19 mai 1903 – Buick voit le jour

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Par Michel Scarpino
19 mai 1903 – Buick voit le jour

La compagnie Buick célèbre aujourd’hui ses  116 ans. Mais déjà au moment de créer sa compagnie le fondateur éprouvait de sérieuses difficultés financières. Portrait d’un homme ingénieux qui n’avait malheureusement pas le sens des affaires.

Vous pouvez ou non croire au destin, mais certaines personnes semblent avoir un chemin de vie tracé pour eux. C’est le cas de David Dunbar Buick, immigrant écossais qui arrive à Détroit comme plombier avant d’écrire un des chapitres les plus important de l’histoire automobile américaine. C’est la compagnie que Buick a fondée au début du siècle qui deviendra le levier qui servira de fondation à ce qui allait devenir la plus grande entreprise automobile au monde la General Motors. Buick verra passé plusieurs grands noms de l’époque. William C. Durant (fondateur de GM), Charles W. Nash un des premiers collaborateurs de la firme qui allait fonder plus tard American Motors. Walter P. Chrysler, patron de Buick jusqu’en 1920 qui ira fonder en 1924 sa propre compagnie et Louis Chevrolet, responsable de la division de course de Buick qui fit connaître la compagnie au grand public à travers ses exploits de pilote avant d’aller fonder en 1911 la compagnie qui porte encore son nom.

On pourrait croire de David Dunbar Buick allait vivre le rêve américain, pourtant, vous le verrez, l’histoire s’est terminée bien tristement, Buick a sombré dans l’oubli. L’histoire de notre homme commence à Arbroath en Écosse, le 17 septembre 1854. Deux ans plus tard, la famille Buick émigre aux États-Unis. Alexender, le père de David meurt trois ans après son arrivée en sol américain et pour subvenir aux besoins de la famille, sa mère travaille dans une confiserie. Dès l’âge de 15 ans, David Buick travaille pour la Alexender Manufacturing company, un fournisseur en matériaux de plomberie de Détroit. En 1882, Buick et un camarade d’école William Sherwood reprennent le commerce de plomberie qui file vers la banqueroute. Au cours des années suivantes, Buick et Sherwood, avec Buick à la tête de la petite compagnie remette l’entreprise sur pied et fait des affaires d’or. Buick est imaginatif et invente plusieurs appareils qui font aujourd’hui partie de notre vie de tous les jours comme le combiné d’arrosage pour la pelouse, la tuyauterie moderne pour salle de bain, des renvois d’eau.

Une invention qui fit sa fortune

Mais l’invention qui le rendit célèbre (et riche) est d’avoir inventé une méthode pour faire adhérer l’émail de porcelaine sur l’acier trempé. Les bains en porcelaine émaillée très prisée depuis sont redevables à David Dunbar Buick. Après avoir inventé ce procédé, Buick en plus du blanc offrait plusieurs couleurs d’émail et étendit le processus au mobilier de cuisine aux éviers. Buick serait sans doute devenu un des plombiers les plus prolifiques de son époque, mais notre Écossais d’origine était plus intéressé à inventer qu’à faire de l’argent. Et comme plusieurs grands entrepreneurs de la fin du XIXe siècle, l’automobile exerçait une grande fascination. En 1899, Buick fonde l’Auto Vim and Power co. Cette petite compagnie fabrique des moteurs à essence pour usage agricole et stationnaire.

En 1900, il décide de s’investir à plein dans l’automobile et vend son entreprise de plomberie pour 100,000$ et utilise cet argent pour se lancer dans l’aventure automobile. Pendant deux ans, Buick prépare des plans pour la construction d’un moteur qui pourra être utilisé par différentes compagnies automobiles. En 1902 met sur pied la Buick Manufacturing company pour commercialiser ses moteurs. Malgré certaines controverses, la plupart des historiens s’accordent à dire que Buick est à l’origine des moteurs à tiges poussoirs (Overhead valve) qui rendirent la division Buick célèbre et qui est encore utilisé par plusieurs constructeurs américains. David Dunbar Buick était certes un inventeur prolifique, mais un bien mauvais gestionnaire qui dépensait sans compter. À la fin de 1902, Buick avait construit sa première voiture, mais sa compagnie était en faillite. Buick se tourne vers un ami Ben Briscoe qui lui prête 5,000$, mais ce maigre montant est vite dépensé sans que les problèmes de liquidité soient réglés. Briscoe se tourne alors vers une firme de Flint au Michigan qui fabrique des carrioles pour chevaux, mais désire opérer un virage vers le transport de l’avenir, l’automobile. Briscoe persuade Buick de s’associer à cette compagnie pour s’assurer un certain avenir financier. La Flint Wagon Works est très impressionné par la fiabilité et le rendement du moteur de Buick et emprunte 10,000$ à la banque pour régler la dette de Buick. En fait, la Flint Wagon Works venait d’acheter pour une bouchée de pain l’entreprise de David Dunbar Buick laissant à ce dernier un simple rôle de figurant sans aucun pouvoir. Buick avait abandonné sa compagnie, tout simplement. Peu après cette entente, la Flint Wagon Works déménage tout le matériel de l’usine de Détroit à Flint au Michigan. Le 19 mai 1903, la Buick Motor Corporation voit le jour, tout le matériel est relocalisé en septembre dans une nouvelle usine qui commence à produire le 2e modèle Buick, le modèle B qui arrivera sur le marché le 4 juin 1904. Buick demeure dans la compagnie à titre de consultant et construit 16 voitures en 1903 et 37 en 1904, toutes des voitures expérimentales qui se vendent 1 200$ pièce.

Une future division  de GM

C’est à moment de l’histoire qu’arrive William Crapo Durant, celui qui allait en 1908 fondé la General Motors. Arrogant, inquisiteur, Durant était un patron qui prônait le dirigisme et laissait très peu d’espace à ceux qui les entouraient, une très mauvaise nouvelle pour Buick, d’un naturel retiré. Bill Durant qui a fait sa fortune dans les attelages de chevaux arrive chez Buick à titre de président le 1er novembre 1904 et décide illico d’augmenter la production, diminué les coûts de production et de situer Buick à la tête du marché automobile américain. Cette vision des choses est très éloignée de celle de Buick qui était un artiste qui fabriquait ses voitures comme un peintre qui imagine ses toiles. Il devient rapidement évident qu’un des deux hommes devra partir. En 1906, David Dunbar Buick, alors âgé de 52 ans,   quitte la compagnie qui porte son nom et retourne à Détroit auprès de sa femme et de son fils. Il ne reviendra jamais dans le monde de l’automobile. Lors de son retour à Détroit, il décroche un emploi comme inspecteur dans une commission scolaire d’un arrondissement de Détroit. Une fin de vie modeste pour un homme qui selon ses amis n’était pas taillé pour le monde frénétique de l’automobile. Le 5 mars 1929, Buick mourut des suites d’un cancer du côlon à l’âge de 74 ans. L’homme qui avait soutenu financièrement Buick au début du siècle, Ben Briscoe,   affirmait en 1921 que si Buick avait conservé ses parts dans la compagnie au moment de signer son contrat avec ses associés en 1903, il aurait placé 10,000,000 de dollars dans sa poche à sa retraite. Imaginés combien ses parts pourraient valoir aujourd’hui.

 

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