Le premier ministre du Québec, Jean Charest
Déclaration du premier ministre à l’occasion du dépôt du rapport de la Commission Bouchard-Taylor
Le premier ministre du Québec, Jean Charest, a fait la déclaration suivante, jeudi à l'Assemblée nationale du Québec, à la suite de la publication du rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles. En voici l’intégrale
Monsieur le Président,
J'arrive d'un voyage en France où j'ai fait un arrêt à Brouage. C'est là qu'est né Samuel de Champlain, un immigrant qui a fondé notre nation. Pour souligner le 4e centenaire de son voyage, nous avons organisé pour le monde entier une grande fête sous le thème de la rencontre. De ces milliers de rencontres qui se sont produites sur 400 ans est né le Québec.
De ces rencontres est née notre nation et une volonté commune de vivre ensemble, de vivre en français, de vivre égaux entre femmes et hommes, de séparer l'Etat et la religion. Venir à la rencontre du Québec, c'est venir à la rencontre des Québécois. C'est adopter et partager nos valeurs communes.
Au nom de tous les Québécois, je remercie MM. Bouchard et Taylor qui ont permis aux citoyens de s'exprimer sur cet enjeu fondamental de la rencontre et de la manière de vivre ensemble. Ce rapport aura des suites.
Les commissaires constatent comme nous que toutes les sociétés d'accueil du monde vivent d'intenses questionnements sur les enjeux d'immigration et d'identité. C'est notre époque. Chez nous au Québec, il y a deux réalités qui donnent à ce débat un caractère particulier.
La première est démographique. Notre nation majoritairement francophone représente moins de 3 % de la population du continent. Nous n'avons pas cette force du nombre qui impose par son seul poids une manière de vivre.
La deuxième raison est historique. Pendant plus de trois siècles, les communautés religieuses, en particulier catholiques, ont soigné les malades et éduqué les enfants.
Avec la Révolution tranquille, notre société est devenue laique. Ce changement s'est fait très rapidement. Aucune société ne peut réussir en se repliant. Pour que notre nation et notre économie puissent continuer à grandir, nous devons continuer d'accueillir.
L'immigration n'est pas un droit. Immigrer au Québec, c'est un privilège.
Et l'accueil des immigrants, pour tous les Québécois, est une responsabilité. Entre les deux, il faut savoir tracer la ligne. Les Québécois ont parfaitement le droit de décider dans quelle société ils veulent vivre. Il y a des valeurs au Québec qui ne sont pas négociables et de ces valeurs découlent des responsabilités.
Comme premier ministre du Québec, j'assume au premier chef la responsabilité suprême de protéger et perpétuer la langue française. Les nouveaux arrivants et les communautés culturelles doivent la parler. Voilà un point de rencontre entre les minorités et la majorité.
Comme citoyens, nous devons aussi respecter les convictions personnelles de chacun. De son côté, l'Etat, qui est au service de tous, doit affirmer la laicité de nos institutions.
Dès aujourd'hui, j'annonce que les actions de mon gouvernement, inspirées par la Commission, prévoiront notamment :
- Un renforcement de la francisation avant l'arrivée des immigrants.
- Une déclaration signée par laquelle les candidats à l'immigration
s'engageront à adhérer aux valeurs communes de notre société.
- Un mécanisme qui aidera les décideurs à traiter les questions
d'accommodement dans le respect de la laicité de nos institutions.
- De plus, je demande aux parlementaires de collaborer à l'adoption du projet de loi 63 qui vise à amender la Charte des droits et libertés pour affirmer l'égalité des femmes et des hommes.
Et dès aujourd'hui, je demande aux 125 parlementaires de notre assemblée, qui sont directement concernés, d'adopter une motion par laquelle :
"l'Assemblée nationale réitère sa volonté de promouvoir la langue, l'histoire, la culture et les valeurs de la nation québécoise, favorise l'intégration de chacun à notre nation dans un esprit d'ouverture et de réciprocité, et témoigne de son attachement à notre patrimoine religieux et historique représenté par le crucifix de notre Salon bleu et nos armoiries ornant nos institutions."
Je demande à mes collègues parlementaires, ainsi qu'à tous les Québécois de toutes origines, de relayer mon appel à aller à la rencontre de l'autre.
Nous n'avons pas tous la même origine, mais nous avons la même destinée, car nous sommes tous Québécois.
Source : CNW / Telbec