Pas facile pour les travailleurs de rue

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Par jcossette
Pas facile pour les travailleurs de rue
Geneviève Charest sait que de façon quotidienne, elle fait une différence. (Photo : Jonathan Cossette - Hebdo Journal)

 Les travailleurs de rue n’exercent pas un métier facile, ni routinier. Leur présence dans la vie des gens qui étaient déjà dans une situation précaire a doublé en importance lorsqu’est arrivée la COVID-19.

L’Hebdo Journal a eu la chance de s’entretenir avec Geneviève Charest, travailleuse de rue à l’organisme Point de Rue, qui dessert les régions de Trois-Rivières et Nicolet-Yamaska.

« C’est un de mes professeurs du collège qui m’a dit: Ge, je sais où tu devrais faire ton stage. Ensuite, il m’a parlé de Point de Rue. Je n’avais jamais entendu parler de l’organisme, mais je me suis présentée ici en août pour y faire mon stage final et je ne suis jamais repartie », lance celle qui est diplômée en Éducation spécialisée au Collège Laflèche de Trois-Rivières.

« J’ai toujours aimé le contact avec les gens et on est chanceux que les gens nous fassent autant confiance en nous racontant leur vie. C’est le fun aussi d’offrir du temps à l’autre parce que c’est rare qu’on ait ça de nos jours. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’avoir accès à une personne en entier, que ce soit par sa personnalité, son bagage et ce qui fait en sorte qu’elle a besoin de nos services. Dès le départ, ça m’a touchée de voir qu’il y avait autant de monde qui souffrait, car on ne le voit pas tout le temps. Il y a beaucoup de personnes en situation de vulnérabilité auxquelles on n’a pas accès, qui sont dans leur appartement et que ça ne va pas bien. »

Point de Rue est un centre de jour qui accueille des personnes en situation d’exclusion sociale et d’itinérance en leur offrant des services diversifiés afin de leur donner l’opportunité de trouver des portes de sortie efficaces. Au fil du temps, la mission de Geneviève est devenue une passion. Elle sait que de façon quotidienne, elle fait une différence.

« Notre mission première, c’est le travail de rue. Alors en tant qu’intervenant, on va vers les gens. On essaie aussi de créer une stabilité chez les intervenants pour que le lien que les gens créent avec un intervenant puisse se maintenir dans le temps. De mon côté, je fais de tout, dont du travail sur le terrain », confie-t-elle.

« On essaie toujours d’aller vers les gens qui ne viennent pas vers les services alors ce sont souvent des personnes qui s’isolent et qui ne demandent pas facilement de l’aide. Ils n’en demandent pas pour plusieurs raisons, telle la gêne, la honte de leur situation ou parce qu’ils ont des problèmes de santé mentale ou un handicap physique. Notre objectif, c’est d’aller les trouver aux endroits qu’ils fréquentent pour aller leur offrir des services et leur dire qu’on est là. On voit aussi d’autres personnes allez chez d’autres personnes pour consommer, par exemple, alors on va les trouver. »

Trouver les gens

La mission première à Point de Rue est d’entrer en contact avec ces personnes-là, d’offrir de les aider ou de les écouter et d’essayer de les rattacher à des services déjà existants.

« Notre rôle ne sera jamais de fixer des objectifs pour la personne. C’est la personne qui va fixer ses propres objectifs, ce qu’elle veut faire ou ne plus faire. Nous on va l’aider en trouvant la dont je peux l’aider. Une grosse portion de notre travail, c’est l’écoute et être là pour eux », explique-t-elle.

« On développe un bon réseau. On fait aussi la distribution alimentaire à la mi-mois pour 150 à 200 personnes différentes. En fin de moi, on est déjà monté à 250 personnes. Malheureusement pour nous, la demande augmente énormément et de plus en plus de nouvelles personnes viennent dans nos services, que ce soit au centre de jour ou dans la rue. »

Depuis deux ans, la pandémie de COVID-19 s’est installée et la routine de tout un chacun a été chamboulée. 

« La pandémie a aggravé la situation et on l’a vu avec la pénurie de logements. On a des exemples flagrants où des propriétaires de Montréal ont acheté des blocs appartements à Trois-Rivières. Ils ont ensuite décidé de rénover le bloc pour ensuite monter le prix de location. Les gens qui ne sont plus en mesure de payer doivent recommencer à la case départ et des appartements à bas prix, il y en a plus. Cet été, les pompiers ont fermé quelques blocs également, soit pour insalubrité ou soit pour des raisons de sécurité », témoigne-t-elle.

« Ces personnes-là s’en vont où? Il n’y a presque plus de Plan B alors un moment donné, on s’est retrouvé avec beaucoup plus de personnes à la rue qu’auparavant. Pour ce qui est des personnes qui avaient une santé mentale fragile, avec une situation de vie fragile, la pandémie est venue fracasser leur quotidien et ils ont perdu tout repère. Récemment, on a vécu des grands froids et heureusement, on ne connait personne qui en est décédé comme on a vu à Montréal. On a eu peur, c’est sûr! Il y a des gens qu’on cherchait et on les a retrouvés. »

Nouveautés au menu

Point de Rue offre de plus en plus de nouveaux services, telle une équipe de soins de proximité, l’accompagnent à la cour et la consultation à la prison, entre autres.

« On offre des soins de santé physique et psychologique pour ces personnes qui ne vont pas vers les CIUSSS ou les hôpitaux. Des médecins viennent ici, à Tamdem Mauricie et au Centre Le Havre afin de venir recréer le lien entre le médecin et les personnes aux prises avec un problème de santé. Si une personne ne va pas bien et qu’elle a des problèmes de santé en plus, c’est sûr que ça n’ira pas mieux alors on offre la consultation. On s’était rendu compte que parmi les gens qu’on reçoit, la majorité ne consultait pas alors la pente était souvent plus dure à remonter. Le médecin crée un lien avec les personnes comparativement aux médecins dans le réseau qui voient plusieurs personnes différentes par jour », explique-t-elle.

« Pour ce qui est de la Prison de Trois-Rivières, la pandémie aura permis de devancer notre projet. On offre désormais un temps de présence en détention pour faire des interventions psychosociales avec les personnes, bref pour aller y faire du travail de rue, finalement. Les personnes incarcérées en ont besoin et ça fait trois ans qu’on en parlait alors ç’a été mis en place en septembre. Notre mission et notre approche restent toujours la même », conclut-elle.

 

 

 

 

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