Abolition du PEQ :les gens d’affaires lancent un cri du cœur

Un sondage mené par Innovation et Développement économique (IDÉ) Trois-Rivières révèle une inquiétude chez certains entrepreneurs de la région. La raison : l’abolition du PEQ et, plus récemment, le refus du gouvernement d’appliquer une clause de droit acquis pour les travailleurs étrangers.

PAR ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

Grégory Gihoul, directeur général d’IDÉ Trois-Rivières, a joint sa voix à celles des élus de la Ville de Trois-Rivières pour interpeller le gouvernement provincial au sujet de l’abolition du PEQ. Il porte le message d’une centaine d’entreprises de Trois-Rivières, qui ont affiché des préoccupations face au manque de main-d’œuvre issue de l’immigration.

« Il y a un entrepreneur sur notre territoire qui, aujourd’hui, juge que ses activités sont dans une situation critique suite à l’abolition de ce programme-là », indique Grégory Gihoul. « Il y en a un autre qui nous a dit que ça impactait deux employés clés de l’organisation et que ça pourrait paralyser complètement une partie des opérations en soirée. »

Parmi l’échantillon de 100 entreprises, une vingtaine d’entre elles pensent rejeter ou reporter un grand projet. Vingt autres ont dit avoir refusé de nouveaux contrats à cause d’un manque d’employés lié à l’abolition du PEQ.

La directrice générale de la chambre de commerce d’industrie de Trois-Rivières, Geneviève Scott-Lafontaine, souhaite que les différents paliers de gouvernement s’entendent.

« On parle de millions de dollars qui sont perdus actuellement », lance-t-elle, en soulignant que la situation n’ira pas en s’améliorant si rien ne change. « À l’échelle du Québec, la Fédération des chambres de commerce a fait un sondage. 35 % des entreprises peuvent être en péril à cause de la coupure de ces mesures-là. »

« Briser des vies »

Marie-Josée Guilbert est directrice des ressources humaines chez LTR Locations, qui loue de la machinerie et des outils depuis près de 40 ans. L’abolition du programme d’expérience québécoise met à risque 30 de leurs 35 mécaniciens.

« C’est très, très difficile de recruter des travailleurs, ici au Québec. Les mécaniciens qu’on emploie sont pratiquement tous issus de l’immigration temporaire. Nos projets d’expansion, on n’est pas sûr qu’ils vont être viables. Peut-être même qu’on va avoir une réduction de notre croissance. »

Derrière l’enjeu économique, il y a un enjeu humain, parce qu’avant d’être des travailleurs étrangers, ce sont des histoires de vies et de familles marquées par l’incertitude.

« Ces personnes-là, ils ont tout quitté, ils ont tout vendu et leurs familles contribuent à l’économie d’ici. De devoir leur dire que, peut-être ils vont devoir retourner dans leur pays, moi, j’appelle ça briser des vies. »