Gaspillage alimentaire: « On a fait d’immenses progrès avec la récupération dans les épiceries »

Jonathan Cossette

Gaspillage alimentaire: « On a fait d’immenses progrès avec la récupération dans les épiceries »
L'an dernier, Moisson Mauricie/Centre-du-Québec est parvenu à mettre la main sur 850 000 kg de nourriture. (Photo : Archives - Hebdo Journal)

Depuis octobre 2015, Moisson Mauricie/Centre-du-Québec a davantage contré le gaspillage alimentaire avec l’implantation d’un programme de récupération dans les épiceries. Le programme a également permis d’ajouter des produits qui n’étaient pas nécessairement récupérés d’emblée.

« C’est sûr qu’on a fait d’immenses progrès avec la récupération dans les épiceries. Et que dire du nombre d’épiceries qui se sont jointes au programme? En 2015-2016, on était allié à sept épiceries comparativement à 41 en mars 2021, 48 si on ajoute ceux qui ne font pas partie des grandes bannières », explique d’abord Geneviève Marchand, directrice du financement et des communications à Moisson Mauricie/Centre-du-Québec.

« On a eu une belle réponse des épiciers ces dernières années et je me souviendrai toujours, dans les débuts, qu’un épicier nous écrive directement et nous dise: C’est à mon tour d’embarquer, je suis prêt! Quand on y pense, presque la totalité de ce qu’on reçoit serait jetée, notamment à cause de la surproduction ou des dates de péremption. Nous sommes maintenant équipés pour recevoir en grandes quantités et pour en faire la distribution rapidement dans un court délai. »

L’an dernier, Moisson Mauricie/Centre-du-Québec est parvenu à mettre la main sur 850 000 kg de nourriture.

« Le programme fonctionne très bien. De notre côté, on offre la formation dans les épiceries pour leur expliquer quels produits sont récupérables et le fonctionnent, surtout. Chaque département participe, dont la viande congelée que l’on maintient congelée pendant le transport. Le programme est vraiment venu structurer tout ce qui est la façon de faire, alors les épiceries donnent beaucoup plus qu’avant. D’ailleurs, le but était surtout d’ajouter des produits qu’on pouvait récupérer », témoigne Mme Marchand.

L’organisme trifluvien est stratégique dans ses démarches et c’est d’ailleurs pourquoi elle mit en place une méthode pour maximiser ses efforts dans les plus petits marchés participants.

« Dans les endroits plus éloignés, comme à La Tuque ou à Drummondville, on fait appel à certains organismes déjà bien structurés. L’organisme est même formé pour aller récupérer et distribuer les produits alimentaires, ce qui nous permet à la fois de diminuer les transports », explique la directrice.

« Au final, c’est vraiment un travail d’équipe et de collaboration qui nous permet de toujours évoluer. »

Du côté des Artisans de la Paix, qui reçoivent des dons de Moisson Mauricie, on ne peut qu’être fier des changements apportés ces dernières années.

« C’est très profitable pour nous. Non seulement on réduit le gaspillage alimentaire, mais on offre à nos usagers un apport en protéines avec la viande, sachant qu’elle peut être assez dispendieuse à l’achat. On sait que Moisson a dû travailler fort pour en venir à cette entente, surtout pour ce qui est question de traçabilité des aliments », confie Robert Tardif, directeur général des Artisans de la Paix.

« De notre côté, on a toujours essayé d’éviter le gaspillage, comme c’est le cas avec nos menus préparés par exemple. Ce qui n’est pas tout utilisé, on le met ensuite au menu de notre tablée populaire. On fait ça depuis longtemps! En 2009, on avait un fournisseur de saucisses et on réussissait à extraire la viande pour en faire de la sauce à la viande. On doit toujours maximiser le plus possible les aliments. Depuis trois ans, nous nous sommes dotés de composteurs à fruits et légumes, notamment pour les parties de légumes coupés qui ne servent pas. »

Les Artisans de la Paix travaillent de concert avec d’autres organismes, non seulement pour leur venir en aide, mais pour ne pas perdre de nourriture.

« Lorsqu’on fait de la fricassée, on en fait toujours plus. C’est voulu! Les gens viennent chercher leurs plats ici, à prix modique, et on peut ensuite distribuer les plats supplémentaires au Centre Le Havre et à Point de Rue, par exemple », explique M. Tardif.

« On peut préparer 60 000 repas par année ici et on couvre seulement le territoire de Sainte-Cécile, du centre-ville et une partie de Saint-Philippe. On parle quand même de 100 à 115 familles desservies par semaine alors ça vous fait prendre conscience de l’importance d’éviter le plus de gaspillage alimentaire possible chez nous. »

La déshydratation des aliments 

Comme autre technique, rappelons que durant le confinement, la directrice du Bon Citoyen, Nathalie Bruneau, s’est mise à la déshydratation des aliments. L’organisme continuait de recevoir les demandes d’aide alimentaire et elle constatait que des gens revenaient chercher des aliments à plusieurs reprises durant la semaine. « Ça nous permet de sauver les aliments qui pourraient être perdus autrement », avait-elle indiqué. C’est le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap qui prête un local de cuisine répondant aux normes du MAPAQ pour le projet où on y retrouve notamment deux déshydrateurs.

Par la déshydratation d’aliments, des portions de repas complets peuvent ainsi être remises à des personnes vivant une situation d’urgence alimentaire. En plus de s’adapter aux populations rejointes, ce nouveau service assure une proximité des lieux de réception des aliments, permet l’intégration complète des personnes en situation de pauvreté et évite le gaspillage alimentaire. Le comité de recettes avait fait plusieurs tests de déshydratation qui se sont avérés concluants, dont sur divers fruits et légumes comme des framboises, des pommes, des tomates et des carottes, mais aussi un pain de viande ou des soupes auxquels il suffit d’ajouter de l’eau chaude pour les réhydrater.

Saviez-vous que… 

  • Au Canada, 35,5 millions de tonnes de résidus alimentaires sont perdues ou jetées tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, de la fourche à la fourchette. 
  • On évalue à 11,2 millions de tonnes la quantité de résidus évitables, soit d’aliments qui auraient dû être mangés. 
  • Si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le troisième plus gros producteur de GES, après la Chine et les États-Unis.
  •  63% des aliments jetés dans les ménages canadiens auraient pu être consommés.
  • 2,2 millions de tonnes d’aliments sont gaspillées par les ménages canadiens chaque année.
  • Un tiers de la nourriture produite dans le monde est perdue ou jetée.
  • L’enfouissement ou l’incinération de ces aliments génère des émissions de gaz à effet de serre.
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