Cri du cœur pour une amélioration du transport adapté

Marie-Eve B. Alarie

Cri du cœur pour une amélioration du transport adapté
Vincent Gervais est un usager du transport adapté à Shawinigan. (Photo : (Photo Marie-Eve Alarie))

Jeau-Luc aurait aimé aller chez son coiffeur habituel cette semaine pour se faire couper les cheveux. Mais ça ne sera pas possible: Jean-Luc se déplace en chaise roulante et il n’y avait pas de transport adapté disponible. Il avait aussi acheté des billets pour assister à un spectacle, mais encore une fois, pas de transport adapté possible ce soir là…

C’est le genre de situation auquel se trouvent confrontées les personnes vivant avec un handicap, une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme qui souhaitent se déplacer sur le territoire grâce au service de transport adapté.

Avec la pandémie et la pénurie de main-d’œuvre, notamment, il est devenu plus ardu pour les usagers d’avoir accès au transport adapté qu’il faut réserver 48 heures à l’avance.

« L’accès au transport est synonyme de qualité de vie, d’épanouissement et d’intégration socioprofessionnelle. Il s’agit tout simplement du premier maillon d’une réelle participation sociale et un service essentiel. Présentement, pour bien des usagers, la réalité est, la plupart du temps, isolement, solitude et précarité », rappelle Steve Leblanc, directeur du Regroupement d’organismes de promotion pour personnes handicapées (ROPPH) Mauricie.

Certains organismes offrant des services à cette clientèle ont même dû revoir l’horaire d’activités en raison d’une disponibilité moindre du transport adapté lors de certaines journées.

Dans la région, l’industrie du taxi réalise la majorité des déplacements des personnes admises au transport adapté. Cependant, l’Association des taxis des régions du Québec estime que les compagnies de taxis ont subi des pertes de main-d’œuvre entre 20% et 60%, de sorte qu’elles n’arrivent pas à répondre à la demande.

De l’autre côté, devant la hausse de l’achalandage à bord des minibus depuis le déconfinement, la Société de transport de Trois-Rivières (STTR) a avisé les usagers du transport adapté qu’elle devait restreindre les demandes de déplacements, priorisant les demandes de déplacement pour raisons médicales, de travail et d’études postsecondaires.

En décembre, la STTR disait avoir fait l’acquisition de minibus supplémentaires pour améliorer le service certaines journées et augmenter les disponibilités pour d’autres.

« Ça vient mettre de côté un nombre important de personnes qui souhaitent avoir une vie sociale, faire du sport, participer à des activités ludiques. C’est une atteinte aux droits des personnes, plaide M. Leblanc. On demande au gouvernement d’agir. »

Le Regroupement d’organismes pour personnes handicapées (ROPH) et le Regroupement d’organismes en DI/TSA (RODITSA)  demandent également au gouvernement de réformer le Programme de subvention aux véhicules collectifs accessibles afin de permettre l’adaptation des véhicules et taxis d’occasion en bon état plutôt qu’uniquement les véhicules neufs, mais aussi d’augmenter le soutien financier pour les coûts de modifications, inclure la transformation de microbus dans le programme, ainsi que de soutenir l’achat de véhicules dont les coûts ont explosé. Les subventions ne sont plus suffisantes pour que l’adaptation de véhicules soit intéressante pour les compagnies de taxi, souligne M. Leblanc.

Une autre lacune réside dans le programme de subventions des minibus Pour 2022, le ministère des Transports demande d’acquérir des bus et minibus électriques pour obtenir une subvention. « L’ennui, c’est qu’il n’y en a pas en usine et encore moins qui soient fonctionnels sur la route. Combien de temps faudra-t-il attendre encore? En attendant, ce serait intéressant qu’une subvention soit accordée pour l’achat de minibus à essence usagés », fait remarquer François Dubois, représentant des usagers du transport adapté au conseil d’administration de la STTR.

Une sécurité à améliorer

Réunis pour lancer un cri du cœur mardi matin, le ROPH et le RODITSA mentionnent qu’il importe aussi d’améliorer la sécurité des usagers du transport adapté.

« Le ministère des Transports doit intervenir rapidement pour encadrer le service de transport adapté dans les régions. Des usagers peuvent parfois passer trois heures dans leur journée dans le transport adapté. Il est parfois en retard… parfois à l’avance. L’attente ne se fait pas toujours dans des conditions faciles pour les usagers, explique Violaine Héon, directrice générale du RODITSA. Il arrive aussi que les usagers ne soient pas déposés au bon endroit, ce qui cause de l’inquiétude pour leur famille. »

Mme Héon aimerait que la formation des chauffeurs du transport adapté soit mise à jour afin d’inclure davantage d’informations sur les personnes vivant avec un spectre de l’autisme et les personnes ayant une déficience intellectuelle.

« On veut juste être traité comme n’importe qui »

Vincent Gervais est un usager du transport adapté à Shawinigan. Il aimerait pouvoir aller au cinéma ou sortir en soirée. En fait, tout ce qu’il veut, c’est que ce soit simple. Découvrez son témoignage en vidéo.

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sylvain roy
sylvain roy
24 jours

Vue de l’autre côté de la lorgnette. Le transport adapté est un service offert au prix du taxi, ce qui est parfait dans une société sensible et humaine. C’est un prix juste, pour l’utilisateur et c’est très bien ainsi. Toutefois, pour le taxi, c’est un service qui demande 2 à 3 fois le temps, pour le même montant. C’est aussi un service qui nécessite un véhicule 3X plus cher qu’un taxi régulier. C’est donc demander à un taxi, de travailler pour moins de la moitié du salaire des autres taxis, avec beaucoup plus de dépenses. Le problème est précisément ici: Le MTQ subventionne les entreprises de transport en commun (STTR) pour faire du transport adapté. La STTR, profite de la loi qui interdit aux taxis de refuser un appel, et interdit de charger le temps de chargement. Ainsi, on leur refile des courses (à prix ridicules). Donc la subvention va à la STTR, mais ce sont les taxis qui doivent faire le travail à perte. Dans certaines villes, les société de transports partagent la subvention pour que les taxis puissent faire le travail dans des conditions viables. À Trois-Rivières, la STTR a longtemps profité de la loi, pour imposer des courses ridicules aux taxis, sans les payer convenablement. À force de perdre 25 000$ par année, et de voir la STTR garder jalousement les fonds publiques, les taxis ont fini par laisser les personnes handicapées aux soins de la STTR, après tout, c’est à eux que le gouvernement donne des subventions. Par exemple, il était tout à fait régulier de demander 1 transport, un samedi soir, qui payait 5$. Alors imaginez payer un chauffeur, au minimum 3 heures, déplacer le véhicule… Pour 5$. On récolte ce qu’on sème. À force d’abuser des taxis, la STTR se retrouve avec sa patate chaude. Y’a-t-il une solution? Peut-être, mais elle ne passera pas par les taxis. On a assez donné. L’intégration de tous est un choix de société, c’est à la société à en faire les frais. Alors ce sera la responsabilité de quelqu’un, mais pas des taxis, déjà passablement amochés par ce gouvernement.