Abolition du PEQ : « c’est urgent d’agir »
TROIS-RIVIÈRES. La Ville de Trois-Rivières ainsi que les milieux de l’éducation et de l’économie font front commun pour dénoncer les répercussions de l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Ils unissent leurs voix à celles des élus de la Ville pour réclamer l’application d’une clause de droit acquis ou, du moins, la mise en place de mesures transitoires.
Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca
Christian Blanchette, recteur de l’Université du Québec à Trois-Rivières, Éric Millette, directeur général du Cégep de Trois-Rivières et Grégory Gihoul, directeur général d’Innovation et développement économique Trois-Rivières, se sont joints au maire Aubin mercredi matin pour dénoncer l’abolition du PEQ dans la région.
En novembre dernier, le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a mis fin au PEQ, qui permettait aux travailleurs étrangers et diplômés au Québec d’obtenir rapidement la résidence permanente. Ceux-ci vont maintenant devoir déposer un nouveau dossier au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), sans savoir s’ils seront sélectionnés et quand tombera la décision.
« Pourquoi on revient sur le sujet ? Parce que c’est important et c’est majeur. On ne doit pas laisser aller ça. On doit continuer à interpeller le gouvernement là-dessus, c’est fondamental », lance le maire de Trois-Rivières, Jean-François Aubin.
Selon lui, plus de 1000 personnes sont touchées par la situation dans la ville, en plus des impacts concrets sur les entreprises de la région.
Le maire relève que plusieurs acteurs politiques ont émis leurs points de vue sur le sujet, en faisant fi de leurs convictions partisanes. Les Villes, les municipalités, les syndicats, le Conseil du patronat ainsi que plusieurs chambres de commerce se sont positionnés en défaveur de l’aboliton du programme, selon Jean-François Aubin.
« Ce message-là, il se fait actuellement dans tout le Québec. Quand c’est un dossier comme ça qui mobilise et rejoint plein de gens, bien, je pense qu’il faut écouter. Et c’est ça qu’on demande à notre gouvernement. »
Chronologie du PEQ à Trois-Rivières
- 19 novembre 2025 : fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) ;
- 19 décembre 2025 : sortie médiatique du maire Aubin pour dénoncer l’abolition du programme ;
- 3 février 2026 : le conseil de ville demande la mise en place d’une clause grand-père ;
- 4 février 2026 : les milieux des affaires et de l’éducation unissent leurs voix à celle des élus.

Un témoignage touchant
Avec émotion, Jeanne de Roover a témoigné de son expérience en tant qu’étudiante internationale, admise par l’intermédiaire du PEQ.
« Au début de l’année 2024, j’ai tout quitté pour le Québec. J’ai laissé ma famille, mes amis, mon emploi d’enseignante et mes repères pour venir contribuer au système d’éducation québécois. »
L’étudiante à la maîtrise en éducation fait part de sa profonde déception. « Comme des milliers d’étudiants, je me sens trahie, inconsidérée. Le ministre Jean-François Robert ne semble voir que des statistiques. Mais derrière mon numéro, derrière nos numéros, il y a des sacrifices réels », ajoute-t-elle.
Christian Blanchette, le recteur de l’UQTR, reconnaît l’apport inestimable des étudiants venus de l’international. Il met en lumière l’importance du PEQ dans leurs parcours.
« Nous, on a une baisse jusqu’à maintenant de 27% de ce nombre d’étudiants internationaux. Ce dont on se rend compte, c’est combien le Québec est devenu moins attractif à l’échelle internationale, pour attirer des étudiants internationaux », souligne le recteur.
Le directeur général du Cégep de Trois-Rivières, Éric Millette, plaide en faveur des étudiants internationaux. « L’incertitude, ce n’est pas synonyme de motivation. L’abolition soudaine du PEQ rompt un engagement qu’on avait implicite avec nos étudiants qu’on a recrutés à l’international. »
Pour lui, la situation « fragilise » la réputation du Cégep à l’international, une réputation qui « a pris des années à se construire. » Il ajoute que les demandes d’admission à l’international sont passées de 400 l’an dernier, à 40 pour l’année prochaine.
« L’impact est réel »
Les représentants d’Innovation et développement économique (IDÉ) Trois-Rivières ont mené un sondage auprès des gens d’affaires de la région. Sur la centaine d’entreprises sondées, près de 160 travailleurs seraient à risque de perdre leur statut.
« L’impact est significatif, puis il est documenté et mesurable », soutient Grégory Gihoul, directeur général d’IDÉ Trois-Rivières.
« Sur l’échantillon d’une centaine d’entreprises, il y en a 20 qui nous ont dit qu’elles pensaient reporter ou ralentir les projets. Il y en a aussi une vingtaine qui ont refusé de nouveaux contrats. »
