Isaac Tremblay, directeur général du Trou du Diable, et André Trudel, brasseur, exhibant leur précieux houblon, une matière verte vendue à prix d'or. Photo L'Hebdo/Archives
Pénurie de houblon: le travail des brasseurs se complique
«Ça ne nous empêche pas de brasser, mais ça nous complique beaucoup la vie.» Ce à quoi fait référence ici Isaac Tremblay, directeur général du Trou du Diable, c'est la pénurie mondiale de houblon, ingrédient essentiel dans la confection d'une bière.
Le problème est le même partout en Mauricie, au Québec, voire en Amérique du Nord. Les brasseurs ont de la difficulté à se mettre du houblon sous la main, sans devoir faire quelques tours de passe-passe.
Le problème est dû principalement à une récolte décevante du houblon en 2007 et parce que les principaux producteurs, situés aux États-Unis, se tournent maintenant vers la production de biocarburants. Le résultat d'une diminution de production et d'une demande croissante: une pénurie mondiale.
«Actuellement, le prix est quatre fois plus élevé que quand on a commencé il y a six mois», explique Francis Foley, le brasseur de À la fût, une nouvelle microbrasserie à Saint-Tite, en ajoutant que les membres de la coopérative prévoient même augmenter les prix de leurs bières d'ici quelques semaines.
Certaines variétés de houblon ne sont presque plus disponibles pour les microbrasseries. C'est là que le travail des brasseurs se complique. Ils doivent essayer différents houblons pour trouver la variété qui ressemble à l'originale. «On va essayer des houblons différents. Si le goût n'est pas fidèle au goût de la bière originale, il va falloir l'appeler autrement. Mais on a quand même une flexibilité dans ce sens-là. Contrairement à Molson Ex, qui ne peut pas vraiment changer le goût de sa bière!», ajoute Isaac Tremblay. Même chose du côté du Broadway Pub brasserie artisanale et de la microbrasserie À la fût: si le goût n'est pas fidèle, la bière risque de disparaître.
Pour les microbrasseries Les frères houblon et la Nouvelle-France, pas de changement à prévoir ni dans le goût ni dans les noms. «Quand j'ai su que c'était sérieux, j'ai acheté tout ce qu'il nous fallait pour la prochaine année. Nos bières ne sont pas très houblonnées. Nous ne sommes donc pas les plus touchés», explique Frédéric Soubrier, directeur général de la microbrasserie Les frères houblon. «Il n'y aura pas de changement de goût, ni de changement de prix. Ce n'est pas la faute du consommateur», ajoute Marc Lessard, président-directeur général des Bières de la Nouvelle-France.
Le Gambrinus ne prévoit pas changer le nom des bières non plus, on compte remplacer cette option par une explication de la problématique à la clientèle.
Ce qu'ils ont dit sur la pénurie de houblon:
Marc Ducharme, Broadway Pub brasserie artisanale: «Pour le moment, ça ne cause pas vraiment de problème. Si jamais ça devenait qu'à devenir introuvable, on pourrait toujours revenir aux anciennes méthodes de préparation de la bière où le houblon n'était pas utilisé.»
Francis Foley, À la fût: «Les deux seules choses que je vois de positif là-dedans, c'est qu'il va y avoir des projets de houblonnière au Québec et que des brasseurs vont peut-être plus se pencher vers les recettes à l'ancienne où on n'utilisait pas de houblon!»
Frédéric Soubrier, Les frères houblon: «Ça a été une grosse surprise. Mais on a acheté tout le houblon nécessaire pour la prochaine année. La seule affaire, c'est que nous avons investi beaucoup en achetant d'un seul coup.»
Isaac Tremblay, le Trou du Diable: «Ça ne nous empêche pas de brasser, mais ça nous complique beaucoup la vie. Pour l'instant, nous ne prévoyons pas une hausse des prix à court terme.»
Jean-Luc Marchand, Gambrinus: «C'est sûr que le goût va changer un petit peu. Le commun des mortels ne s'en rendra peut-être pas compte, mais nos habitués vont sûrement remarquer une différence. Nous n'allons pas changer le nom des bières, mais plutôt leur expliquer que la différence de goût est due à la pénurie de houblon.»
Marc Lessard, Bières de la Nouvelle-France: «C'est sûr que ça nous affecte. Nous avons dû jouer avec certaines variétés, mais il n'y aura pas de changement de goût, ni de changement de prix. Ce n'est pas la faute du consommateur!»
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Ann Lévesque
Commentaire mis en ligne le 15 juillet 2008ha