Le maire de Trois-Rivières assure que l'économie de la Mauricie est en souffrance et que l'aide du gouvernement est nécessaire. Photo, L'HEBDO JOURNAL
«Trois-Rivières région ressource, une pure aberration?»
Des gens d'affaires de Joliette partent en guerre contre la Mauricie
Des entreprises, groupes et municipalités de Lanaudière, dont Joliette, dénoncent les privilèges fiscaux dont bénéficie la Mauricie. La région étant considérée par le gouvernement du Québec comme une région ressource, les entreprises qui y sont basées profitent de mesures fiscales avantageuses par rapport à celles installées dans d'autres régions.
«Aider les régions en difficulté comme la Mauricie, c'est important. Mais le faire au détriment des régions dynamiques comme Lanaudière, ça n'a pas de bon sens. Que Trois-Rivières fasse partie des régions ressources est une aberration : loin d'être défavorisée, la ville est au contraire avantagée par un port de mer, un chemin de fer, un réseau routier de qualité et n'est en rien plus éloignée que d'autres régions centrales du Québec». C'est en ces termes que des membres de la Coalition des régions pour l'entraide économique équitable (CREEE) de Lanaudière ont lancé une campagne de mobilisation visant à remplacer ce qu'ils qualifient de politique de concurrence déloyale par une politique d'entraide équitable entre régions dynamiques et en difficulté. Ainsi, la Coalition entreprend un blitz de sensibilisation visant à recruter des entreprises de Lanaudière afin d’amasser des fonds pour défrayer une campagne nationale dans le but de convaincre le gouvernement d'adopter des mesures transitoires et de revoir l'ensemble du programme pour mettre fin à sa politique.
En réponse à cette campagne, le maire de Trois-Rivières défend bien la nécessité d'un tel programme en Mauricie. «Notre région vit des changements importants depuis les 15 dernières années. Maintenant que la région est vidée de ses ressources naturelles et que les grandes usines, ayant longtemps fait vivre la Mauricie et d'autres régions du Québec, connaissent de sérieux problèmes, la Mauricie traîne la patte. Le développement de la diversité économique de la région a été mis de côté, ce qui fait qu'aujourd'hui, nous faisons face à un grand problème d'entrepreneurship. Et c'est pour cette raison que le gouvernement nous tend la main », explique monsieur Lévesque. D'ailleurs, le maire se dit outré de la réaction des membres de la Coalition. «Si le gouvernement prend la décision d'aider la Mauricie, c'est parce que nos arguments sont bons. C'est déplorable de voir, qu'entre Québécois, on se déchire comme ça. La vraie compétition, elle est mondiale et pour se tailler une place sur le marché, ça prend un Québec fort, un Québec qui s'entraide », de dire Yves Lévesque.
Avec l'appui d'une récente étude de la firme KPMG, la Coalition veut démontrer que les dommages de ce programme sont irréparables pour l'économie du Québec. «Durant la période 2001-2005, le nombre d'entreprises dans le secteur manufacturier en régions centrales et métropolitaines a chuté de 308, soit 3,5 %, alors celui des entreprises bénéficiaires en régions ressources a augmenté de 111, soit 10,3 %. Pour que l'aide aux régions en difficulté soit durable, celle-ci doit s'appuyer sur la richesse des régions dynamiques, et non l'étouffer comme c'est le cas actuellement. L'entraide équitable, et non la concurrence déloyale, est la voie du bon sens que doit emprunter le gouvernement», explique Michel Drysdale, un des membres de la CREEE de Lanaudière. Le maire de Trois-Rivières s'est empressé de répliquer que les régions qui vivent un problème peuvent aussi soumettre une demande d'aide au gouvernement. «J'invite les gens de Lanaudière à venir passer quelques mois en Mauricie. Ils verront bien que notre économie va mal et que l'aide du gouvernement est requise».
La CREEE entend mener plusieurs activités de front pour sensibiliser les Québécois au problème et les rallier à la vision de l'entraide équitable des régions. Une tournée des régions du Québec et une campagne de publicité sont à l'ordre du jour.