Mon accent et moi

Ali Dostie ali.dostie@tc.tc
Publié le 18 mai 2016
Jean Tremblay
TC Media Archives

Jean Tremblay et l'accent du Saguenay

Les Bye Bye et autres parodies ont beau avoir souligné à grands traits le langage coloré de Jean Tremblay, jamais le maire de Saguenay n'a songé à changer sa façon de s'exprimer. «Dans les Bye Bye, dit-il, ils ont tout exagéré un peu, c'est normal. Ils ont mis beaucoup de "là là". Quand je m'écoute, je sais que j'en fais, mais je n'en dis pas tant que ça.»

Malgré ces parodies, M. Tremblay ne croit pas que son accent ait nui ou aidé à sa carrière. «Je sais que j'ai un accent, mais je ne pense pas à ça souvent.»

D'ailleurs, il est d'avis que tout le monde parle avec un accent, «mais quelqu'un de la grande ville s'imagine parfois que ce sont seulement les autres qui en ont un», soulève-t-il. Dans la francophonie, les accents sont aussi nombreux. «Le Marseillais… son accent est ben plus marqué que le mien!», donne-t-il en exemple.

M. Tremblay remarque aussi que tous ceux dont l'anglais n'est pas la langue maternelle auront un accent quand ils s'exprimeront dans la langue de Shakespeare, relatant un moment où il discutait avec un Suédois et que ce dernier n'était «pas comprenable». Lui-même n'échappe donc pas à cette règle mais, affirme-t-il,  «je n'ai pas vraiment de complexe pour les langues».

Ricardo Trogi
TC Media - Archives

Ricardo Trogi et l'accent de Québec

Cinq ans après avoir déménagé à Montréal en 1995, le réalisateur et natif de Québec Ricardo Trogi a réalisé qu'existait bel et bien «l'accent de Québec». «Avant, j'étais convaincu que Québec parlait le français officiel et que le reste de la province souffrait d'un accent!»

C'est notamment en écoutant les animateurs radio de la Vieille Capitale qu'il a saisi ce qui distinguait le parler de la ville de Québec. «J'entends la prononciation des "A" qui n'est pas la même. Et les "en" à Québec, "franchement"… c'est un "en" prononcé "in".»

Sans trop le savoir, Trogi avait donc probablement aussi cette façon de parler, et ses origines italiennes n'y ont rien changé. «Je n'ai jamais pu incorporer l'accent de mon père, c'est impossible. Il a un immense accent italien, il n'en a jamais perdu 1%, parce qu'il a parlé italien toute sa vie.»

Depuis son déménagement à l'autre bout de l'autoroute 20, est-ce que Montréal a teinté son langage? «Je ne saurai jamais si j'ai pris l'accent de Montréal, ça se fait de façon officieuse. Maintenant, j'habite sur la Rive-Sud. Est-ce que j'ai un accent de Saint-Lambert? Je ne sais pas.»

Biz
Gracieuseté Jean-Yves Frechette

Biz: « Où c'est que t'as mis ton accent? »

Biz, dont les parents viennent de la Côte-Nord, a grandi à Québec, a étudié à Trois-Rivières et habite Montréal. À ses yeux, l'accent le plus québécois et typique est donc naturellement celui… de l'Abitibi! «Ça m'a étonné chaque fois que j'y suis allé, dit-il. Ils emploient des termes miniers et forestiers très justes, en français. Peut-être parce que c'est une région qui a été colonisée plus tardivement.»

L'auteur et chanteur de Loco Locass  est un amoureux de tous les accents: tant celui de la Gaspésie, du Lac Saint-Jean que les «moé» et «toé» de Trois-Rivières ou encore «la bus» et le vico [du lait au chocolat] de Québec. «Quand je rencontre quelqu'un qui vient du Lac Saint-Jean et qui est à Montréal depuis quelques années, je lui dis "où c'est que t'as mis ton accent?" Ça se perd vite.»

Biz revendique pleinement son origine de Québec et ne lâchera pas le morceau quant aux «poteaux» et baleine [è]. «Mais mes enfants disent "pôteaux" et "phôtos", alors j'ai complètement raté l'éducation de mes enfants!», blague-t-il.

Dès les débuts de Loco Locass, les membres du groupe, qui écoutaient tant le rap français que le rap québécois, s'entendaient pour dire  «il fallait rapper comme on parle. Il n'y a pas d'intérêt pour un Québécois à rapper comme un Français.» Et l'inverse est vrai.

À cet égard, Biz trouve plutôt absurde les Français qui tentent d'imiter l'accent québécois. «Je serais en faveur que l'Assemblée nationale française promulgue une loi qui interdit au français d'imiter l'accent québécois, dit-il presque sérieusement. Sauf pour une personne: Gad Elmaleh. Tous les autres, c'est proprement risible et incompréhensible.»