Christine Fréchette veut revoir la façon de gérer la forêt au Québec
LA TUQUE. C’est à l’usine Arbec de La Tuque que la première ministre sortante et cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, a choisi de présenter mardi matin son plan pour l’avenir de l’industrie forestière québécoise. Au cœur de sa proposition: donner davantage de pouvoir aux régions, conclure un « pacte forestier » avec les principaux acteurs du milieu et réformer éventuellement le régime forestier.
Mme Fréchette soutient que la gestion de la forêt doit être davantage adaptée aux réalités de chacune des régions du Québec, plutôt que de reposer sur une approche uniforme.
« Nos forêts, c’est le poumon économique de nos régions », a-t-elle déclaré, rappelant que plus d’une cinquantaine de communautés québécoises dépendent entièrement du secteur forestier.
La première ministre sortante veut notamment lancer rapidement après l’élection un appel à projets pilotes afin de permettre aux régions de tester différentes façons de planifier et de gérer la forêt. Les initiatives jugées concluantes pourraient ensuite servir de base à une éventuelle réforme du régime forestier.
La Mauricie pourrait d’ailleurs servir d’exemple. Christine Fréchette a souligné le projet développé dans la région avec la communauté atikamekw et l’entreprise Arbec, qui propose une approche différente de la gestion forestière.
« Arbec, c’est eux qui nous ont inspirés sur cette voie-là », a-t-elle expliqué en période de questions. Selon elle, l’expérience démontre qu’il est possible de rapprocher l’industrie, les Premières Nations, les municipalités et les autres utilisateurs de la forêt autour d’un modèle adapté au territoire.
Une nouvelle réforme, mais dans un ordre différent
Cette annonce survient alors que le gouvernement caquiste a dû abandonner son précédent projet de réforme du régime forestier, le projet de loi 97, après une importante contestation.
Questionnée sur la crédibilité de son gouvernement pour reprendre le dossier, Mme Fréchette affirme que la CAQ a tiré des leçons de cet épisode.
Cette fois, le gouvernement souhaite « légiférer en dernier, plutôt qu’en premier ».
Un grand Chantier national sur la forêt serait également mis sur pied avec les régions, l’industrie, les Premières Nations et les différents utilisateurs de la forêt. L’objectif serait de déterminer collectivement les changements nécessaires avant de déposer une nouvelle réforme législative.
Le futur régime devrait notamment permettre une planification forestière régionalisée, tout en offrant davantage de prévisibilité aux entreprises et aux travailleurs.
144 M$ pour transformer l’industrie
L’autre volet du plan concerne la situation économique de l’industrie, particulièrement vulnérable à la guerre tarifaire avec les États-Unis.
La CAQ promet un investissement additionnel de 144 M$ pour moderniser les usines, accélérer l’innovation, soutenir la construction en bois et mieux accompagner les entrepreneurs forestiers.
Mme Fréchette souhaite surtout que le Québec transforme davantage sa matière première plutôt que d’exporter principalement du bois peu transformé.
Elle n’a toutefois pas voulu fixer de cible précise pour réduire la dépendance au marché américain, alors que, selon les chiffres avancés durant la conférence de presse, environ 86% de la production forestière québécoise est exportée vers les États-Unis.
» Le plus tôt sera le mieux « , a-t-elle répondu, ajoutant que la transformation du bois permettrait d’ouvrir de nouveaux marchés.
La première ministre sortante veut aussi augmenter les investissements en travaux sylvicoles afin de rendre les forêts plus productives et résilientes, notamment face aux feux de forêt.
Face aux tarifs américains, Christine Fréchette a également lancé un appel au « nationalisme économique ».
« Si on peut utiliser du bois québécois, on doit utiliser du bois québécois », a-t-elle insisté.
Elle a reconnu que l’escalade tarifaire augmente le risque d’une récession, sans toutefois vouloir avancer de pourcentage. Le cadre financier présenté au début de la campagne demeure, selon elle, inchangé.
