Coupes dans les CPE : le cri du cœur d’une éducatrice

TÉMOIGNAGE. Isabelle Lajoie est éducatrice au CPE Le Petit Forgeron, à Trois-Rivières, depuis 19 ans. Cet emploi qu’elle aime tant, elle craint de le perdre. Devant toutes les coupes gouvernementales, elle doute de l’avenir des CPE.

Le 4 novembre dernier, le CPE Le Petit Forgeron a souligné ses 30 ans d’existence. Isabelle ignore si elle fêtera les 35 ans du centre. «À partir du 1er avril, il y a des CPE qui devraient fermer leurs portes. Ce ne sera sûrement pas notre cas à court terme, mais, si ça continue comme ça, peut-être que les CPE n’existeront plus d’ici 5 ans», croit-elle.

«Les CPE, c’est un projet qui est envié à travers le monde. Et au lieu d’investir dans ce projet pour le rendre meilleur, on le démolit, ajoute-t-elle. Le gouvernement est en train de nous dire que les enfants, ce n’est pas si important que ça. L’argent oui, par exemple. Il faut que l’économie fonctionne. C’est un fait. Mais est-ce qu’on est obligé de tout aller chercher, encore, sur le dos des familles, sur le dos des enfants? Les enfants sont une belle cible. Ils ne parlent pas. Ça prend des gens pour parler à leur place.»

Concrètement, au CPE Le Petit Forgeron, les coupes gouvernementales signifient suppressions de postes, diminution de salaires et de conditions de travail. Mais, avant toute chose, c’est aussi synonyme de coupes dans les services offerts aux enfants.

«Ce qu’on veut le plus, c’est que ça ne se rende pas jusqu’aux enfants, indique Isabelle. On ne parle même pas de conditions de travail. Ce qu’on veut, c’est empêcher cette coupe de 120 millions de dollars partagée entre les CPE et les autres services subventionnés. Pour les CPE, ça représente 82,9 millions de dollars. Ce qui va découler de ça, c’est qu’une à trois éducatrices devront quitter, par bâtisse en fonction du nombre d’enfants. C’est sans parler du service de cuisine, de l’entretien et de l’administration.»

110 000 $ à couper

En moyenne, pour une installation de 60 enfants, quelque 85 000 $ devront être coupés. Au CPE Le Petit Forgeron, on compte 78 enfants. «C’est environ 110 000 $ par année qu’il faut couper», mentionne l’éducatrice.

Cette dernière est persuadée que c’est la relation entre les éducatrices et les enfants qui sera le plus affectée. «On n’aura plus autant le temps de s’occuper de chacun des enfants, soutient-elle. Le lien d’attachement avec les enfants va être brisé. Ce qui est primordial dans un CPE, c’est d’abord le lien que tu crées avec les enfants. C’est plus qu’un CPE, c’est une famille. Il y a des enfants qui peuvent passer jusqu’à 50 heures par semaine ici.»

Une formation vaine?

Isabelle Lajoie se questionne également sur l’avenir de la formation en éducation à l’enfance. «Ce sont les plus jeunes éducatrices qui vont payer. À moins d’un départ d’une ancienne, elles n’auront pas de postes. Dans un autre CPE, une fille était cinquième sur la liste d’attente. Avec tout ce qui s’est passé, elle est rendue vingtième. Il faudrait peut-être remettre en question le cours d’éducation à l’enfance. On est carrément en train de démolir un système.»

Par ailleurs, il est possible d’appuyer les CPE en signant une pétition à l’adresse suivante : https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-5663/index.html