À mort les enfants handicapés!

Par Eric Guertin

Un peuple de l’ère moderne ayant systématiquement éliminé les handicapés mentaux et physiques, ça a déjà existé? Malheureusement, oui. Pour être plus juste, il faut parler d’un leader politique plutôt que d’un peuple. Un leader autoritaire, froid, diabolique. Vous devinez?

Adolf Hitler, bien sûr.

Résultats : près de 250 000 handicapés ont été tués par les nazis entre 1939 et 1945. Les méthodes utilisées: chambre à gaz (monoxyde de carbone), injection et famine. De ce nombre, plus de 70 000 ont été assassinés dans le cadre du programme Aktion T4, destiné à accélérer la disparition des handicapés allemands. C’est ce programme qui nous intéresse ici.

C’est que les nazis, très occupés par la guerre qui pompait le budget national, avaient conclu que les handicapés, s’ils ne pouvaient aller au front, étaient inutiles pour la société. De plus, ils coûtaient une fortune à l’Allemagne. Pourquoi les garder vivants?

Sans compter que, pour Hitler, l’image d’un handicapé était loin de correspondre à l’image de l’Allemand parfait, supérieur aux autres races de la planète. N’oublions pas que la création de l’Allemand parfait était la raison d’exister du führer.

À sa demande, médecins et scientifiques nazis créèrent un programme d’euthanasie à l’intérieur duquel les handicapés étaient éliminés dans des chambres à gaz, que l’on retrouvait à six endroits différents sur le territoire allemand.

L’élimination massive a duré de janvier 1940 à août 1941. Par la suite, d’autres assassinats ont été commis jusqu’à la fin de la guerre.

Mensonges et manipulation

Fin manipulateur, Hitler avait vendu l’idée à son entourage et au peuple allemand en utilisant l’expression «mort miséricordieuse». Autrement dit, il tentait de se faire passer pour une âme charitable en disant vouloir adoucir le destin tragique des handicapés.

Appuyé par une machine de propagande rodée au quart de tour, Hitler est parvenu à ses fins.

Dès 1933, Hitler avait imposé la loi sur la stérilisation forcée. Aussitôt se met en branle une campagne de propagande auprès du peuple allemand: film, livres, affiches. Il est écrit «qu’un patient hospitalisé dans un asile coûte 5,5 Reichsmarks par jour, cette somme suffisant aux besoins d’une famille avec trois enfants en bonne santé».

On impose même à tous les cinémas allemands la diffusion d’un film sur le sujet. Circule alors la phrase: « N’est-ce pas l’exigence de la charité : délivre ceux que tu ne peux guérir ! »

Lu dans un manuel d’exercices mathématiques destiné aux élèves des écoles primaires en 1936: « La construction d’un asile d’aliénés coûte six millions de marks. Combien de nouvelles habitations à 15 000 marks pourrait-on construire avec cette somme? »

Hitler n’est pas seul

Habile, Hitler exploitait un courant qui préconisait l’euthanasie depuis des années en Occident.

En 1895, un juriste allemand avait demandé à ce que les malades mentaux soient tués. Un deuxième juriste et un psychiatre allemands avaient réclamé « l’élimination des malades incurables et des fous à la demande de leurs parents ou d’une commission composée de deux médecins et de deux juristes qui auraient examiné en profondeur le dossier de la personne concernée. Parmi les raisons évoquées – et par la suite reprises par les nazis – figurait la nécessité d’éviter de dépenser un argent qui pourrait servir autrement à des fins « productives. »

En Autriche, le président de l’Association viennoise pour l’hygiène raciale avait déclaré en 1924: «C ‘est seulement si nous favorisons le fort, celui qui est apte à la vie, et si nous anéantissons celui qui est inapte à la vie, comme l’exige la Nature, que nous encouragerons cette hygiène utile à la collectivité »13.

Hitler en 1929: « Si l’Allemagne devait avoir un million d’enfants par an et se défaire des sept cents ou huit cents mille les plus faibles d’entre eux, il en résulterait peut-être au final un accroissement général de notre force. »

Secret

Hitler marche sur des œufs car il sait que le programme d’élimination massive des handicapés, le Auktion T4, risque d’avoir l’effet d’un boomerang.

Première mesure de prudence: il confie la responsabilité du programme à son médecin personnel Karl Brandt.

Deuxième mesure: il déclare en 1939, année précédant l’application du programme : « Le Reichsleiter Bouhler et le docteur en médecine Brandt sont chargés, sous leur responsabilité, d’étendre les attributions de certains médecins à désigner nominativement. Ceux-ci pourront accorder une mort dite miséricordieuse aux malades qui auront été jugés incurables selon une appréciation aussi rigoureuse que possible. »

Troisième mesure: pour ménager son gouvernement et s’assurer que le programme demeure secret le plus longtemps possible, il ordonne que le programme ne relève que de sa propre chancellerie.

Quatrième mesure: on crée un immense réseau administratif pour camoufler le programme. Naviguer à travers ce réseau devient compliqué. Au sein du réseau, on épluche des dossiers, on falsifie des données, on « classifie » les handicapés.

Bébés

Même si l’élimination massive ne démarre qu’en 1940, les nazis avaient déjà débuté leur œuvre destructrice. À partir de 1938, entre 5 000 et 8 000 enfants atteints de malformations, y compris des bébés, sont tués sur le territoire allemand, soit par comprimé soit par injection. En fait, des milliers d’handicapés sont tirés des maisons d’asiles et éliminés par la sous-alimentation ou la surdose de médicaments.

Médecins et maires

Selon Wikipedia, quelque 350 médecins appuyés par des infirmières ont trempé dans cette campagne de meurtre. Ce à quoi il faut ajouter quelque 200 maires et employés municipaux. La plupart de ces gens étaient motivés par deux facteurs: un salaire généreux et des possibilités d’avancement.

«Les victimes sont transportées vers les centres de gazage par des autocars aux vitres obstruées : souvent, à l’arrivée des camions, les patients se réfugient dans les greniers, les jardins ou les annexes des asiles, d’où il faut les déloger, et dans bien des cas la violence est employée pour les faire monter dans les véhicules », rapporte Wikipedia.

La Gestapo et les SS se chargeaient d’éliminer physiquement les handicapés.

Une controverse dure toujours concernant l’utilisation du mot euthanasie. Certains préfèrent parler d’un holocauste psychiatrique, d’autres d’euthanasie forcée. Au regard du droit international, ce n’est rien de moins qu’une campagne de meurtres organisée par un état.

Cet article s’inscrit dans la série Histoires de crime qui renferme faits divers, procès célèbres et récits d’espionnage dont les archives se trouvent au www.lhebdojournal.com, actualités justice. Titres déjà publiés:

-Massacre aux jeux olympiques

-La voisine d’en face était une espionne

-Omerta, Patrick Huard et la colère

-Tué pour avoir exprimé son opinion

-Meurtre au Journal de Montréal

-Le maire abattu à bout portant

-25 ans pour s’être frotté aux Américains

-La tigresse aux dents longues

-Le tunnel de la dernière chance

-Whitney Houston : le scandale des vendeurs de drogue

-Ces enfants qui tuent (fin)

-Ces enfants qui tuent (suite)

-Ces enfants qui tuent

-La mafia contrôlait le maire

-Le tueur aimait les bébés tigres

-Le masque du terrorisme

-Vieillard poignardé par deux fanatiques

-Gorge profonde n’avait rien à voir avec la porno

-Vous aussi vous pouvez tuer

-La légende de John F. Kennedy

-Le cinquième cavalier de l’Apocalypse

-L’affaire Dupont: le meurtre parfait?

-Il se croyait à l’abri au Mexique

-Jeté d’un avion dans un marécage (suite)

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-Ces films qui tuent

-Ces chansons qui tuent

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