Dans les coulisses des Incouchables du Cirque du soleil

À huit jours de la première du spectacle hommage à Daniel Bélanger, Les incouchables, les concepteurs fignolent les derniers détails en vue du coup d’envoi de la neuvième production du Cirque à l’Amphithéâtre Cogeco.

Pas de délai serré ni de nuit d’insomnie à prévoir pour les créateurs avant la première, explique le concepteur des accessoires, Alain Jenkins, qui a travaillé sur huit des neuf spectacles hommage.

“Il nous reste encore une semaine. On tombe dans les petits détails. On va pouvoir peaufiner, ce qu’on ne peut pas toujours faire.”

La metteure en scène, Marie-Ève Milot.

L’affiche du spectacle nous montre une autoroute qui sera une pièce maîtresse du décor.

“On convie le public à un road trip, rappelle la metteure en scène, Marie-Ève-Milot. L’autoroute suspendue dans l’espace va nous faire voyager sur les airs de Daniel Bélanger. Le spectacle est une longue nuit d’insomnie à l’issue de laquelle le soleil va se lever.”

“C’est une affaire qu’il a fallu qu’on monte dans l’entrepôt au Cirque pour voir si ça fonctionnait, précise M. Jenkins. L’autoroute n’est pas droite. Elle est comme un anneau de Saturne, circulaire. Ça représente l’interstellaire.”

Cette pièce de décor, située dans les airs, permet de garder le plancher de la scène dégagé.

“On utilise 90 % du plancher, contrairement à toutes les autres années où on mettait des murs, des structures. On a des éléments en flottaison. Il n’y a rien qui touche au sol. On a la place pour rentrer des éléments. Les acrobates ont de la place pour danser. Ça rend notre show unique et très esthétique.”

Un lit est un autre élément central du décor.

“Il va être là pratiquement tout le long. Il faut qu’il se promène sur scène, qu’il puisse se fixer pour être capable de sauter dessus sans que ça bouge. Il y a tout un système qui nous permet de le souder au plancher et en une fraction de seconde, il peut se mettre à bouger. Les acrobates peuvent aller en dessous, sauter à travers les barreaux.”

On peut s’attendre à une bataille d’oreillers vers la fin du spectacle.

“On va faire tomber des choses du plafond, peut-être des confettis. Il y a encore beaucoup d’accessoires lumineux qui vont aller dans le public.”

Une trentaine de parapluies seront utilisés dans un numéro sur la chanson Le parapluie, une occasion de donner à la production un côté écoresponsable.

“On avait une quantité faramineuse de parapluies de toutes les couleurs, modifiés avec de la lumière à l’intérieur. On n’en a pas besoin. Éric, mon collègue, est en train d’enlever les mécanismes qu’on garde pour peut-être réutiliser.”

Le concepteur des costumes, Philippe Massé.

Le même souci a guidé le concepteur des costumes, Philippe Massé, qui dirige son premier spectacle, lui qui œuvre avec le Cirque du soleil depuis plusieurs années. Il estime que 40 % des matériaux servant à la fabrication des costumes sont recyclés.

“On a utilisé la ressource de la Matériauthèque verte, une initiative du Cirque établie au siège social pour récupérer les matières normalement destinées à être détruites.”

Les 24 artistes du spectacle porteront en moyenne deux costumes chacun.

“Une des lignes directrices, ce sont des vêtements de pyjama. Je me suis permis de transformer des matériaux comme des courtes-pointes, des couvertures, des oreillers, de les intégrer dans les costumes pour que ça ait une signature authentique, d’avoir les vraies textures.”

Il nous invite à surveiller un numéro en particulier où les costumes de jonglerie seront complètement différents.

“Cette bulle-là est beaucoup plus cosmique, plus brillante dans cet univers de doudous, de couettes, de coussins. Ça va casser avec le reste du show.”

La conceptrice des maquillages, Gabrielle Brulotte, révèle que les artistes effectuent eux-mêmes leur maquillage.

“Au niveau des inspirations, on est allé chercher un cerne un peu pailleté parce qu’on parle des insomniaques. Un cerne qui devient un bijou, qui donne un effet stellaire, intergalactique.”

Le directeur technique, Michel Daudelin, et la directrice de production, Chantale Jean.

La directrice de production, Chantale Jean, qui en est à son sixième spectacle hommage à Trois-Rivières, indique que le plus gros défi pour l’équipe en est un de temps.

“19 jours de création, c’est quand même intense. Mais on connaît toutes les étapes avant d’arriver. Mettons que j’ai un numéro où j’ai bien des matelas à rentrer, il faut qu’on soit rodé au quart de tour. Quand on arrive ici, il faut juste qu’on mette les choses en place.”

Le directeur technique Michel Daudelin a dirigé les neuf productions du Cirque à l’Amphithéâtre.

“Les concepteurs arrivent avec leur vision, un canevas de base qu’on essaie de rendre le plus proche de ce qu’ils aimeraient avoir. Si on parle de son, éclairage, vidéo, plus le décor, on s’installe en six jours avec une équipe de 25 techniciens.”

Deux numéros ont été créés spécifiquement pour le spectacle et seront présentés en primeur mondiale. Près de la moitié des numéros vont être présentés pour la première fois au Québec.

“On a un numéro qui n’a jamais été fait dans la configuration actuelle, annonce Mme Jean. Traditionnellement, on le voit d’une certaine façon. Ici, on l’a positionné différemment pour que le spectateur soit encore plus dans l’action et qu’il ait aussi un autre point de vue qu’on ne voit pas habituellement.”

“Trois-Rivières a la particularité qu’on fait un spectacle pour un artiste d’ici. Le Cirque du soleil ne le fait pas ailleurs, souligne M. Jenkins. Ça fait toute la différence parce qu’on a tout le temps ça en tête. On a la chance de faire une surprise à l’artiste qui vient voir le spectacle à la première. On a la même mentalité pour le public. On veut qu’il soit content.”