Par ailleurs, elle souligne qu’ adaptation et résilience sont au cœur de ce projet. Car malgré les défis liés à la saison hivernale et aux aléas du métier, elle poursuit son rêve en misant sur une offre adaptée, notamment des biscuits moins sucrés et des crêpes bretonnes conçues pour une clientèle variée. “Quand on a une idée, quand on a pris le temps de valider le marché, dès que c’est bon, fonce. Il n’y a pas de bon moment pour commencer une entreprise”, affirme-t-elle. L’équipe travaille aussi à proposer des biscuits sans gluten pour répondre à la demande locale croissante.

Issue d’une famille où l’entrepreneuriat est omniprésent, elle souhaite que son parcours puisse encourager d’autres personnes, particulièrement les nouveaux arrivants, à croire en leurs idées. “Il faut comprendre son projet et vérifier qu’il répond à un vrai besoin. Une fois que c’est clair, il faut avancer avec ce qu’on a. Le reste se construit en route.”

Avec son restaurant, désormais bien implanté, Aicha Nana Nguebong souhaite continuer d’élargir son offre et de faire rayonner ce lieu où “la tradition bretonne rencontre la gourmandise new-yorkaise”. Une ambition qui s’inscrit dans le dynamisme entrepreneurial trifluvien.

Un rayonnement grandissant 

Lauréate d’un prix lors du gala du ambassadrice du Regroupement des Amazones d’Afrique et du Monde (RAAM), l’entrepreneure trifluvienne voit cette reconnaissance comme un tremplin pour renforcer sa présence dans la communauté. “C’est d’aller justement challenger son projet, montrer ça à d’autres personnes, puis avoir les retours”, dit-elle, soulignant l’importance du réseau offert par le RAAM. Elle retient surtout la portée humaine du moment. “Je suis allée, j’ai parlé avec mon cœur. Puis ça a marché.”

Mme Nguebong souhaite contribuer à l’essor entrepreneurial des nouveaux arrivants. “Si nous, on réussit à entreprendre ici à Trois-Rivières, c’est que c’est possible aussi pour eux.” Elle précise l’importance de bien s’entourer et espère encourager davantage d’initiatives locales issues des communautés immigrantes. “Si tu attends d’avoir tout pour commencer, tu ne commenceras jamais. Il faut analyser son marché, rassembler ce qu’on a et s’entourer. Toute seule, je n’y serais pas arrivée.”

Au-delà du prix, elle veut que son établissement soit reconnu pour la qualité de son offre. “Au P’tit Sarrasin, on offre un service de qualité, un produit de qualité”, affirme-t-elle, rappelant que son équipe travaille chaque jour à améliorer l’expérience client.

Fière de participer à la vitalité économique de la ville, elle mise sur l’audace et la persévérance. “Je peux être utile à ma communauté, utile à la société québécoise. Je crée de l’emploi, je participe à l’économie de Trois-Rivières”, conclut-elle.