Plongée dans le quotidien de la Maison Carpe Diem

Par Audrey Leblanc
Plongée dans le quotidien de la Maison Carpe Diem
Marika Lhoumeau lors de l'enregistrement du balado Devenir Roger. (Photo : (Photo courtoisie))

Après avoir accompagné son père, Roger, à travers la maladie d’Alzheimer, Marika Lhoumeau a décidé de chercher des réponses à une question qui l’obsédait : peut-on faire mieux? Ses recherches l’ont guidée vers la Maison Carpe Diem de Trois-Rivières, un endroit où on accompagne d’une manière bien différente les personnes vivant avec cette maladie. Pendant trois semaines, elle a habité cette demeure. Elle raconte son expérience dans le balado Devenir Roger.  

« Avant d’arriver là-bas, j’étais nerveuse, confie-t-elle. J’étais devant l’inconnu. Je m’en allais là pour trois semaines, j’avais un stress de ne pas savoir comment ça allait se passer. Je me suis plongée dans cet univers du jour au lendemain. »

Ce qui l’a frappée à son arrivée, c’est l’accueil qu’on lui a réservé. « Je me suis sentie bienvenue tout de suite, relate-t-elle. Tout le monde était à l’écoute. Je ne voulais pas avoir de traitement différent. Je ne voulais pas de tambour ni de trompette. J’arrivais là-bas comme n’importe qui d’autre. »

Il ne lui a pas fallu longtemps pour réaliser que l’endroit se distingue de plusieurs façons, notamment en ce qui concerne l’organisation du travail. « À Carpe Diem, on mise sur les forces de chacun, a remarqué Mme Lhoumeau. On met à profit les forces de tout le monde dans l’organisation du travail. J’ai été touchée de voir que les intervenants mangent à la même table que les résidents. Et la personne qui mange avec ceux qui doivent porter un tablier porte aussi un tablier. Juste ça, c’est une façon de dire qu’on est tous dignes de manger à la même table et qu’on est tous sur le même pied d’égalité. »

« Je ne voyais pas tout le travail qui était fait en coulisses, renchérit cette dernière. Les intervenants font tout avec beaucoup de discrétion. J’avais l’impression que personne ne prenait de médicament, que personne n’allait à la salle de bain. Je n’avais devant moi que le spectacle de la vie. »

La relation au cœur de l’approche

Lors de son séjour, elle a appris que la relation de confiance développée avec l’autre est la clé. C’est ce qu’il y a de plus important. Plus important encore que le résultat souhaité.

« La grosse différence, c’est le temps qu’ils prennent avec les gens et la relation de confiance qu’ils développent avec les résidents, soutient Mme Lhoumeau. Ça m’a frappé. C’est ce qui manquait dans les milieux où vivait mon père : la relation avec les autres. C’était impossible de toute façon avec tout le roulement du personnel. »

À Carpe Diem, elle a été témoin du sentiment d’appartenance qui habite les gens qui y travaillent. « Je sentais leur fierté de travailler là, la chance qu’ils ont de travailler dans un milieu vraiment humain, mentionne-t-elle. Avec mon père, j’ai déjà vu une intervenante pleurer parce qu’elle aurait tellement aimé en faire plus, mais elle ne pouvait pas. Ils veulent, mais il y a de gros problèmes dans l’organisation du travail. Ils n’ont pas le temps. »

« Mais là-bas, c’est complètement autre chose, poursuit-elle. Oui, j’ai eu des réponses à ma question. J’ai vu que c’était possible de véritablement créer un milieu de vie. Pas un milieu de vie comme on nous dit que c’est le cas dans les CHSLD. Un vrai milieu de vie. J’ai vraiment eu l’impression que c’est un prolongement de la vraie vie, dans une vraie maison. On tend vers une vie quotidienne. Par contre, je n’ai pas de réponse au fait que ça ne se fasse pas ailleurs. Je ne comprends par pourquoi on n’a pas ça ailleurs. » 

De petits détails, à portée de main

Après son passage à la Maison Carpe Diem, Mme Lhoumeau a le sentiment que ce n’est pas impossible de changer cette grosse machine que sont les soins apportés aux aînés malades. 

« C’est comme si avant d’aller là, ça représentait un trop gros changement, impossible à faire dans la société dans laquelle on vit. Mais à Carpe Diem, j’ai vu que c’est une approche faite de détails, des choses pas compliquées à changer. De petites choses qui font une grosse différence. En sortant de là, le défi de faire des changements au système actuel m’a semblé moins immense. Il y a plein de petites choses qu’on peut faire, qui sont à notre portée. »

Elle cite en exemple la fois où elle et les autres résidents ont fait une sortie aux quilles. En revenant, dans la voiture, l’intervenante qui conduisait a décidé de faire un détour pour passer dans l’ancien quartier d’une résidente.

« Juste ça. Ça lui a pris à peine 10 minutes et ç’a tellement fait plaisir à la dame, se souvient Mme Lhoumeau. Ça l’a réjouie. Elle s’est mise à nous parler de ce qu’elle voyait et où elle avait l’habitude d’aller. Ç’a fait une grosse différence dans sa journée. »

Ou encore la fois où elle discutait avec Mme St-Louis et que cette dernière a réalisé qu’elle avait oublié de se mettre du rouge à lèvres. « Elle en met toujours. Tous les jours, précise Mme Lhoumeau. Ça fait partie d’elle, de son identité. Je lui dis qu’elle est belle quand même, mais elle se lève et va s’en mettre parce que c’est important pour elle. Et puis là, une intervenante me dit que Mme St-Louis se souvient encore qu’elle aime porter du rouge à lèvres, mais que lorsqu’elle oubliera, ils vont le faire pour elle parce que c’est important pour elle. » 

Teintée de son expérience à la Maison Carpe Diem, Mme Lhoumeau a réalisé un balado en cinq capsules dans lequel elle raconte ce qu’elle a vécu. Pour écouter le balado Devenir Roger: https://baladodiffusion.telequebec.tv/36/devenir-roger

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