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«La nationalisation de l'électricité, une mauvaise chose pour Shawinigan» - Jacques Lacoursière

Bernard Lepage par Bernard Lepage
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Article mis en ligne le 19 avril 2008 à 13:54
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«La nationalisation de l'électricité, une mauvaise chose pour Shawinigan» - Jacques Lacoursière
Jacques Lacoursière croit que Shawinigan devrait être dédommagée par le gouvernement du Québec en vertu de la nationalisation de l'électricité survenue il y a 45 ans.
«La nationalisation de l'électricité, une mauvaise chose pour Shawinigan» - Jacques Lacoursière
Le 1er mai prochain, il y aura 45 ans jour pour jour que les onze compagnies d'électricité privées du Québec étaient nationalisées par le gouvernement libéral de Jean Lesage. Pour plusieurs, la disparition de la Shawinigan Water & Power (SW&P) marque la fin de l'âge d'or de Shawinigan.
«Shawinigan a vraiment été pénalisée avec la nationalisation», abonde Jacques Lacoursière qui évoque cet épisode houleux dans son plus récent livre, le 5e tome de l'Histoire populaire du Québec / 1960 à 1970.

Le réputé historien aborde cette question d'une façon bien particulière puisqu'en tant que Shawiniganais d'origine, il a vécu cet événement de l'intérieur. «La nationalisation a été une bonne chose pour le Québec mais une mauvaise pour Shawinigan», affirme-t-il en entrevue à <@Ri>Mauricie Express<$p>.

Dans son ouvrage, Jacques Lacoursière rappelle que le premier ministre Lesage avait fait de cette question l'enjeu de l'élection générale de l'automne 1962. Son controversé ministre des Richesses naturelles René Lévesque parcourt alors le Québec faisant valoir les avantages de l'opération: la situation actuelle est un obstacle au développement régional; la nationalisation amènera une décentralisation industrielle, ce qui incitera les industries à s'établir dans des régions encore orphelines. Une perspective bien sombre pour Shawinigan qui compte parmi les villes les plus industrialisées du pays à l'époque.

À l'été 1962, sentant la soupe chaude, la SW&P modifie son appellation pour la Compagnie d'électricité Shawinigan. Cette petite attention s'avèrera cependant bien mince en regard des intentions du gouvernement libéral qui offrira 604 000 000$ le 28 décembre 1962 pour mettre la main sur l'ensemble des onze compagnies privées. Pour les actionnaires de la SW&P, cela équivaut à une offre de 30$ par action, soit substantiellement plus que les 26$ qu'elle vaut cette journée-là sur le marché boursier. En date du 23 avril 1963, l'offre est acceptée par 90% des actionnaires des sept compagnies les plus importantes, dont au premier chef la SW&P. Une semaine plus tard, l'affaire était scellée.

Fait à noter, pour réussir son opération, René Lévesque s'était adjoint une garde rapprochée à l'intérieur de laquelle on retrouve Jean-Paul Gignac, un Shawiniganais qui réside encore aujourd'hui dans sa ville natale et que Lévesque avait nommé au sein de la Commission hydroélectrique du Québec, l'ancêtre d'Hydro-Québec.

L'homme de 86 ans évoque aujourd'hui cette période sans regret même si elle avait soulevé une tempête à Shawinigan, soulignant que la province de Québec avait besoin alors d'être «organisée» afin de pouvoir fonctionner comme une société moderne. «L'électricité, ça devait être accessible pour tout le monde, pas juste pour les Shawiniganais», rétorque celui qui fut nommé en 1976 pdg de Sidbec par René Lévesque lorsque celui-ci devient premier ministre. «La création d'Hydro-Québec demeure ce qu'il y avait de mieux à faire à l'époque», affirme-t-il, toujours convaincu.

Alors, qu'en est-il maintenant de la demande de la mairesse Lise Landry d'accorder à Shawinigan un bloc énergétique particulier en vertu de la nationalisation de la SW&P il y a 45 ans? Une requête légitime termine Jacques Lacoursière: «Le simple fait que la SW&P soit devenue une société d'État avec Hydro-Québec a marqué, pas le déclin mais un genre d'arrêt dans le développement de Shawinigan.»

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