Cégep de Trois-Rivières : projet rassembleur pour la conception d’un abri-chaleur

Le Cégep de Trois-Rivières met à profit les compétences des étudiants de six de ses programmes pour redonner à la communauté, sous la forme d’un abri-chaleur destiné aux personnes en situation d’itinérance ou d’exclusion sociale.

Initié par Nicholas Joyal, enseignant en architecture, et Caroline Guay, enseignante en travail social, et coordonné par Patricia Nourry, enseignante en philosophie et chargée de projets en écologisation, le projet des abris-chaleur a été amené dans les classes de Techniques de travail social et de Technologie de l’architecture en 2024 afin de débuter la conception avec les étudiants. Ces deux programmes ont allié l’engagement social et l’innovation pour concevoir un abri pour les personnes en situation d’itinérance.

De son côté, Caroline Guay s’est assurée de mobiliser les organismes afin d’obtenir une lecture globale de la problématique et des enjeux, et de déterminer quels sont les besoins des personnes en situation d’itinérance et des organismes. “Il fallait trouver une solution alternative dans un continuum de service qui existe déjà et penser à un abri qui réponde à tous les besoins”, précise Mme Nourry. L’abri-chaleur permettra à une personne d’y demeurer plusieurs mois, il n’est pas prévu qu’un roulement se fasse chaque nuit. Cela permettra à la personne d’arrêter d’être en hyper vigilance, de se déposer et d’être en sécurité.

“Si le projet avait été mené seulement par nous en architecture, on n’aurait pas eu une bonne idée des besoins et on serait parti avec des idées préconçues”, croit M. Joyal. À partir de ces éléments récoltés chez les différents acteurs du milieu, les étudiants ont été en mesure de donner leurs idées pour finalement se lancer avec les meilleures d’entre elles. “Premièrement, il ne faut pas isoler les personnes en situation d’itinérance quelque part dans la ville. Il faut les garder près des services, explique M. Joyal. Également, comme il est possible que les besoins changent, on a fabriqué un abri transportable, de plus grandes dimensions que prévu initialement, car ces personnes ont besoin de vivre, pas seulement de dormir. Cela peut également permettre à un couple d’en profiter, ce qui vient briser notre idée préconçue que ce sont toutes des personnes seules”, ajoute M. Joyal.

L’abri-chaleur est donc équipé d’un grand lit, de deux fenêtres dont une qui offre la possibilité de s’ouvrir et d’en sortir pour une question de sécurité, une petite table et d’un peu de rangement. L’ajout de bois donne également un petit cachet chaleureux à l’abri.

La phase de construction

Le projet a ensuite fait appel à quatre disciplines supplémentaires afin de passer à la phase 2 du projet : la construction de l’abri. Ce sont les étudiants de Techniques de génie mécanique, Technologie du génie du bâtiment, Technologie du génie électrique et Gestion des opérations et de la chaine logistique qui ont mis en commun leur savoir-faire pour construire un abri qui répond aux besoins de la communauté.

Jakob Pellerin-Leclerc, étudiant en Gestion des opérations et de la chaine logistique, explique par exemple qu’il a travaillé sur l’aspect du transport de l’abri. “Comment se rendre du point A au point B, ce qu’il faut comme moyen de transport, y a-t-il des permis à aller chercher?”, énumère l’étudiant. Ce qu’il retient de cette expérience, c’est que la logistique, très axée sur les chiffres, peut également avoir un aspect très humain. “De voir que notre discipline peut apporter quelque chose de plus à la communauté, mais surtout que ça va changer la vie de personnes, c’est très gratifiant!”, lance l’étudiant.

“Le système de levage a été conçu et fabriqué par génie mécanique. Il fallait aussi réfléchir au chauffage du bâtiment. Le chauffage, c’est une discipline de Techniques du génie du bâtiment, qui a réfléchi à un chauffage optimal  pour un petit abri comme ça, en calculant la déperdition thermique, etc., explique Patricia Nourry. Génie électrique a quant à lui réfléchi à l’autonomie du bâtiment. Est-ce que c’est possible de le rendre autonome? La réponse, c’est non!” Du moins, pas à faible coût.

L’abri sera donné à l’organisme Point de Rue, un organisme communautaire à but non lucratif qui offre des services en travail de rue situé à Trois-Rivières, au courant des prochaines semaines. Plusieurs personnes en situation d’exclusion sociale ou d’itinérance pourront ensuite en bénéficier. L’organisme Point de rue, comme plusieurs autres, a été présent tout au long du processus de création du projet.

Pédagogie des communs

Ce projet s’inscrit dans une approche de pédagogie des communs et vise à unir les compétences et les responsabilités des étudiants impliqués afin de répondre collectivement à une problématique sociale, soit celle de l’itinérance.

“Pour un étudiant ou une étudiante, participer à un projet commun lui permet d’intégrer des compétences acquises dans sa discipline propre et de l’expérimenter dans un contexte réel. La complémentarité des expertises de chacun devient alors un élément clé pour mener à bien le mandat, explique Patricia Nourry. Ainsi, l’intégration du travail collaboratif à la formation est devenue essentielle dans un monde en changement qui demande une adaptabilité croissante. Au Cégep de Trois-Rivières, la pédagogie des communs permet d’expérimenter la force de l’intelligence collective”, ajoute-t-elle.

“Il faut qu’on arrive à développer les capacités d’entraide et les capacités à mieux partager les ressources, et rendre les expertises complémentaires”, insiste Mme Nourry.  

“Tout le monde a travaillé de manière écosystémique en faisant valoir les compétences, les qualités, les expertises de chacun”, poursui-elle. C’est d’ailleurs sa plus grande fierté du projet, que les équipes cessent de travailler en silo.

Également, plusieurs donateurs de l’extérieur ont été d’un soutien inestimable, notamment avec des dons de matériaux écologiques, comme Innofibre où Nicholas Joyal œuvre à titre de chercheur.

Maintenant que le projet est arrivé à son aboutissement, les plans seront accessibles et offerts gratuitement à tous ceux qui souhaiteraient construire d’autres abris-chaleur et contribuer à leur communauté, ce qui est la finalité de tous les communs du Cégep de Trois-Rivières. “Le but serait peut-être d’aller chercher une collaboration avec une autre entreprise ou un lieu de formation qui pourrait reprendre la construction de ces abris, explique Nicholas Joyal. Tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, ont l’impression d’avoir donné quelque chose à la communauté et d’avoir semé un peu d’espoir, car en plus, on a mené le projet à terme, ce n’est pas juste une solution sous la forme de plan”, conclut-il.